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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2405911

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2405911

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2405911
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationEloignement 72 heures

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Bordeaux a rejeté la requête de M. D, ressortissant camerounais, qui contestait l'arrêté du préfet de la Gironde l'assignent à résidence pour 45 jours en vue de son éloignement. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence du signataire, d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen, estimant la décision régulière. Il a jugé que l'assignation à résidence ne portait pas une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale (article 8 de la CEDH) et que le moyen tiré de l'article 3 de la CEDH était inopérant, la mesure n'étant pas une décision d'éloignement. La requête a été rejetée, ainsi que les demandes de frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 septembre 2024, M. C D, représenté par Me Tahtah, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 septembre 2024 par lequel le préfet de la Gironde l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours en vue de son éloignement du territoire français ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté attaqué ne justifie pas d'une délégation de signature explicite et publiée ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et témoigne d'un défaut d'examen de sa situation ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Roussel Cera, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Roussel Cera, magistrat désigné ;

- les observations de Me Kechad, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ;

- le préfet de la Gironde n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, de nationalité camerounaise, demande l'annulation de l'arrêté du 17 septembre 2024 par lequel le préfet de la Gironde l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours en vue de son éloignement du territoire français.

2. En premier lieu, par arrêté du 27 juin 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs des services de l'Etat en Gironde, le préfet de la Gironde a donné délégation à Mme A B, cheffe du bureau de l'éloignement et de l'ordre public et signataire de la décision attaquée, à l'effet de signer toutes décisions prises en application notamment du livre VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".

4. La décision attaquée vise les textes dont elle fait application, en particulier l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et fait état de ce que M. D fait l'objet d'un arrêté daté du 29 février 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français, qu'il ne possède pas de document de voyage en cours de validité et qu'il convient d'engager les démarches nécessaires auprès des autorités consulaires du pays dont il se réclame afin que lui soit délivré un laissez-passer. Le requérant a ainsi été mis à même d'en comprendre les motifs et de les contester utilement. Compte tenu de son objet, limité à l'assignation à résidence de l'intéressé, la décision attaquée n'avait pas nécessairement à faire état de sa situation familiale et de son état de santé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté. Cette motivation révèle que le préfet a procédé à l'examen préalable de la situation de M. D.

5. En troisième lieu, la décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer M. D de ses enfants. En se bornant à faire valoir que sa compagne occupe un emploi à plein temps, il n'établit pas que celle-ci, ou une autre personne, ne pourrait pas aller chercher ses enfants à la sortie de l'école. Dès lors, en l'assignant à résidence, au demeurant à l'adresse où il réside avec sa compagne et leurs enfants, le préfet n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

6. En quatrième lieu, la décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de procéder à l'éloignement de M. D. Dès lors, il ne peut utilement faire valoir à son encontre qu'il ne pourra pas bénéficier d'un traitement médical approprié dans son pays d'origine et qu'ainsi la décision attaquée méconnaîtrait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

R. ROUSSEL CERA La greffière,

E. SOURIS

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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