mercredi 9 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2405954 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Eloignement 72 heures |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 septembre 2024, un mémoire complémentaire, enregistré le 4 octobre 2024, et des pièces complémentaires, enregistrées les 2 et 4 octobre 2024, M. C B A, représenté par Me Roquain, demande au tribunal :
1°) d'annuler les arrêtés du 18 septembre 2024 par lesquels le préfet de la Gironde, d'une part, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant 2 ans et, d'autre part l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours en vue de son éloignement du territoire français ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- sa situation n'entre dans aucun des cas limitatifs dans lesquels l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permet de prendre une mesure d'éloignement ;
- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'interdiction de circulation sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- l'assignation à résidence entre 16 et 19 heures est incompatible avec son emploi.
Par un mémoire, enregistré le 2 octobre 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Roussel Cera, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Roussel Cera, magistrat désigné ;
- les observations de Me Kergot, représentant M. B A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ;
- le préfet de la Gironde n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, de nationalité portugaise, demande au tribunal d'annuler les arrêtés du 18 septembre 2024 par lesquels le préfet de la Gironde, d'une part, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant 2 ans et, d'autre part l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours en vue de son éloignement du territoire français.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, en particulier les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et fait état de la situation personnelle et familiale de M. B A, en particulier les faits à l'origine de ses condamnations pénales, à savoir violence et harcèlement sur conjoint. Le requérant a ainsi été mis à même d'en comprendre les motifs et de les contester utilement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, le requérant, de nationalité portugaise, ne peut utilement se prévaloir à l'encontre de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français des dispositions générales de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'éloignement des citoyens de l'Union européenne est régi par les dispositions spéciales de l'article L. 251-1 du même code.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. M. B A est entré en France en 2016 selon ses déclarations. De son union avec une ressortissante française est née une fille en 2022. Il ressort des pièces du dossier qu'il a commis des actes de violence en 2020, 2022, 2023 et 2024, sur la mère de sa fille, en présence de cette dernière après sa naissance, et l'a harcelée. Pour ces faits, il a fait l'objet d'une composition pénale en 2020, a été condamné par le tribunal correctionnel de Bordeaux, en 2022, à cinq mois d'emprisonnement avec sursis probatoire d'un an et six mois et, en mars 2024, à douze mois d'emprisonnement dont six mois assortis du sursis probatoire pendant une durée de trois ans, avec l'interdiction d'entrer en contact avec la victime. S'il se prévaut d'une relation avec une autre ressortissante française, déjà mère de deux enfants mineurs, avec lesquels il vit depuis sa sortie de prison, cette relation est récente à la date de l'arrêté attaqué. Il ressort encore des pièces du dossier qu'il ne sera pas isolé dans son pays d'origine où résident ses parents, ses oncles et tantes, cousins et cousines, ainsi que son fils né en 2016 d'une précédente union. Dès lors, en obligeant M. B A à quitter le territoire français, le préfet de la Gironde n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels a été pris l'arrêté attaqué. Il n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de l'intéressé.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
7. D'une part, aucune pièce au dossier ne permet d'établir la réalité de liens affectifs entre M. B A et sa fille française, y compris avant sa dernière condamnation. D'autre part, s'il soutient contribuer à l'entretien et à l'éducation des enfants de sa compagne actuelle, la relation est récente à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit être écarté.
8. En cinquième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du défaut de base légale de la décision d'interdiction de circulation sur le territoire français en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 733-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il demeure dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives par période de vingt-quatre heures () ".
10. Si la mesure d'assignation attaquée impose à M. B A d'être présent à son domicile entre 16 et 19 heures, il ne ressort pas des pièces qu'il produit que cette contrainte serait incompatible avec les missions d'intérim qu'il réalise.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés attaqués. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B A et au préfet de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
R. ROUSSEL CERA La greffière,
E. SOURIS
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
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Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
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