jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2405779 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Ruffié, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de la décision en date du 16 juillet 2024 par laquelle le préfet de Gironde a suspendu son permis de conduire pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au Préfet de la Gironde de restituer son permis de conduire sans délai jusqu'à ce qu'il soit statué sur le bien-fondé de la requête au fond ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il y a urgence à suspendre la décision attaquée car il exerce la profession d'apporteur d'affaires dans le domaine photovoltaïque et son véhicule lui est indispensable d'autant que son associée, blessée dans l'accident ne peut pas conduire pour le moment ; cette situation menace la viabilité de son entreprise et lui pose des difficultés sur le plan personnel ; il disposait de 12 points sur son permis et c'est la première fois qu'il fait une crise d'épilepsie au volant ;
- il y a doute sérieux sur la légalité de la décision car :
* la compétence de son auteur n'est pas établie ;
* la décision est entachée d'erreur de droit et d'appréciation dès lors qu'il n'est pas établi qu'il ait commis une des infractions prévues au 4° de l'article L. 224-2 du code de la route ;
* la suspension de 12 mois qui correspond à la durée maximale est manifestement excessive ; en effet il disposait de 12 points sur son permis et c'est la première fois qu'il fait une crise d'épilepsie au volant alors qu'il en souffre depuis de nombreuses années, il ne lui a jamais été opposé de contre-indication à la conduite ; il n'a pas commis une des infractions prévues au 4° de l'article L. 424-2 du code de la route ; il n'était pas la personne ayant la maîtrise du véhicule au moment de l'accident ; l'usage de son véhicule est nécessaire à son activité professionnelle et à la viabilité de son entreprise.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie, car d'une part, les nécessités de déplacement ne sont pas établis ni l'impossibilité de trouver d'autres solutions de déplacement ;
- aucun des moyens invoqués n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision ; il justifie de la compétence de sa signataire ; s'agissant de l'erreur de droit, il ressort du procès-verbal de transport constatations et mesures prises et des procès-verbaux d'audition que le requérant conduisait à une vitesse bien supérieure à la limite de vitesse autorisée et sans respect des règles de croisement, de dépassement, d'intersection et de priorité de passage ; en outre le requérant qui avait du cannabis dans le sang entrait également dans le champ du 2° de l'article L. 224-2 du code de la route ; s'agissant de l'erreur d'appréciation, le requérant est à l'origine d'un accident corporel grave et conduisait sous l'emprise de substances ou de plantes classées comme stupéfiants, il présente donc un danger grave et immédiat.
Vu :
- la requête au fond n°2405778 présentée par M. B ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Brouard-Lucas, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 4 octobre 2024, après le rapport, ont été entendues les observations de Me Worbe représentant M. B, qui a conclu aux mêmes fins par les mêmes moyens et souligné, en outre, qu'il lui est impossible de recourir à d'autres moyens de transport pour son activité de prospection, que le motif soulevé en défense tiré de la consommation de substances illicites ne saurait fonder la décision attaquée dès lors que la procédure a été menée sur le fondement du 4ème alinéa de l'article L. 224-2, que les résultats d'analyses sont postérieurs à l'arrêté attaqué et qu'ils ne sont pas suffisamment précis pour justifier l'existence d'une conduite sous l'empire de stupéfiants.
Le préfet de la Gironde n'était ni présent, ni représenté.
Les parties ont été informées, à l'issue de l'audience, qu'en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction était reportée au mardi 8 octobre 2024 à 18h00.
Un mémoire en réplique et récapitulatif été enregistrée le 7 octobre 2024 à 17h14 pour M. B, et a été communiqué. Il reprend les moyens développés dans la requête et lors de l'audience et soutient en outre que le préfet ne justifie pas de ce que la cheffe de bureau de la sécurité routière était absente ou empêchée.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () " et aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".
2. Aux termes de l'article L. 224-2 du code de la route : " I.- Le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : () 2° Il est fait application des dispositions de l'article L. 235-2 si les analyses ou examens médicaux, cliniques et biologiques établissent que le conducteur conduisait après avoir fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants ou si le conducteur ou l'accompagnateur de l'élève conducteur a refusé de se soumettre aux épreuves de vérification prévues au même article L. 235-2 () ; 4° Le permis a été retenu à la suite d'un accident de la circulation ayant entraîné la mort d'une personne ou ayant occasionné un dommage corporel, en application du 6° du I de l'article L. 224-1, en cas de procès-verbal constatant que le conducteur a commis une infraction en matière d'usage du téléphone tenu en main, de respect des vitesses maximales autorisées ou des règles de croisement, de dépassement, d'intersection et de priorités de passage () / II.- La durée de la suspension du permis de conduire ne peut excéder six mois. Cette durée peut être portée à un an en cas d'accident de la circulation ayant entraîné la mort d'une personne ou ayant occasionné un dommage corporel, de refus d'obtempérer commis dans les conditions prévues à l'article L. 233-1-1, de conduite sous l'empire d'un état alcoolique, de conduite après usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants et de refus de se soumettre aux épreuves de vérification prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. A B a été impliqué le 15 juillet 2024 en qualité de conducteur dans un accident de la route ayant occasionné des dommages corporels et pour lequel il a fait l'objet d'une rétention de permis de conduire. Au vu des éléments portés à sa connaissance, le préfet de la Gironde a par arrêté du 16 juillet 2024, prononcé la suspension de ce permis pour une durée d'un an sur le fondement du 4° de l'article L. 224-2 du code de la route.
4. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par M. B, tels qu'analysés ci-dessus, n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 16 juillet 2024 par laquelle le préfet de la Gironde a suspendu son permis de conduire. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative, les conclusions de M. B aux fins de suspension de l'exécution de l'arrêté précité doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au préfet de la Gironde.
Fait à Bordeaux, le 10 octobre 2024.
La juge des référés,
C. Brouard-Lucas
La greffière,
C. Gioffré
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2405779
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