lundi 30 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2405931 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 septembre 2024, M. B C, représenté par Me Lamazière, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour formée pour conjoint de français et maladie prise par le préfet de la Dordogne ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Dordogne de lui délivrer le titre de séjour sollicité ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 11 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'absence de titre de séjour le prive du bénéfice de sa reconnaissance de son handicap et que l'équilibre psychique et économique de la famille s'en trouve compromise ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- elle est entachée d'un erreur manifeste d'appréciation au regard de sa demande au titre de conjoint de français et d'étranger malade ; il justifie d'une intégration pérenne ; il est conjoint de français malade ; sa situation de santé exige sa régularisation ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
Vu :
- la requête enregistrée sous le n°2405570, le 9 septembre 2024, par laquelle M. C demande l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu la décision du 9 juillet 2024 octroyant à M. C le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Vaquero, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". En vertu de ces dernières dispositions, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête, sans instruction ni audience, notamment lorsqu'elle est dénuée d'urgence, ou qu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci est mal fondée.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Pour l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
3. Pour justifier de l'urgence, M. C, ressortissant marocain, né le 1er janvier 1981 fait valoir, d'une part, que l'absence de titre de séjour le prive de la prise en compte de son handicap et, d'autre part, qu'elle compromet l'équilibre psychique et économique de la famille.
4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le requérant, qui a obtenu une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " valable jusqu'au 29 décembre 2020, s'est vu refuser le renouvellement de son titre de séjour par le préfet de la Gironde en juin 2021. Il est constant que ce refus n'a pas été contesté. M. C a été condamné à une peine d'emprisonnement de dix-huit mois avec un an de sursis probatoire par un jugement du tribunal correctionnel de Libourne en date du 15 juin 2021. M. C, qui a formé sa dernière demande de titre de séjour le 11 juillet 2023, comme en atteste la confirmation de dépôt émise par la préfecture, ne peut par conséquent se prévaloir de la présomption d'urgence citée au point 2.
5. En deuxième lieu, s'il n'est pas contesté que le versement de l'allocation adulte handicapé au requérant est conditionné par l'octroi d'un titre de séjour, cette circonstance ne suffit pas, par elle-même, à caractériser une telle urgence. Il apparaît d'ailleurs que cette reconnaissance est valable jusqu'au 31 mai 2028.
6. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que M. C a épousé Mme A, de nationalité française, le 12 février 2011. Cette dernière est placée sous curatelle renforcée depuis au moins 2019, date du renouvellement pour cinq ans de cette mesure de protection. M. C, qui souffre de troubles psychiatriques apparus en 2016, déclare que son état de santé est stabilisé grâce à un suivi hospitalier et médicamenteux régulier. Il précise également être accompagné par une assistante sociale depuis le 23 décembre 2021. Si la situation financière du couple reste précaire, il n'est pas démontré que la décision contestée viendrait aggraver l'équilibre psychique et économique du ménage..
7. En quatrième lieu, il n'est pas établi que M. C aurait sollicité la délivrance d'un récépissé ou d'une autorisation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour, réceptionnée en préfecture de la Dordogne le 11 juillet 2023. Enfin, si l'intéressé a choisi, comme il en avait le droit, de former un recours gracieux, réceptionné le 4 janvier 2024 en préfecture, contre la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour intervenue le 11 novembre 2023, il résulte de l'instruction qu'il a formé son recours en annulation le 9 septembre 2024 et introduit sa requête en référé le 24 septembre 2024, soit plusieurs mois après le rejet implicite de son recours gracieux.
8. Pour toutes ces raisons, M. C ne justifie pas de la condition d'urgence requise par l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, par conséquent, de faire application de l'article L. 522-3 du même code pour rejeter les conclusions de la requête présentées aux fins de suspension de la décision contestée, ainsi que celles présentées à fin d'injonction.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme dont M. C demande le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête n° 2405931 de M. C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C.
Copie sera transmise pour information au préfet de la Dordogne.
Fait à Bordeaux, le 30 septembre 2024.
Le juge des référés,
M. Vaquero
La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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