vendredi 27 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2405772 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement 72 heures |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 septembre 2024, un mémoire en production de pièce, enregistré le 25 septembre 2024, et un mémoire, enregistré le 26 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Babou, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Dordogne du 10 septembre 2024, notifié le lendemain, portant à son encontre assignation à résidence dans le département de la Dordogne hormis Bergerac pendant une durée de quarante-cinq jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Dordogne de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
* la requête est recevable ;
* son droit d'être entendu n'a pas été respecté ;
* l'arrêté attaqué n'est pas suffisamment motivé ;
* il n'a pas été procédé à un examen de sa situation personnelle ;
* il est porté une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et de venir ;
* l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît donc les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* l'arrêté attaqué porte atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant et méconnaît donc les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 septembre 2024, le préfet de la Dordogne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
* la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 20 novembre 1989, signée par la France le 26 janvier 1990 ;
* le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Naud, premier conseiller, en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Naud, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, né le 3 décembre 1988 et de nationalité marocaine, est entré régulièrement en France le 4 octobre 2016. Le préfet de la Dordogne a pris un arrêté en date du 6 juin 2024 portant à son encontre refus de séjour, obligation de quitter le territoire français sans délai et décision fixant le pays de destination. Le 10 septembre 2024, le préfet a pris un autre arrêté portant à son encontre assignation à résidence dans le département de la Dordogne hormis Bergerac. M. B demande au tribunal l'annulation de ce dernier arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé / () ".
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".
4. L'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
5. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B.
6. En deuxième lieu, M. B soutient que le préfet a porté une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et de venir. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai en date du 6 juin 2024 et que son éloignement demeure une perspective raisonnable. S'il fait valoir les liens qu'il entretient avec sa fille de nationalité française qui est placée auprès des services de l'aide sociale à l'enfance depuis sa naissance en 2022, il n'est pas sérieusement contesté que son assignation à résidence dans le département de la Dordogne hormis Bergerac n'aura pas pour effet de l'empêcher de lui rendre visite, en dépit de la peine d'interdiction de séjour dans la commune de Bergerac pendant cinq ans qui lui a été infligée par le jugé pénal, comme cela était déjà le cas avant l'édiction de l'arrêté attaqué, lequel se borne à faire référence à cette interdiction, ainsi que cela ressort notamment de l'attestation du 19 septembre 2024 faisant état de visites hebdomadaires au mois d'août 2024. Il remplit donc les conditions pour être assigné à résidence en application des dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. M. B soutient qu'il entretient des liens avec sa fille de nationalité française qui est placée auprès des services de l'aide sociale à l'enfance depuis sa naissance en 2022. Toutefois, ainsi qu'il a déjà été indiqué, il n'est pas sérieusement contesté que son assignation à résidence dans le département de la Dordogne hormis Bergerac n'aura pas pour effet de l'empêcher de lui rendre visite, en dépit de la peine d'interdiction de séjour dans la commune de Bergerac pendant cinq ans qui lui a été infligée par le jugé pénal, comme cela était déjà le cas avant l'édiction de l'arrêté attaqué, lequel se borne à faire référence à cette interdiction, ainsi que cela ressort notamment de l'attestation du 19 septembre 2024 faisant état de visites hebdomadaires au mois d'août 2024. Par ailleurs, il est séparé et, s'agissant de son intégration dans la société française, il a été condamné par la cour d'appel de Bordeaux le 17 août 2023 à une peine de trois ans d'emprisonnement dont un an avec sursis pour violence aggravée ainsi qu'à la peine d'interdiction de séjour à Bergerac précitée. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
10. Ainsi qu'il a déjà été indiqué, il n'est pas sérieusement contesté que son assignation à résidence dans le département de la Dordogne hormis Bergerac n'aura pas pour effet d'empêcher M. B de rendre visite à sa fille placée auprès des services de l'aide sociale à l'enfance depuis sa naissance en 2022, en dépit de la peine d'interdiction de séjour dans la commune de Bergerac pendant cinq ans qui lui a été infligée par le jugé pénal, comme cela était déjà le cas avant l'édiction de l'arrêté attaqué, lequel se borne à faire référence à cette interdiction. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué n'a pas porté aux droits de l'enfant du requérant une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
11. En dernier lieu, compte tenu de ce qui vient d'être indiqué, M. B ne démontre pas que s'il avait été mis à même de présenter plus tôt ses observations, en particulier celles relatives à ses liens avec sa fille, le préfet de la Dordogne aurait statué différemment sur son assignation à résidence. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait porté atteinte à son droit d'être entendu, en méconnaissance de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et des principes généraux du droit communautaire, doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Dordogne en date du 10 septembre 2024 portant à son encontre assignation à résidence.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B étant rejetées, le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant doivent être également rejetées.
Sur les frais d'instance :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Dordogne. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024,
Le magistrat désigné,
G. NAUD
La greffière,
É. SOURIS
La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026