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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2406054

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2406054

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2406054
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, rejette la demande de Mme B tendant à la suspension de la décision de radiation de la liste des demandeurs d'emploi prise par France Travail le 26 août 2024. La requérante ne justifie pas avoir formé le recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article R. 5412-8 du code du travail avant de saisir le juge, une simple saisine du médiateur étant insuffisante. En conséquence, la demande est manifestement irrecevable et rejetée sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 septembre 2024, Mme A B demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'annuler la décision de radiation prise par France Travail le 26 août 2024 ;

2°) d'ordonner de la rétablir immédiatement dans ses droits à l'allocation de retour à l'emploi (ARE) ;

3°) d'ordonner le versement rétroactif des allocations dues, couvrant la période où ses droits ont été interrompus en raison de la radiation injustifiée, ainsi qu'une compensation pour le préjudice subi.

Elle soutient que :

-la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la radiation la laisse sans aucun revenu et qu'elle a suspendu son projet de reconversion professionnelle, qui dépend directement de l'allocation ARE ;

-il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision :

-elle ne respecte pas les dispositions de l'article L. 5412-1 du code du travail ;

-elle peut se prévaloir d'éléments légitimes, au sens de l'article R. 5411-15 du code du travail, pour justifier son absence ;

-il est déraisonnable de radier un demandeur d'emploi pour un simple appel manqué, sans prendre en compte les difficultés techniques signalées, ce qui démontre un manque de flexibilité de France Travail ;

-la médiation a été menée sans réelle tentative de dialogue, contrairement à la charte du médiateur national et à la loi n° 2021-1729 ;

-cette pratique coercitive relève d'un abus de droit manifeste contraire à l'article L. 122-12 du code de procédure pénale.

Vu :

-les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Vaquero, premier conseiller, pour exercer les fonctions de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". En vertu de ces dernières dispositions, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête, sans instruction ni audience, notamment lorsqu'elle est dénuée d'urgence, ou qu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci est mal fondée.

2. Aux termes de l'article R. 5412-8 du code du travail : " La personne qui entend contester une décision de radiation de la liste des demandeurs d'emploi forme un recours préalable devant le directeur régional de Pôle emploi. / Ce recours n'est pas suspensif ". En vertu de ces dispositions, la personne qui entend contester une décision de radiation de la liste des demandeurs d'emploi doit obligatoirement former un recours administratif préalable devant le directeur régional de France Travail. A défaut d'un tel recours, la contestation portée directement devant le juge administratif est irrecevable.

3. L'objet même du référé organisé par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est de permettre, dans tous les cas où l'urgence le justifie, la suspension dans les meilleurs délais d'une décision administrative contestée par le demandeur. Une telle possibilité est ouverte y compris dans le cas où un texte législatif ou réglementaire impose l'exercice d'un recours administratif préalable avant de saisir le juge de l'excès de pouvoir, sans donner un caractère suspensif à ce recours obligatoire. Dans une telle hypothèse, la suspension peut être demandée au juge des référés sans attendre que l'administration ait statué sur le recours préalable, dès lors que l'intéressé a justifié, en produisant une copie de ce recours, qu'il a engagé les démarches nécessaires auprès de l'administration pour obtenir l'annulation ou la réformation de la décision contestée.

4. Mme B, qui demande la suspension de l'exécution de la décision du 26 août 2024 par laquelle le directeur de l'agence France Travail de Villenave d'Ornon a procédé à sa radiation de la liste des demandeurs d'emploi à titre de sanction pour absence à rendez-vous, ne justifie pas avoir formé le recours administratif préalable obligatoire prévu par les dispositions précitées du code du travail et par ailleurs rappelées dans la décision contestée. A cet égard, le courrier adressé au médiateur de France Travail le 13 septembre 2024 ne saurait tenir lieu de ce recours préalable obligatoire. Il ressort au demeurant des écritures de Mme B que " une tentative de médiation s'est déroulée entre le 13 et le 20 septembre 2024, mais elle a été clôturée sans qu'aucun échange réel n'ait eu lieu et sans que me questions aient été abordées ".

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête présentées aux fins de suspension sont manifestement irrecevables. Elles doivent par conséquent être rejetées, de même que les conclusions à fin d'injonction et, en tout état de cause, celles à fin de réparation de préjudice par application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête n° 2405064 de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.

Fait à Bordeaux, le 7 octobre 2024.

Le juge des référés,

M. Vaquero

La République mande et ordonne au ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion en ce qui la concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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