jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2406118 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SELARL SYMCHOWICZ-WEISSBERG ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées respectivement le 1er octobre et le 4 octobre 2024, le préfet de la Dordogne demande au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 19 juillet 2024 par lequel le maire de la commune de Boulazac-Isle-Manoire a délivré à la Sarl Santiago un permis de construire valant autorisation de travaux pour la " construction de trois bâtiments à vocation commerciale accueillant quatre cellules coquilles vides ", jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
Il soutient que :
-par un courrier du 27 août 2024, il a demandé au maire de la commune de retirer son arrêté, transmis au contrôle de légalité le 1er août 2024 ; par courrier du 17 septembre 2024, le maire lui a indiqué que l'arrêté et le dossier de demande du permis de construire à prendre en compte étaient ceux remis au représentant de l'Etat par une nouvelle transmission du 6 août 2024 comportant notamment d'autres plans et une nouvelle notice architecturale ;
-il existe un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté : le niveau du premier plancher des quatre cellules ne respecte pas les cotes de sécurité définies à l'article 7-2-1 du règlement du plan de prévention de risques d'inondation (PPRI) ; les constructions doivent respecter les cotes de sécurité et non les seules cotes de crue de référence ; les modifications apportées au projet dans la communication du 6 août 2024 ne respectent toujours pas les prescriptions du PPRI ; la dérogation pour impossibilité technique n'est pas applicable en l'espèce ; la dérogation prévue à l'article 7 du règlement est exclue pour les bâtiments à usage d'activités futurs visés à l'article 7-2-1.
Par un mémoire, enregistré le 14 octobre 2024, la commune de Boulazac-Isle-Manoire, représentée par Me Saint-Supery, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que : le référé préfectoral est irrecevable faute pour le préfet de démontrer qu'il a régulièrement notifié son recours gracieux conformément au exigences de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;
le moyen unique soulevé par le préfet est infondé ; le règlement du PPRI n'exclut pas de manière expresse la possibilité de recourir à la dérogation technique prévue à l'article 7 - qui vaut pourtant règle liminaire et générale -, s'agissant des constructions nouvelles ; contrairement à la zone rouge du PPRI, en zone bleu, le principe n'est pas l'inconstructibilité ; l'interprétation de la préfecture est incompatible avec l'objectif de " zéro artificialisation nette " (ZAN) ; le projet justifie d'une impossibilité technique de se conformer aux cotes de sécurité prévues par le PPRI ; compte-tenu de la disparité du niveau du terrain et de la topographie des voies et trottoirs desservant le projet, il s'avère techniquement impossible de ramener le premier niveau de plancher des cellules commerciales projetées, au-dessus d'une altimétrie de 89,73 NGF ; en toutes hypothèses, le premier niveau de plancher des quatre cellules commerciales projetées se trouve à chaque fois au niveau de la cote de référence du PPRI, c'est-à-dire au niveau des plus hautes eaux connues :
Par un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés le 15 octobre 2024, le préfet de la Dordogne conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens. Il ajoute que son recours gracieux a bien été notifié au pétitionnaire le 29 août 2024.
Vu :
- la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond enregistrée le 1er octobre 2024 sous le n° 2406117 par laquelle le préfet de la Dordogne demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Vaquero, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique, le mercredi 16 octobre 2024, à 10h00, en présence de Mme Gioffré, greffière :
-le rapport de M. Vaquero, juge des référés les observations de Me Sautereau pour la commune de Boulazac-Isle-Manoire, qui maintient ses écritures en défense ; elle ajoute que le préfet ne justifie pas de la notification de la requête à la société pétitionnaire ; la dérogation pour impossibilité technique est amplement justifiée ici par le caractère très accidenté du terrain, jusqu'à 1,10 m par endroit, malgré les efforts de la société pétitionnaire pour réduire la déclivité ; il est techniquement impossible de rehausser le terrain de 20 cm supplémentaire au risque d'interdire l'accessibilité PMR.
Le préfet de la Dordogne et la Sarl Santiago n'étant ni présents ni représentés ;
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 19 juillet 2024, le maire de la commune de Boulazac-Isle-Manoire a délivré à la Sarl Santiago un permis de construire valant autorisation de travaux pour la " construction de trois bâtiments à vocation commerciale accueillant quatre cellules coquilles vides " sur un terrain composé des parcelles cadastrées AB n° 880, 881 et 885, sis rue Suzanne Masson. Par courrier du 27 août 2024, le préfet de la Dordogne a demandé au maire le retrait de cet arrêté. Par courrier du 17 septembre 2024, le maire a rejeté ce recours gracieux. Par la présente requête, le préfet de la Dordogne demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 554-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 19 juillet 2024.
2. Aux termes de l'article L. 554-1 du code de justice administrative : " Les demandes de suspension assortissant les requêtes du représentant de l'État dirigées contre les actes des communes sont régies par le 3e alinéa de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales ci-après reproduit : "Art. L. 2131-6, alinéa 3. - Le représentant de l'État peut assortir son recours d'une demande de suspension. Il est fait droit à cette demande si l'un des moyens invoqués paraît, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué. Il est statué dans le délai d'un mois ". Le préfet tient des dispositions précitées de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, et, plus généralement, du dernier alinéa de l'article 72 de la Constitution lui donnant " dans les collectivités territoriales de la République, () la charge des intérêts nationaux, du contrôle administratif et du respect des lois ", la faculté de former un recours pour excès de pouvoir, en invoquant tout moyen, de légalité interne aussi bien que de légalité externe, à l'encontre de tous les actes des collectivités territoriales. Le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens par le représentant de l'État, peut ordonner, sur le fondement de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, la suspension d'une décision administrative ou de certains de ses effets si l'un des moyens invoqués paraît, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision.
