vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2406133 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Eloignement 72 heures |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 octobre 2024, Mme D B, représentée par Me Lanne, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 25 septembre 2024 par lequel le préfet de la Gironde l'a assignée à résidence pour une durée de 45 jours avec obligation de pointer au commissariat de police de Bordeaux les lundis entre 09 heures et midi et d'être présente à son domicile chaque jour entre 16 et 19 heures ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme B soutient que :
- la compétence du signataire de la décision préfectorale n'est pas établie ;
- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 731-1 du code de justice administrative dès lors qu'elle n'a pas eu connaissance de l'obligation de quitter le territoire qui la fonde et que le préfet ne justifie pas que son éloignement demeure une perspective raisonnable, ni avoir entrepris de diligences pour exécuter l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 octobre 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bilate, premier conseiller, pour statuer sur les recours présentés sur le fondement de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Bilate été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D B, ressortissante albanaise née en 1977, est, selon ses déclarations, entrée en France en 2016. Elle a fait l'objet le 27 février 2023 et le 28 mars 2024 de deux obligations de quitter le territoire auxquelles elle n'a pas déféré. Le 24 septembre 2024, elle a fait l'objet d'une interpellation par la police nationale au cours de laquelle l'irrégularité de son séjour a été constatée. Le même jour, le préfet de la Gironde a pris à son encontre une décision par laquelle il l'a assignée à résidence pour une durée de 45 jours avec obligation de rester à son domicile tous les jours de 16 à 19 heures et de pointer les lundis entre 9 heures et midi au commissariat de police de Bordeaux.
Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme B, il y a de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. En premier lieu, par un arrêté du 27 juin 2024 publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial de l'Etat n° 33-2024-147, le préfet de la Gironde a donné délégation à M. C A, chef de la section " éloignement " du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, de l'ordre public et du contentieux.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce que soutient Mme B, la requérante s'est vue notifiée le 4 avril 2024 par courrier recommandé l'obligation de quitter le territoire français signée le 28 mars précédent sur le fondement de laquelle la décision litigieuse a été prise. D'autre part, si la requérante soutient que le préfet ne justifie pas d'une perspective raisonnable de son éloignement, elle n'assortit ce moyen d'aucune précision ni de pièces permettant d'en apprécier le bien-fondé et la portée. Il ressort au demeurant des pièces du dossier que Mme B a remis contre récépissé à l'administration son passeport valable jusqu'au 22 juin 2032, et qu'une demande de routing d'éloignement a été adressée à la Direction nationale de la police aux frontières le 27 septembre 2024. Le préfet de la Gironde démontre ainsi avoir accompli des diligences suffisantes pour faire regarder l'exécution de la mesure d'éloignement du territoire français comme une perspective raisonnable dans le délai de quarante-cinq jours. Il suit de là que les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doivent être écartés.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par B doivent être rejetées, ainsi que les conclusions qu'il présente sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus de la requête de Mme B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au préfet de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
X. BILATE
La greffière,
É. SOURIS
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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03/08/2026