vendredi 27 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2405751 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Eloignement 72 heures |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2024, Mme B C, représentée par Me Boukoulou, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Gironde en date du 9 septembre 2024 portant à son encontre assignation à résidence dans le département de la Gironde pendant une durée de quarante-cinq jours ;
2°) de suspendre cette décision dans l'attente de la décision sur son recours formé le 5 septembre 2024 contre l'ordonnance de désistement du tribunal ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à Me Boukoulou, avocat de Mme C, au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
* la requête est recevable ;
* l'arrêté attaqué n'est pas suffisamment motivé ;
* il n'a pas été procédé à un examen de sa situation personnelle ;
* l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit au titre de la méconnaissance des articles L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît donc les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
* la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* le code des relations entre le public et l'administration ;
* la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
* le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Naud, premier conseiller, en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Naud, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, née le 8 août 1992 et de nationalité marocaine, est entrée régulièrement en France, le 23 octobre 2021. Elle a bénéficié d'un titre de séjour en qualité de "travailleur saisonnier" valable jusqu'au 10 février 2024, dont elle a sollicité le renouvellement. Le préfet de la Gironde a pris un arrêté en date du 29 avril 2024 portant à son encontre refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et décision fixant le pays de destination. Le 9 septembre 2024, le préfet a pris un autre arrêté portant à son encontre assignation à résidence dans le département de la Gironde. Mme C demande au tribunal l'annulation de ce dernier arrêté, ainsi que la suspension de son exécution.
Sur les conclusions à fin d'annulation et de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé / () ".
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".
4. L'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
5. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme C.
6. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur de droit au titre de la méconnaissance des articles L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, en tout état de cause, être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Mme C soutient qu'elle a entrepris des démarches pour se marier en France. Toutefois, elle se borne à produire une attestation de son fiancé, M. A, né en 1971, et il n'est pas établi que l'assignation à résidence dans le département de la Gironde en litige ferait obstacle à l'organisation de son mariage. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
9. En dernier lieu, Mme C soutient que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation. Toutefois, l'appel qu'elle a formé contre l'ordonnance du 5 août 2024 par laquelle il a été donné acte de son désistement de sa requête dirigée contre l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 29 avril 2024, dès lors qu'elle n'a pas confirmé le maintien de sa requête à fin d'annulation dans un délai d'un mois après le rejet de son référé-suspension, conformément à l'article R. 612-5-2 du code de justice administrative, ne faisait pas obstacle à ce que le préfet prenne l'assignation à résidence en litige. Par ailleurs, elle ne saurait être regardée comme contestant par voie d'exception la légalité de l'obligation de quitter le territoire français, en se bornant à prétendre, sans autre précision, qu'elle avait non seulement sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité de "travailleur saisonnier" mais aussi son changement de statut en qualité de "salarié", ce qui n'est au demeurant nullement établi. Enfin, si elle invoque l'absence de risque de fuite, elle fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en date du 29 avril 2024 pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré et son éloignement demeure une perspective raisonnable. Elle remplit donc les conditions pour être assignée à résidence en application des dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Gironde en date du 9 septembre 2024 portant à son encontre assignation à résidence, ni sa suspension dans l'attente de la décision de la cour administrative d'appel sur son recours contre l'ordonnance du 5 août 2024.
Sur les frais d'instance :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet de la Gironde. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024,
Le magistrat désigné,
G. NAUD
La greffière,
É. SOURIS
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026