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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2405781

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2405781

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2405781
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTHOME HEITZMANN SOCIETE D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 septembre 2024, la société Immofi Soleil, représentée par Me Achou-Lepage, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du préfet de la Gironde du 22 avril 2024 déclarant cessibles au profit de la société publique locale (SPL) " La Fabrique de Bordeaux Métropole " (La FAB) les parcelles AY 795 (après division de la parcelle AY 60) et AY 790 (après division de la parcelle AY 39) lui appartenant sur la commune de Mérignac ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat et de la " La Fabrique de Bordeaux Métropole " une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il y a une présomption d'urgence à suspendre l'exécution d'un arrêté de cessibilité, eu égard à l'objet même d'un tel arrêté, à ses effets pour les propriétaires concernés et à la brièveté du délai susceptible de s'écouler entre sa transmission au juge de l'expropriation, pouvant intervenir à tout moment, et l'ordonnance de ce dernier envoyant l'expropriant en possession ; en l'espèce, la préfecture a suivi la procédure accélérée et par une ordonnance du 4 septembre 2024, le juge de l'expropriation a fixé un transport sur les lieux, le 30 septembre 2024 et a fixé une date d'audience en vue de la fixation des indemnités définitive d'expropriation au 7 novembre 2024 ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté :

- la FAB ne peut être regardée comme justifiant de l'urgence à mettre en œuvre la procédure d'expropriation accélérée de l'article R. 232-1 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique à l'encontre de ces parcelles ;

- il n'est pas justifié de la compétence de Mme B E, signataire de la décision ;

- il n'est pas justifié de la compétence de M. A D, signataire de l'arrêté du 6 avril 2023 ordonnant l'ouverture des enquêtes publiques conjointes dont l'enquête publique parcellaire ;

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure à raison de l'absence en pièce jointe à l'arrêté d'un plan désignant les immeubles déclarés immédiatement cessibles ;

- il doit être justifié de la réalisation d'un document d'arpentage joint à l'arrêté de cessibilité tel que prévu par l'article R. 132-2 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique ;

- l'enquête publique parcellaire est irrégulière à raison de l'absence de notification à la requérante du dépôt du dossier d'enquête parcellaire en mairie tel que prévu par les articles R. 131-4 et R. 131-6 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique ;

- la déclaration d'utilité publique (DUP), adoptée par arrêté préfectoral du 28 novembre 2023 est illégale, par voie d'exception :

- à raison de l'insuffisance de la concertation préalable au titre de la DUP valant MECDU (mise en compatibilité du document d'urbanisme) prévue par les articles L. 103-4 et suivants du code de l'urbanisme ;

- à raison de la nécessité d'une nouvelle évaluation environnementale au titre de la MECDU, l'évaluation réalisée à l'occasion de la déclaration de projet ne pouvant s'y substituer ;

- à raison de l'incomplétude du dossier soumis à enquête publique, notamment l'insuffisance de l'étude d'impact et de l'évaluation environnementale jointes au dossier d'enquête ; la FAB aurait dû fournir une évaluation environnementale et une étude d'impact actualisées au regard des caractéristiques du projet et des données scientifiques contemporaines ;

- la DUP méconnaît les dispositions des articles L. 120-1 et L. 110-1 du code de l'environnement et de l'article 7 de la charte de l'environnement ; compte tenu de la durée de la concertation et de l'absence d'actualisation des données environnementales pertinentes et substantielles, l'arrêté de DUP n'a pas permis au public de participer effectivement à la décision en litige ayant une incidence sur l'environnement ;

- la DUP est incompatible avec le règlement de la zone UPZ7 du PLUi de Bordeaux Métropole ; en autorisant un projet de densification urbaine à dominante résidentielle le long d'axes de transport terrestres affectés par des nuisances, la DUP n'est pas compatible avec le règlement de zone, commerciale par nature, et les dispositions relatives au bruit des infrastructures limitant la construction de logements le long des axes terrestres bruyants ;

- le PLUi modifié méconnaît les dispositions de l'article R. 123-14 du code de l'urbanisme ; l'annexe informative du PLU relative aux " périmètres d'isolement acoustique des secteurs situés au voisinage des infrastructures de transports terrestre " est absente ;

- le règlement de la zone UPZ7 modifié du PLU est incohérent avec le projet d'aménagement et de développement durable (PADD) du document d'urbanisme compte tenu de son objectif de réduction de l'exposition des habitants aux nuisances environnementales et aux risques technologiques ;

- la MECDU porte une atteinte disproportionnée au droit de propriété privée de la société requérante non justifiée par la nécessité publique et méconnaît ainsi l''article 17 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;

Par un mémoire en défense enregistré le 25 septembre 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la société requérante n'a d'intérêt à agir et ses conclusions à fin de suspension ne sont recevables qu'à concurrence des deux parcelles concernées ;

- la présomption d'urgence n'est pas irréfragable ; elle peut en l'espèce être renversée compte tenu des circonstances particulières de l'espèce ; l'urgence se justifie par la nécessité d'achever le raccordement du secteur en voie d'urbanisation aux différents réseaux publics et ainsi que sa desserte par les voies publiques ;

- aucun des moyens invoqués, qu'il s'agisse des moyens de légalité externe ou interne dirigés contre l'arrêté ou le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la DUP et de la MECDU, ne sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision ;

Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés le 26 septembre 2024, la SPL " La Fabrique de Bordeaux métropole ", représentée par Me Heitzmann conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Immofi Soleil le somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les conclusions de la requête à fin de suspension ne sont recevables qu'à concurrence des deux parcelles concernées ;

