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Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2406055

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2406055
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, rejette la demande de suspension de l'arrêté du 25 juillet 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé le regroupement familial au profit de l'épouse de M. B. Le juge estime que la condition d'urgence n'est pas remplie, car la grossesse de l'épouse ne présente pas d'anomalie particulière et que les ressources du couple permettent une prise en charge médicale au Sénégal. Par conséquent, la requête est rejetée sans qu'il soit nécessaire d'examiner les moyens relatifs à la légalité de la décision, notamment au regard de l'article L. 434-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et une pièce complémentaire, enregistrée le 29 septembre et le 1er octobre 2024, M. D B demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 25 juillet 2024 du préfet de la Gironde portant refus de regroupement familial au profit de Mme C A, son épouse ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un avis favorable pour sa demande de regroupement familial.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que, d'une part, son épouse est enceinte et nécessite un suivi médical, et d'autre part, il y a un risque de déclencher une nouvelle procédure de regroupement pour l'enfant à naître ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- au regard de l'article L. 434-8 du code d'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile, il présentait un niveau de ressources suffisantes au moment de sa demande ;

- elle est entachée d'une erreur de droit car même dans l'hypothèse où ses ressources de l'année précédant sa demande seraient insuffisantes, le préfet devrait tenir compte de l'évolution de sa situation au moment de la prise de la décision de refus ;

Vu :

- la requête enregistrée le 8 août 2024 sous le n° 2405038 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Vaquero, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant sénégalais, né le 9 juillet 1982, en situation régulière en France a formé le 2 mars 2023, une demande de regroupement familial au bénéfice de Mme C A, sa conjointe, résidant au Sénégal. Par une décision du 25 juillet 2024, le préfet de la Gironde a rejeté sa demande. M. B demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". En vertu de ces dernières dispositions, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête, sans instruction ni audience, notamment lorsqu'elle est dénuée d'urgence, ou qu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci est mal fondée.

Sur la condition d'urgence :

3. Pour l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Pour justifier de l'urgence, M. B, qui ne peut se prévaloir de la présomption d'urgence rappelée au point précédent, fait valoir, d'une part, que son épouse est enceinte de leur enfant et que les conditions sanitaires au Sénégal l'exposent à un danger, et d'autre part, que le refus préfectoral risque de déclencher une nouvelle procédure de regroupement pour l'enfant à naître. Il résulte toutefois de l'instruction que si Mme A présente un état de grossesse de onze semaine, il ressort du compte-rendu d'échographie obstétricale du 24 septembre 2024 qu'elle ne présente aucune anomalie particulière. Si M. B fait état d'une étude sénégalaise d'avril 2024 selon laquelle le taux de mortalité maternelle serait de 11.8 décès pour 100 000 naissances, cette statistique nationale n'est pas de nature à caractériser un risque direct pour son épouse et l'enfant à naître, étant précisé qu'au demeurant le couple dispose de revenus suffisants pour assurer une prise en charge médicale dans leur pays d'origine si nécessaire. En outre, la circonstance que M. B se verrait contraint de présenter une nouvelle demande de regroupement familial, cette fois pour son épouse et l'enfant, n'est pas davantage de nature à caractériser une quelconque urgence dès lors que la possible évolution de la cellule familiale résulte de choix personnels et qu'en toute hypothèse l'enfant n'est pas encore né. Pour toutes ces raisons, M. B ne justifie pas de la condition d'urgence requise par l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, par conséquent, de faire application de l'article L. 522-3 du même code et de rejeter les conclusions de la requête aux fins de suspension de la décision contestée, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées à fin d'injonction.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête n° 2406055 de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D B.

Copie sera transmise pour information au préfet de la Gironde.

Fait à Bordeaux, le 7 octobre 2024.

Le juge des référés,

M. Vaquero

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,