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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2405914

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2405914

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2405914
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a été saisi en référé suspension par M. et Mme E, qui contestaient le refus du directeur des services départementaux de l'éducation nationale de la Gironde d'accorder une dérogation à la carte scolaire pour leur fille, affectée au lycée Fernand Daguin de Mérignac. En défense, la rectrice de l'académie de Bordeaux a fait valoir que, par une décision du 7 octobre 2024, la jeune fille avait finalement été affectée au lycée souhaité, rendant le litige sans objet. Le juge des référés a constaté que la décision contestée avait été rapportée et que les conclusions à fin de suspension étaient devenues sans objet, prononçant un non-lieu à statuer. Les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ont été rejetées, l'État n'étant pas la partie perdante.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement le 24 septembre et le 5 octobre 2024, M. et Mme E, représentés par Me Duclos, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension du caractère exécutoire de la décision du 27 juin 2024 par laquelle le directeur des services départementaux de l'éducation nationale de la Gironde a refusé d'accorder une dérogation à la carte scolaire en vue de l'affectation de leur fille, C E au lycée Fernand Daguin de Mérignac (33), ensemble le rejet implicite de leur recours administratif, confirmé le 20 juillet 2024 par le directeur académique des services de l'éducation nationale ;

2°) d'enjoindre, à titre provisoire, à la rectrice de l'académie de Bordeaux de procéder à l'inscription de C E au lycée Fernand Daguin de Mérignac dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la progression sportive de C ne peut passer que par son affectation au lycée Fernand Daguin de Mérignac, qui bénéfice d'une excellente réputation en matière sportive ; les décisions contestées portent une atteinte grave et immédiate à l'avenir sportif, et par conséquent professionnel, de C ; l'intervention du jugement au fond, sous le délai classique de 18 mois à 2 ans, arrivera trop tard ;

- il existe un doute réel et sérieux sur la légalité de la décision :

- elle ne comporte aucune mention quant au signataire de la décision du 27 juin 2024 qui ne comporte ni le nom, ni le prénom, ni la qualité, ni la signature de son auteur et qui ne permet pas de s'assure de sa compétence ;

- elle est dépourvue de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles D. 211-10 et D. 211-11 du code de l'éducation ; dans son accusé réception du 9 juillet 2024, le DASEN a méconnu le champ de sa propre compétence en s'estimant lié par l'ordre de priorité de la réglementation nationale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des mêmes dispositions ; de toutes évidences, une place était attribuée pour C au lycée Fernand Daguin qui l'a contactée dans le cadre des présences à l'internat du lycée ; il semble qu'une élève placée en deuxième position sur la liste complémentaire du lycée Fernand Daguin, serait passée devant C, placée en première position, alors que les deux jeunes filles viennent du même collège à Saintes et ont le même parcours ;

- elle méconnaît l'intérêt supérieur de la jeune fille tel que protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention de New-York ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2024, la rectrice de l'académie de Bordeaux conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin de suspension et d'injonction de la requête.

Elle fait valoir que, après réexamen de la demande au regard des effectifs actuels de rentrée, C E a pu être affectée, par décision du 7 octobre 2024, au lycée Fernand Daguin de Mérignac, en classe de seconde, au titre de l'année scolaire 2024-2025 et que le litige a ainsi perdu son objet.

Vu :

- la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond enregistrée le 21 septembre 2024 sous le n° 2405908 par laquelle les requérants demandent l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Vaquero, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mlle C E, née le 6 mai 2009, résidant avec ses parents à Loudun (86), était scolarisée sur l'année scolaire 2023/2024 au collège René Caillie de Saintes (17). Ses parents, A et Mme E, ont formé une demande de dérogation " parcours scolaire particulier " pour l'année scolaire 2024/2024 en sollicitant son affectation en premier choix, en 2ème GT, au lycée Fernand Daguin de Mérignac. Par décision du 27 juin 2024, le directeur des services départementaux de l'éducation nationale (DSDEN) de la Gironde n'a pas satisfait à cette demande de dérogation et a refusé l'affectation de C E au lycée Fernand Daguin. Par décision du 25 juin 2024, le DSDEN de la Charente-Maritime a notifié l'affectation de la jeune fille au lycée Bernard Palissy de Saintes, qui correspondait à son 3ème choix. M. et Mme E ont formé le 27 juin 2024 un recours gracieux contre la décision de refus du 27 juin 2024. Ils demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre l'exécution de cette décision, ensemble le rejet de leur recours gracieux.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ".

3. Lorsque le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative a estimé, au vu de la requête dont il est saisi, qu'il y avait lieu, non de la rejeter en l'état pour l'un des motifs mentionnés à l'article L. 522-3 du code de justice administrative, mais d'engager la procédure prévue à l'article L. 522-1 de ce code, il lui incombe de poursuivre cette procédure et, notamment, de tenir une audience publique. Il en va différemment lorsque, après que cette procédure a été engagée, intervient un désistement ou un évènement rendant sans objet la requête. Dans ce cas, le juge des référés peut, dans le cadre de son office, donner acte du désistement ou constater un non-lieu sans tenir d'audience.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

4. Il résulte de l'instruction que, par une décision du 7 octobre 2024, postérieure à l'enregistrement de la requête, la rectrice de l'académie de Bordeaux, après réexamen de sa demande au regard des effectifs actuels de rentrée, a prononcé l'affectation de C E au lycée Fernand Daguin de Mérignac, en classe de seconde, au titre de l'année scolaire 2024-2025. Cette décision, qui correspond à la fois au premier vœu de la jeune fille et à la demande des requérants, ses parents, dans le cadre du présent recours, a nécessairement pour effet de rapporter la décision contestée du 27 juin 2024. Il s'en suit que le litige se trouve privé de son objet. Il n'y donc plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins de suspension de ce refus de dérogation, ainsi que, par voie de conséquence, sur les conclusions présentées à fin d'injonction.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui apparait comme la partie perdante à l'instance, la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de suspension et d'injonction de la requête n° 2405914 de M. et Mme E.

Article 2 : L'Etat versera aux requérants la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D E et M. F E, et à la rectrice de l'académie de Bordeaux.

Fait à Bordeaux, le 8 octobre 2024.

Le juge des référés,

M. Vaquero

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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