- les conclusions tendant à la suspension de la déclaration d'urgence contenue dans l'arrêté préfectoral sont irrecevables faute de recours gracieux et de recours au fonds dirigés contre cette partie divisible de la décision ;

- la présomption d'urgence peut être renversée compte tenu des circonstances particulières de l'espèce ; les travaux sur la voie publique sont indispensables en vue de la desserte de 385 logements qui doivent être reliés de manière imminente ou en début d'année 2025 ; la production de logements sociaux et la renaturation des espaces publics sont également prioritaire pour la commune de Mérignac ; les conséquences financières d'un retard de l'opération sont à prendre enfin en considération ;

- aucun des moyens de légalité externe et interne de la décision ou l'exception d'illégalité de la DUP n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté de cessibilité ;

Par un mémoire en réplique, enregistré le 26 septembre 2024, la société Immofi Soleil conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2405780, enregistrée le 17 septebre 2024, par laquelle la société Immofi Soleil demande l'annulation de l'arrêté susvisé.

Vu :

- la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;

- le code de l'environnement ;

- le code de l'expropriation pour cause d'utilité publique ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Vaquero, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du jeudi 26 septembre 2024, à 14h00, en présence de Mme Souris, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de M. Vaquero, juge des référés ;

- les observations de Me Achou-Lepage, représentant la société Immofi Soleil, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures et par les mêmes moyens ; il précise que la procédure accélérée retenue par le préfet et la FAB porte une atteinte particulièrement grave à son droit de propriété, eu égard à ses conséquences sur l'intervention du juge de l'expropriation ; la déclaration d'urgence et la décision prononçant la cessibilité des parcelles ne sont pas divisibles et forment un acte unique ; aucun des arguments avancés par la préfecture et la FAB quant à l'urgence d'acquérir les parcelles et de réaliser les travaux d'aménagement ne permet de renverser la présomption qui s'attache à la contestation de l'arrêté de cessibilité ; il ajoute que l'insuffisance de l'évaluation environnementale, relevée par le commissaire enquêteur lui-même, en l'absence d'actualisation de celle-ci à l'occasion de l'enquête publique relative à la DUP/MECDU est un moyen qui caractérise particulièrement la nécessité de suspendre l'exécution de l'arrêté ;

- les observations de Mme C, représentant le préfet de la Gironde, qui s'en remet aux écritures de la préfecture ;

- les observations de Me Heitzmann, représentant " La Fabrique de Bordeaux Métropole " qui maintient ses écritures ; elle insiste sur l'irrecevabilité des conclusions et des moyens dirigés contre la déclaration d'urgence de l'arrêté préfectoral ; elle rappelle que la FAB a tenté une acquisition à l'amiable avec la société Immofi Soleil, qui n'a pas abouti ; la présomption d'urgence ne résiste pas à l'urgence et la nécessité de poursuivre et achever l'aménagement du secteur, notamment les travaux viaires, de raccordement aux réseaux, de sécurité incendie, lesquels dépendent de l'acquisition des parcelles litigieuses ; la société requérante se borne à critiquer le contenu de l'évaluation environnementale de 2018, sans apporter la moindre justification sur les manquements invoqués et alors que les données scientifiques, notamment sur la qualité de l'air et la santé, n'ont pas évolué, compte tenu de l'artificialisation avancée du secteur, de la période Covid, en l'absence de nouvel ilot opérationnel et des retards sur les travaux de la ligne A du tramway.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La société Immofi Soleil est propriétaire des parcelles cadastrées AY 60 et AY 39 situées à Mérignac, pour une superficie totale de 28.798 m², et incluses dans le périmètre opérationnel du projet d'aménagement " opération Mérignac - Soleil ". Par un arrêté du 28 novembre 2023, le préfet de la région Nouvelle-Aquitaine, préfet de la Gironde a déclaré ces travaux d'utilité publique et emportant mise en compatibilité du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de Bordeaux Métropole. Par un arrêté du 22 avril 2024, le préfet de la Gironde a déclaré cessibles au profit de la SPL " La Fabrique de Bordeaux Métropole ", une emprise partielle de ces parcelles renommées AY 795 pour 3 000 m² et AY 790 pour 1 565 m². La société requérante a formé un recours gracieux, le 4 juillet 2024, contre l'arrêté de cessibilité. Par la présente requête, la société Immofi Soleil demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 22 avril 2024.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () " . Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

3. En l'état de l'instruction, compte tenu de l'ensemble des écritures et pièces produites et des échanges à l'audience, aucun des moyens invoqués par la société requérante tels qu'analysés et susvisés, de légalité externe et interne dirigés contre l'arrêté préfectoral ou tirés de l'exception d'illégalité de la DUP/MECDU, n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté de cessibilité

4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, ni d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense par le préfet de la Gironde et la SPL " La Fabrique de Bordeaux Métropole ", les conclusions de la société Immofi Soleil présentées aux fins de suspension de l'exécution de l'arrêté du 22 avril 2024, doivent être rejetées.

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Immofi Soleil demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de cette société une somme de 1 200 euros à verser à la SPL " La Fabrique de Bordeaux Métropole " sur le même fondement.

ORDONNE :

Article 1er : La requête n° 2405781 de la société Immofi Soleil est rejetée.

Article 2 : La société Immofi Soleil versera à la SPL " La Fabrique de Bordeaux Métropole " la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Immofi Soleil, au préfet de la Gironde et à la SPL " La Fabrique de Bordeaux Métropole ".

Fait à Bordeaux, le 27 septembre 2024.

Le juge des référés,

M. VAQUERO La greffière

E. SOURIS

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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