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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2405798

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2405798

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2405798
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Bordeaux rejette la requête de Mme B, ressortissante palestinienne, qui contestait le refus de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de lui accorder les conditions matérielles d'accueil. La solution retenue est fondée sur l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car Mme B a présenté sa demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France, sans motif légitime. Le tribunal écarte l'argument de la guerre à Gaza, survenue après l'expiration de ce délai, et estime que sa vulnérabilité (parent isolé, violences conjugales) ne justifie pas une dérogation, compte tenu de son titre de séjour et du soutien financier de son conjoint.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 septembre 2024, Mme A B demande au tribunal d'annuler la décision du 16 septembre 2024 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Elle soutient que :

* elle bénéficie d'un titre de séjour valable jusqu'en 2026 au titre de son mariage avec un ressortissant français ; elle a été victime de violences conjugales et elle est en instance de divorce ;

* elle a déposé une demande d'asile, alors qu'elle ne peut pas retourner à Gaza en raison de son mariage avec un français et de la guerre en cours ;

* elle a travaillé comme aide-soignante avant d'être au chômage et de suivre à présent une formation sur la création de sites internet ;

* sa fille née en 2009 étudie dans une école privée et un changement aurait un impact psychologique négatif sur elle ;

* son mari ne lui a apporté aucun soutien financier depuis trois ans ; il paie le loyer et les services de base de la résidence dans laquelle elle vit avec sa fille et son chien ;

* elle est impliquée dans plusieurs procédures judiciaires à l'encontre de son mari pour violences physiques et psychologiques et viol.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par son directeur général, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

* la requête est irrecevable dès lors qu'elle n'est assortie d'aucun moyen, en méconnaissance de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;

* les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

* le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Naud, premier conseiller, en application des dispositions de l'article R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Naud, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, née le 21 mai 1986 et de nationalité palestinienne, est entrée en France le 16 août 2020. Elle a bénéficié d'une carte de séjour temporaire en qualité de conjointe de français, dont le renouvellement a été accordé le 15 avril 2024 jusqu'au 15 avril 2026. Elle a présenté une demande d'asile le 23 mai 2024. Le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil le 16 septembre 2024. Mme B demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article L. 531-27 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : / () / 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France / () ". Aux termes de l'article D. 551-17 du même code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 () prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui est entrée en France le 16 août 2020, n'a présenté une demande d'asile que le 23 mai 2024, soit au-delà du délai de 90 jours prévu au 3° de l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La guerre dans la bande de Gaza depuis les pogroms en Israël le 7 octobre 2023 étant survenue après l'expiration de ce délai de 90 jours, elle ne saurait constituer un motif légitime pour ne pas avoir présenté une demande d'asile dans ce délai. Le motif de refus des conditions matérielles d'accueil au titre du 4° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est donc fondé.

4. S'agissant de la vulnérabilité de Mme B, il n'est pas sérieusement contesté qu'elle est parent isolée accompagnée d'une enfant mineure née en 2009, compte tenu de la procédure de divorce en cours après des violences conjugales qu'elle dit avoir subies. Elle reconnaît cependant que son conjoint prend en charge son loyer. Et si elle est actuellement sans emploi, elle est titulaire d'un titre de séjour valable jusqu'en 2026 qui lui donne le droit de travailler.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 16 septembre 2024 portant à son encontre refus des conditions matérielles d'accueil.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024,

Le magistrat désigné,

G. NAUD

La greffière,

É. SOURIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

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