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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2405721

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2405721

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2405721
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision du 5 juillet 2024 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a retiré la carte professionnelle d'agent privé de sécurité de M. A. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car M. A n'a pas démontré que la décision portait une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation, notamment en raison de l'absence de précision sur ses difficultés financières et professionnelles. La solution retenue est le rejet de la requête, sans qu'il soit nécessaire d'examiner l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées les 13, 23, et 24 septembre 2024, M. B A, représenté Me Bohbot, avocat, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 5 juillet 2024 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a retiré sa carte professionnelle d'agent privé de sécurité ;

2°) d'enjoindre au directeur du CNAPS de lui délivrer une carte professionnelle provisoire valable jusqu'à l'intervention du jugement au fond, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance ;

3°) de mettre à la charge du CNAPS une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête en référé est recevable ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors que le retrait préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation professionnelle et financière, faisant obstacle à ce qu'il puisse honorer son contrat de travail et percevoir les revenus nécessaires lui permettant de s'acquitter des charges de son foyer ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation en fait, l'urgence n'étant pas établie ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il n'a jamais été mis en cause pour des faits pouvant porter atteinte à la sécurité de l'Etat, ni fait l'objet de la moindre poursuite et qu'aucun évènement n'est précisé, ni étayé pour établir la preuve de la matérialité des agissements qui lui sont imputés.

Par un mémoire en défense et une pièce, enregistrés les 27 et 30 septembre 2024, le CNAPS conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les conditions d'urgence et de doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ne sont pas remplies.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le numéro 2405720 tendant à l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif a désigné Mme Chauvin pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chauvin, juge des référés ;

- et les observations de M. A qui soutient qu'il travaille depuis plusieurs années dans la sécurité et notamment sur le site de l'entrepôt GXO, sous couvert de cartes professionnelles dont la dernière lui a été délivrée le 24 février 2023 et qu'il ne peut exercer une autre profession en raison de problèmes de santé, alors qu'il doit assumer les charges d'un loyer et le remboursement d'un crédit avec trois enfants encore à charge; qu'il n'a jamais fait l'objet de signalement pour des actes contraires à la loi et qu'aucun fait précis ne lui est reproché.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

1. M. A demande la suspension de l'exécution de la décision du 5 juillet 2024 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité a retiré sa carte professionnelle d'agent privé de sécurité.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative: " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision en litige, M. A fait valoir que le retrait de sa carte professionnelle le prive de pouvoir exercer sa profession d'agent de sécurité, alors qu'il travaille pour deux employeurs et qu'il risque d'être licencié, qu'il doit subvenir aux besoins de son épouse et de leurs cinq enfants dont trois résident encore au foyer. Il résulte de l'instruction et de ses déclarations faites à l'audience, que M. A est locataire avec son épouse, d'un logement HLM pour lequel ils s'acquittent de loyers et charges d'un montant mensuel de 762 euros et qu'il a souscrit un crédit à la consommation pour l'achat d'un véhicule qu'il rembourse à hauteur d'environ 700 euros par mois, alors que les revenus de son épouse qui ne travaille que quelques heures par mois comme employée familiale ne permettent pas de couvrir les charges du foyer. Il résulte également de l'instruction que la rémunération de M. A et son contrat de travail auprès de la société Spartiate Privae et de la société Onirix qui l'emploie en contrat à durée indéterminée depuis le 3 juillet 2023, avec reprise d'ancienneté au 1er novembre 2020, ont été suspendus à compter du 17 juillet 2024. Ainsi, la décision litigieuse a pour effet de priver M. A d'exercer la profession d'agent privé de sécurité qu'il occupe depuis plusieurs années et dont il tire des revenus s'élevant en juillet 2024 à 1 721 euros par mois, alors qu'il doit assumer des charges financières et les dépenses courantes de son foyer. Dans ces conditions, le retrait de sa carte professionnelle est susceptible de porter une atteinte suffisamment grave et immédiate à la situation de M. A qui, ayant entamé des démarches dès le 7 aout 2021 à l'encontre de cette décision, ne peut être regardé comme n'ayant pas été diligent pour introduire sa requête en suspension.

5. Si le CNAPS fait valoir en défense que l'intérêt public commande que l'exécution de la décision contestée se poursuive au nom de sa mission de veiller à la moralité de cette profession réglementée qui est associée aux missions de l'Etat en matière de sécurité publique, notamment dans le contexte exceptionnel des Jeux olympiques et paralympiques de 2024, il se borne à faire état dans son mémoire en défense, de ce que l'enquête administrative qu'il a diligentée a fait apparaitre que M. A était " connu d'un service tiers pour ses actes de prosélytisme accréditant les signes caractéristiques d'un islam fondamentalisme (prosélytisme envers les commerçants et les passants, prière sur la voie publique) " et que son entourage était proche de divers trafics et adopte une vision radicale de la religion. Toutefois, il résulte de l'instruction que M. A est affecté depuis plusieurs années sur le site d'un entrepôt à Bruyère-sur-Oise où les diverses attestations qu'il produit montrent qu'il est très apprécié de ses collègues de travail et aucun élément du dossier ne permet de considérer qu'il devait être amené à exercer ses fonctions d'agent de sécurité sur un autre site lors de la tenue des Jeux olympiques et paralympiques de 2024 ou à être mobilisé dans le dispositif de sécurité de ces événements. Par ailleurs, le motif relatif au prosélytisme est dépourvu de précision et d'éléments factuels, et le CNAPS s'est borné à produire une très brève note blanche non circonstanciée indiquant que le requérant " entretient des liens avec des cibles de la communauté tchétchène en France suivies par la DGSI ". Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que l'intérêt général attaché aux exigences de la sécurité publique, y compris dans le contexte des Jeux de 2024 qui existait à la date de la décision attaquée, serait susceptible, au cas particulier, de faire obstacle à la suspension de la décision en litige.

6. Il résulte de ce qui précède que la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision :

7. Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : / 1° S'il a fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou, pour les ressortissants étrangers, dans un document équivalent, pour des motifs incompatibles avec l'exercice des fonctions ; / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () La carte professionnelle peut être retirée lorsque son titulaire cesse de remplir l'une des conditions prévues aux 1°, 2°, 3°, 4° et 5° du présent article. () En cas d'urgence, le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité peut retirer la carte professionnelle. () ".

8. Si le CNAPS soutient qu'il ressort des éléments portés à sa connaissance que le comportement de M. A est de nature à porter atteinte à la sécurité publique justifiant le retrait sans délai de sa carte professionnelle, notamment dans le contexte sensible des Jeux olympiques et paralympiques 2024, en l'état de l'instruction, le moyen tiré d'une erreur d'appréciation est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

9. Dès lors, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 5 juillet 2024 par laquelle le CNAPS a retiré à M. A sa carte professionnelle d'agent de sécurité, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Au regard du motif de la suspension prononcée, il y a lieu d'enjoindre au CNAPS de restituer, à titre provisoire, à M. A sa carte professionnelle d'agent privé de sécurité, dans le délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CNAPS, partie perdante, une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 5 juillet 2024 par laquelle le directeur du CNAPS a retiré à M. A sa carte professionnelle d'agent privé de sécurité est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au CNAPS de restituer, à titre provisoire, à M. A sa carte professionnelle d'agent privé de sécurité, dans un délai de huit jours à compter de la notification de cette ordonnance.

Article 3 : Le CNAPS versera à M. A une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Fait à Bordeaux, le 1er octobre 2024

La juge des référés,

A. Chauvin La greffière,

C. Gioffré

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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