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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2405709

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2405709

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2405709
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationEloignement 72 heures

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté les requêtes de M. A, ressortissant sénégalais, contestant un arrêté du préfet de la Gironde du 9 septembre 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, interdiction de retour de trois ans, et assignation à résidence. Le tribunal a jugé que le préfet n'avait commis ni erreur de droit ni erreur de fait, et que la décision d'éloignement était fondée sur le maintien irrégulier de l'intéressé sur le territoire après expiration de son visa, conformément à l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La mesure d'assignation à résidence a été considérée comme proportionnée et ne portant pas une atteinte excessive au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Les demandes d'injonction et les conclusions au titre des frais de justice ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2405709 le 13 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Dia, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Gironde en date du 9 septembre 2024 portant à son encontre obligation de quitter le territoire français sans délai, décision fixant le pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 920 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

* il remplit les conditions pour une admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié sur le fondement de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* la décision attaquée est dépourvue d'objet et le préfet a commis une erreur de droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2405710 le 13 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Dia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Gironde en date du 9 septembre 2024 portant à son encontre assignation à résidence dans le département de la Gironde pendant une durée de quarante-cinq jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de mettre fin aux mesures d'assignation à résidence à son encontre ;

3°) à titre subsidiaire, d'ordonner avant dire droit le non-renouvellement de la mesure d'assignation à résidence à l'expiration du délai de quarante-cinq jours ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

* la décision attaquée est dépourvue d'objet et le préfet a commis une erreur de droit et de fait ;

* la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît donc les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

* la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Naud, premier conseiller, en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

* le rapport de M. Naud, premier conseiller ;

* les observations de Me Dia, représentant M. A, qui persiste dans ses précédentes écritures et soutient, en outre, qu'il n'avait pas encore déposé de demande de titre de séjour à la date de l'arrêté attaqué, que le volet pénal ne devrait pas être pris en compte et qu'il renonce à solliciter l'aide juridictionnelle.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 13 mars 1994 et de nationalité sénégalaise, est entré en France le 4 novembre 2019 sous couvert d'un visa de long séjour valable jusqu'au 7 juillet 2020. Il a ensuite bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'au 2 novembre 2020. Le préfet de la Gironde a pris deux arrêtés en date du 9 septembre 2024 portant à son encontre, pour le premier, obligation de quitter le territoire français sans délai, décision fixant le pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans et, pour le second, assignation à résidence dans le département de la Gironde. M. A demande l'annulation, par une requête enregistrée sous le n° 2405709, de l'arrêté relatif à son éloignement et, par une requête enregistrée sous le n° 2405710, de l'arrêté relatif à son assignation à résidence.

2. Les requêtes n° 2405709 et n° 2405710 concernent la situation d'un même étranger et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'aide juridictionnelle :

3. À la suite des demandes d'éclaircissement formulées à l'audience par le magistrat désigné au vu des conclusions contradictoires figurant dans la requête n° 2405709 et au vu de l'absence de demande d'aide juridictionnelle dans la requête n° 2405710, l'avocat de M. A a déclaré à l'audience renoncer à solliciter l'aide juridictionnelle dans les deux requêtes.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté relatif à l'éloignement :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré (), s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré / () ".

5. En premier lieu, M. A soutient qu'il remplit les conditions pour être admis au séjour en qualité de salarié. Toutefois, il se prévaut des dispositions de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui portent non pas sur la délivrance d'un titre de séjour de plein droit, mais sur l'admission exceptionnelle au séjour de " l'étranger qui a exercé une activité professionnelle salariée figurant dans la liste des métiers et zones géographiques caractérisés par des difficultés de recrutement définie à l'article L. 414-13 durant au moins douze mois, consécutifs ou non, au cours des vingt-quatre derniers mois, qui occupe un emploi relevant de ces métiers et zones et qui justifie d'une période de résidence ininterrompue d'au moins trois années en France ". Le requérant reconnaît qu'à la date de l'arrêté attaqué, il n'avait pas encore sollicité son admission exceptionnelle au séjour, ni d'ailleurs la délivrance d'un titre de séjour de plein droit. Quand bien même il travaille comme surveillant de nuit depuis 2021, le préfet ne saurait être regardé comme ayant commis une erreur manifeste d'appréciation en décidant de son éloignement au regard de l'ensemble de sa situation, alors notamment qu'il n'est pas contesté " qu'il a été interpellé pour faux et usage de faux dans un document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité, ou accordant une autorisation le 9 septembre 2024 " selon les termes de l'arrêté attaqué. Dès lors, le moyen doit être écarté.

6. En second lieu, M. A soutient que la décision attaquée est " dépourvue d'objet et empreinte d'une erreur de droit ". En réalité, le requérant, qui précise que sa " situation () est régularisable au sens de la nouvelle loi du 24 janvier 2024 ", laquelle a introduit l'article L. 435-4 dans le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprend la même argumentation qu'à l'appui de son premier moyen. Dès lors et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'arrêté relatif à l'assignation à résidence :

7. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé / () ".

8. En premier lieu, M. A soutient que la décision attaquée est " dépourvue d'objet et empreinte d'une erreur de droit et de fait ". En réalité, le requérant prétend que " le risque de fuite est quasi inexistant ". Toutefois, il ne conteste pas sérieusement qu'il s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa de long séjour et l'autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 2 novembre 2020, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour. En toute hypothèse, il fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai en date du 9 septembre 2024 et son éloignement demeure une perspective raisonnable. Il remplit donc les conditions pour être assigné à résidence en application des dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen doit être écarté.

9. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. A soutient une nouvelle fois que sa " situation () est régularisable au sens de la nouvelle loi du 24 janvier 2024 ". Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire et sans enfant, qu'il est entré sur le territoire national en 2019 et qu'il travaille comme surveillant de nuit depuis 2021. Dans ces conditions, son assignation à résidence dans le département de la Gironde ne saurait être regardée comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du préfet de la Gironde en date du 9 septembre 2024 portant à son encontre, pour le premier, obligation de quitter le territoire français sans délai, décision fixant le pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans et, pour le second, assignation à résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

12. Les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A étant rejetées, le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant doivent être également rejetées.

Sur les conclusions à fin de suspension :

13. M. A demande au tribunal, dans le cadre de la requête n° 2405710, à titre subsidiaire, d'ordonner avant dire droit le non-renouvellement de la mesure d'assignation à résidence à l'expiration du délai de quarante-cinq jours. Compte tenu de son office, le juge de l'excès de pouvoir ne saurait faire droit à de telles conclusions, qui concernent une décision qui n'est pas encore intervenue.

Sur les frais d'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : Les requêtes n° 2405709 et n° 2405710 de M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Gironde. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024,

Le magistrat désigné,

G. NAUD

La greffière,

É. SOURIS

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière, -2405710

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