Sur le moyen de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté du 19 juillet 2024 :
3. En vertu des dispositions du chapitre II du règlement du plan de prévention des risques d'inondation " Rivière de L'Isle ", adopté par arrêté préfectoral du 6 février 2018, applicable à la commune de Boulazac-Isle-Manoire : " Définition de la zone bleue : Il s'agit d'une zone où l'intensité du risque est plus faible. Cette zone comprend les centres urbains et les Parties Actuellement Urbanisées (PAU) sous une hauteur d'eau inférieure à 1 m et des vitesses inférieures à 0,5 m/s. Les constructions nouvelles y sont autorisées sous réserve du respect de certaines mesures de prévention définies dans le présent règlement du PPR. ". En vertu du " nota " de l'article 7 de ce règlement : " Le niveau du premier plancher sera situé au minimum à 20 cm au-dessus de la cote de référence, sauf impossibilité technique dûment justifiée. Toutes les occupations ou utilisations du sol autorisées ci-dessous devront respecter les dispositions figurant au chapitre III " Prescriptions techniques applicables aux constructions situées en zone inondable rouge et bleu " et au chapitre IV " Mesures applicables sur les biens et activités existants ". Aux termes de l'article 7- 2 - Biens et activités futures : " 1 - Les bâtiments à usage d'habitation (y compris les annexes, garagesetc) ou d'activités sont autorisés à condition que leur emprise au sol ne dépasse pas 30% de la superficie du terrain située en zone bleue. Dans le cas de construction neuve, s'inscrivant dans une opération de restructuration en milieu urbain, l'emprise au sol est plafonnée à 50% de la superficie du terrain située en zone bleue. Dans tous les cas, le niveau du premier plancher devra être situé au minimum à 20 cm au-dessus de la cote de référence ; au-dessous de cette cote, ne sont admis que les parkings ou garages. ".
4. En premier lieu, il est constant que le projet litigieux, à destination de " commerce ", est situé en zone 1AU zac+ secteur 1 du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) du Grand Périgueux et en zone bleu du PPRI.
5. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que le projet, tel qu'issu de la notice architecturale et des plans modificatifs transmis au contrôle de légalité le 6 août 2024 et tel qu'autorisé par l'arrêté du 19 juillet 2024, présente un niveau du premier plancher à la cote 89,73 NGF pour les cellules commerciales n°1, 2, 3, et 4. Il n'est pas contesté qu'au regard de la cote de sécurité définie à l'article 7 du règlement du PPRI, le niveau du premier plancher des constructions, pour les cellules n° 1, 2 et 3, devrait s'établir à 89,90 NGF, et pour la cellule n°4, à 90 NGF.
6. En troisième lieu, l'arrêté litigieux, reprenant sur ce point la notice architecturale et les plans modifiés, indique que le projet fait application de la dérogation prévue à l'article 7 du règlement du PPRI relatif aux occupations et utilisation du sol autorisées sous conditions. La commune fait valoir que le " nota " de cet article 7, qui prévoit que " Le niveau du premier plancher sera situé au minimum à 20 cm au-dessus de la cote de référence, sauf impossibilité technique dûment justifiée ", est applicable à l'ensemble des dispositions visées par cet article, notamment son article 7.2.1. Le préfet de la Dordogne fait valoir pour sa part que l'article 7.2.1, qui indique que " Dans tous les cas, le niveau du premier plancher devra être situé au minimum à 20 cm au-dessus de la cote de référence ; au-dessous de cette cote, ne sont admis que les parkings ou garages ", fait obstacle à la possibilité d'invoquer, en l'espèce, la dérogation précitée. Il résulte pourtant de la rédaction de l'article 7, notamment de son " nota " en forme de préambule, que la dérogation au respect de la cote de sécurité " pour impossibilité technique dûment justifiée " est applicable aux " biens et activités futurs " de l'article 7.2, sans qu'y fasse obstacle la rédaction du point 1 de cette disposition qui apparaît comme le simple rappel de la prescription générale relative au niveau du premier plancher des constructions.
7. En quatrième lieu, le préfet de la Dordogne ne démontre ni ne soutient que la topographie des voieries existantes " trottoirs ", le niveau naturel du terrain (89,80 NGF) ou le maintien de l'accessibilité aux personnes à mobilité réduite (PMR) tels qu'invoqués par la société pétitionnaire dans sa demande de permis de construire et tels que repris dans l'arrêté du 19 juillet 2024, ne constitueraient pas " une impossibilité technique dûment justifiée " au sens de l'article 7 du règlement du PPRI applicable en zone bleu.
8. Pour ces différentes raisons, le moyen unique tiré de ce que l'arrêté du 19 juillet 2024 portant délivrance du permis de construire à la Sarl Santiago ne serait pas conforme aux prescriptions de l'article 7 du règlement du PPRI " Rivière de l'Isle " n'apparaît pas, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté contesté.
9. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Dordogne n'est pas fondé à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du maire de Boulazac-Isle-Manoire en date du 19 juillet 2024. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, les conclusions de la requête présentées en ce sens doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l' Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête n° 2406118 du préfet de la Dordogne est rejetée.
Article 2 : L'Etat versera à la commune de Boulazac-Isle-Manoire la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet de la Dordogne, à la commune de Boulazac-Isle-Manoire et à la Sarl Santiago.
Fait à Bordeaux, le 17 octobre 2024.
Le juge des référés,La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026