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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2405776

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2405776

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2405776
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de M. A, ressortissant mauritanien, qui contestait un arrêté du préfet de la Gironde ordonnant son transfert vers l'Espagne, responsable de l'examen de sa demande d'asile. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que le préfet n'avait pas méconnu l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation, fondée sur les dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 septembre 2024, M. C A, représenté par Me Baldé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Gironde en date du 11 septembre 2024 portant à son encontre transfert vers l'État membre de l'Union européenne responsable de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 600 euros à verser à Me Baldé, avocat de M. A, au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

* la requête est recevable ;

* l'arrêté attaqué n'est pas suffisamment motivé ;

* il n'a pas été procédé à un examen de sa situation personnelle ;

* l'arrêté attaqué méconnaît les obligations de motivation spéciale prévues à l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

* en ne procédant pas à un examen sérieux de sa situation, le préfet a écarté la faculté offerte d'examiner sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile prévue à l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et à l'article L. 742-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et s'est ainsi estimé, à tort, en situation de compétence liée pour lui refuser l'admission au séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

* le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride (refonte) ;

* le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

* le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Naud, premier conseiller, en application des dispositions de l'article R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

* le rapport de M. Naud, premier conseiller ;

* les observations de M. A, qui persiste dans ses précédentes écritures et soutient, en outre, que sa famille est décédée en 2009, que son frère ne réside pas en France et qu'il préfère que sa demande d'asile soit examinée en France plutôt qu'en Espagne.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 1er janvier 1996 et de nationalité mauritanienne, est entré en France irrégulièrement le 20 mars 2024 et a présenté une demande d'asile le 10 avril 2024. Le préfet de la Gironde a pris un arrêté en date du 11 septembre 2024 portant à son encontre transfert vers l'Espagne, État membre de l'Union européenne responsable de l'examen de sa demande d'asile. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté de transfert.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre État peut faire l'objet d'un transfert vers l'État responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. / Cette décision est notifiée à l'intéressé. Elle mentionne les voies et délais de recours ainsi que le droit d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. Lorsque l'intéressé n'est pas assisté d'un conseil, les principaux éléments de la décision lui sont communiqués dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend ".

4. En application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision de transfert dont fait l'objet un ressortissant de pays tiers ou un apatride qui a déposé auprès des autorités françaises une demande d'asile dont l'examen relève d'un autre État membre ayant accepté de le prendre ou de le reprendre en charge doit être motivée, c'est-à-dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre État membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.

5. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise les textes applicables, en particulier le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et les articles L. 571-1 et L. 571-2 et L. 572-1 à L. 572-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est spécifié que M. A est entré irrégulièrement en France le 20 mars 2024 en provenance de l'Espagne, qu'il a présenté une demande d'asile le 10 avril 2024, que le relevé de ses empreintes digitales a révélé qu'il est entré sur le territoire des États membres de l'Union européenne par l'Espagne le 12 février 2024, que le critère de détermination de l'État membre responsable de l'examen de sa demande d'asile est celui prévu à l'article 13 paragraphe 1 du règlement (UE) n° 604/2013, que l'Espagne est l'État membre par lequel il est entré en provenance d'un État tiers moins de douze mois auparavant, que les autorités espagnoles ont donné leur accord implicite à sa prise en charge le 23 juillet 2024, que l'intéressé a été mis à même de présenter des observations, lesquelles ont été examinées, qu'il n'y a pas lieu de faire application d'une dérogation prévue dans le règlement (UE) n° 604/2013, qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et qu'il n'établit pas être dans l'impossibilité de retourner en Espagne. L'arrêté attaqué comporte donc les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et est ainsi suffisamment motivé.

6. S'agissant des informations relatives à la décision de transfert, prévues à l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, il ressort des pièces du dossier que la décision de transfert en litige, qui mentionne les voies et délais de recours, a été notifiée à M. A, en présence d'un interprète en langue peul, M. B, le 11 septembre 2024. Cette décision fixe le délai dans lequel le transfert doit intervenir. Contrairement à ce que le requérant prétend, les dispositions de l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 ne prévoient pas que les modalités de transfert de responsabilité en cas d'inexécution de la remise aux autorités de l'État membre responsable dans le délai imparti doivent être précisées.

7. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A.

8. Aux termes de l'article 17 "Clauses discrétionnaires" du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / () ".

9. Il n'est pas démontré que la situation personnelle de M. A justifierait que sa demande d'asile soit examinée, à titre dérogatoire, par les autorités françaises, le requérant n'apportant aucune précision à cet égard sinon qu'il n'a pas d'autre famille que son frère qui n'est pas en France. Il n'est enfin pas établi que le préfet se serait cru en situation de compétence liée. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et de l'article L. 742-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Gironde en date du 11 septembre 2024 portant à son encontre transfert vers l'État membre de l'Union européenne responsable de l'examen de sa demande d'asile.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

11. Les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A étant rejetées, le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant doivent être également rejetées.

Sur les frais d'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Gironde. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024,

Le magistrat désigné,

G. NAUD

Le greffier,

Y. JAMEAU

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

le greffier,

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