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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2405957

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2405957

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2405957
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de M. B visant à suspendre l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, compte tenu de la gravité et de la répétition des infractions commises (défaut de ceinture, usage du téléphone, refus de priorité) sur une courte période, et de la possibilité pour le requérant d'utiliser d'autres moyens de transport pour ses déplacements médicaux. La requête a été rejetée par ordonnance motivée sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Duran, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision référencée 48 SI du ministre de l'intérieur en date du 22 août 2024 l'informant de l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul ;

2°) d'enjoindre au ministre de créditer son permis de conduire de 3 points suite au retrait de points ayant résultant de l'infraction commise le 28 novembre 2022 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son permis de conduire du nombre de points correspondants dans un délai de huit jours ;

4°) de statuer sur les droits des dépens.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que ses déplacements sont réduits compte tenu d'une intervention chirurgicale au genou le 27 juin 2024, de ses charges financières et de l'absence d'infractions entre 2012 et 2021 ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :

- la méconnaissance par l'administration de son obligation d'information préalable est de nature à elle-seule à entacher la légalité de la décision attaquée, en ce que le permis de conduire a été invalidé suite à une perte de points, dont 3, pour une infraction au code de la route pour laquelle il n'a pas été informé à temps.

Vu :

- la requête n° 2405956 enregistrée le 24 septembre 2024 par laquelle M. B demande l'annulation des décisions contestées ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Vaquero, premier conseiller, pour exercer les fonctions de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". En vertu de ces dernières dispositions, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête, sans instruction ni audience, notamment lorsqu'elle est dénuée d'urgence, ou qu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci est mal fondée.

Sur la condition d'urgence :

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.

3. Il résulte de l'instruction, notamment de la lettre référencée " 48 SI " du 22 août 2024, que M. B s'est vu notifier l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul. Pour justifier de l'urgence, ce dernier fait valoir que cette invalidation de son permis de conduire ne lui permet plus de se déplacer avec son véhicule pour ses différents rendez-vous médicaux. Il résulte tout d'abord de l'instruction que le requérant a commis des infractions au code de la route le 28 décembre 2022, le 23 novembre 2023 et le 3 avril 2024, ayant entrainé respectivement la perte de 3 points, 6 points et 3 points. Il ressort des écritures du requérant que ces infractions correspondent à une conduite du véhicule sans port de ceinture, usage du téléphone au volant et refus de priorité. De telles infractions au code de la route, sur une période de moins de deux ans, caractérisent, compte tenu de leur gravité, un comportement dangereux et hautement accidentogène pour les usagers de la route et pour le conducteur lui-même. Si M. B fait valoir qu'il a été hospitalisé le 27 juin 2024 pour une intervention au genou qui nécessite un suivi et des séances de kinésithérapie, il résulte de l'instruction qu'il a la possibilité de se faire accompagner par un ami dans l'ensemble de ces démarches. Il ne démontre ni ne prétend par ailleurs qu'il serait dans l'impossibilité de se déplacer par d'autres moyens, tels que le co-voiturage, les transports en commun sur la métropole bordelaise ou l'accompagnement par un membre de sa famille, pour ses déplacements personnels, d'autant qu'il n'exerce plus d'activités professionnelles et qu'il dispose de revenus suffisants.

4. Il résulte de ce qui précède que, compte tenu notamment de la gravité des infractions au code de la route relevées à son encontre, la condition d'urgence requise par les dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative n'apparaît pas remplie en l'espèce. Il y a lieu, par conséquent, de faire application des dispositions de l'article L. 522-3 du même code et de rejeter les conclusions de la requête présentées à fin de suspension et d'injonction, ainsi que, en tout état de cause, celles relatives aux entiers dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête n° 2405957 de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera transmise au préfet de la Gironde.

Fait à Bordeaux, le 3 octobre 2024.

Le juge des référés,

M. Vaquero

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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