jeudi 21 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2406176 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement 72 heures |
| Avocat requérant | GENEVAY |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête n° 2406175 et un mémoire, enregistrés les 3 octobre et 5 novembre 2024, M. G A H F, représenté par Me Genevay, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 juin 2024 par lequel le préfet de la Dordogne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Dordogne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer, dans l'attente de cet examen, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- sa requête est recevable dès lors que le dépôt de sa demande d'aide juridictionnelle a interrompu le délai de recours contentieux ;
- la compétence du signataire de l'arrêté en litige n'est pas établie ;
- l'arrêté contesté a méconnu les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cet arrêté a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du même code ;
- cet arrêté a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cet arrêté a méconnu les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- cet arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'il emporte sur sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 octobre 2024, le préfet de la Dordogne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est tardive ;
- les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.
M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 septembre 2024.
II. Par une requête n° 2406981 enregistrée le 14 novembre 2024, M. F, représenté par Me Genevay, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 juin 2024 par lequel le préfet de la Dordogne l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la compétence du signataire de l'arrêté litigieux n'est pas établie ;
- cet arrêté est insuffisamment motivé ;
- cet arrêté a méconnu les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'existe pas de perspective raisonnable d'éloignement et qu'il a saisi le tribunal d'un recours contre l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, ce qui confère un caractère suspensif à cette mesure ;
- il est disproportionné de maintenir une personne assignée à résidence pendant un délai aussi long ;
- il est père de quatre enfants français, remplit les conditions posées par l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer un titre de séjour en cette qualité et justifie d'une insertion professionnelle, de sorte que la mesure d'éloignement qui le vise sera nécessairement annulée par le tribunal administratif ;
- l'arrêté contesté a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cet arrêté a méconnu les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- cet arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'il emporte sur sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 novembre 2024, le préfet de la Dordogne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.
III. Par une requête n° 2406176 et un mémoire, enregistrés les 3 octobre et 5 novembre 2024, Mme D E épouse F, représentée par Me Genevay, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 juin 2024 par lequel le préfet de la Dordogne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Dordogne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer, dans l'attente de cet examen, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable dès lors que le dépôt de sa demande d'aide juridictionnelle a interrompu le délai de recours contentieux ;
- la compétence du signataire de l'arrêté en litige n'est pas établie ;
- l'arrêté contesté a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cet arrêté a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du même code ;
- cet arrêté a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cet arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'il emporte sur sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 octobre 2024, le préfet de la Dordogne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est tardive ;
- les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 septembre 2024.
IV. Par une requête n°2406979 enregistrée le 14 novembre 2024, Mme E, représentée par Me Genevay, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 juin 2024 par lequel le préfet de la Dordogne l'a assignée à résidence pour une durée de 45 jours ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la compétence du signataire de l'arrêté litigieux n'est pas établie ;
- cet arrêté est insuffisamment motivé ;
- cet arrêté a méconnu les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'existe pas de perspective raisonnable d'éloignement et qu'elle a saisi le tribunal d'un recours contre l'obligation de quitter le territoire français dont elle fait l'objet, ce qui confère un caractère suspensif à cette mesure ;
- il est disproportionné de maintenir une personne assignée à résidence pendant un délai aussi long ;
- elle réside depuis près de six ans en France, où sa famille séjourne en situation régulière, est mariée avec M. F, père d'enfants français, et justifie d'une insertion professionnelle, de sorte que la mesure d'éloignement qui la vise sera nécessairement annulée par le tribunal administratif ;
- l'arrêté contesté a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cet arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'il emporte sur sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 novembre 2024, le préfet de la Dordogne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention internationale de New York relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Jaouën, première conseillère, en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Jaouën a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle M. F, Mme E et le préfet de la Dordogne n'étaient ni présents, ni représentés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. D'une part, M. G A H F, ressortissant égyptien né le 28 octobre 1971, a présenté le 8 décembre 2022 une demande de titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-7 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 3 juin 2024, le préfet de la Dordogne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à défaut de se conformer à cette mesure. Par un arrêté du 4 novembre 2024, ce préfet l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours. M. F demande au tribunal d'annuler l'ensemble des décisions précitées.
2. D'autre part, Mme D E épouse F, ressortissante marocaine née le 26 août 1973, a présenté le 8 décembre 2022 une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 3 juin 2024, le préfet de la Dordogne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée à défaut de se conformer à cette mesure. Par un arrêté du 4 novembre 2024, ce préfet l'a assignée à résidence pour une durée de 45 jours. Mme E demande au tribunal d'annuler l'ensemble des décisions précitées.
3. Les quatre requêtes susvisées concernent la situation d'un couple, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Dordogne aux requêtes n° 2406175 et n° 2406176 :
4. D'une part, aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que la décision relative au séjour, la décision relative au délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent, le cas échéant, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 911-1 ". Aux termes de l'article L. 911-1 du même code : " Lorsqu'une disposition du présent code prévoit qu'une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision. () L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle, au plus tard lors de l'introduction de son recours. / Si, en cours d'instance, l'étranger est assigné à résidence en application de l'article L. 731-1, le tribunal administratif statue dans un délai de quinze jours à compter de la date à laquelle cette décision lui est notifiée par l'autorité administrative () ".
5. D'autre part, aux termes de l'article 43 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Sans préjudice de l'application de l'article 9-4 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée et du II de l'article 44 du présent décret, lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée ou déposée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter : / 3° De la date à laquelle le demandeur de l'aide juridictionnelle ne peut plus contester la décision d'admission ou de rejet de sa demande en application du premier alinéa de l'article 69 et de l'article 70 ou, en cas de recours de ce demandeur, de la date à laquelle la décision relative à ce recours lui a été notifiée ; / 4° Ou, en cas d'admission, de la date, si elle est plus tardive, à laquelle un auxiliaire de justice a été désigné () ".
6. Il est constant que les arrêtés du 3 juin 2024, qui comportaient la mention des voies et délais de recours, ont été notifiés le 8 juin 2024 à M. F et Mme E, qui ont déposé une demande d'aide juridictionnelle le 27 juin suivant, soit dans le délai de recours contentieux. Cette demande a interrompu le délai de recours contre ces arrêtés. Les requérants ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 3 septembre 2024. Toutefois, en l'absence de certitude quant à la date de notification de cette décision du bureau d'aide juridictionnelle, qui a été effectuée par lettre simple, le délai de recours contentieux ne peut être regardé comme ayant expiré à la date d'enregistrement des requêtes n° 2406175 et n° 2406176, le 3 octobre 2024. Dès lors, ces requêtes ne sont pas tardives et la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Dordogne doit être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la situation de M. F :
7. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. F est le père de trois enfants de nationalité française, Yasmin, née en 2001, A, né en 2008 et C, né en 2012 d'une première union, ces trois enfants résidant avec leur mère à Toulouse et d'une enfant, B, née en 2007 d'une seconde union. Par un arrêt du 29 septembre 2020, la cour d'appel de Toulouse a accordé à l'intéressé un droit de visite médiatisé à l'égard de ses enfants A et C un samedi par mois de 14h à 17h, a confié l'exercice exclusif de l'autorité parentale à la mère des enfants et a fixé à 100 euros par mois la pension alimentaire qu'il doit verser à cette dernière. Il ressort des pièces du dossier que compte tenu de l'amélioration des relations entre le requérant et la mère de Yasmin, A et C, cette dernière a introduit le 10 juin 2024 une requête devant le juge aux affaires familiales près le tribunal judiciaire de Toulouse, postérieure à l'arrêté du 3 juin 2024 en litige mais révélant une situation antérieure à cet arrêté, dans laquelle elle fait état d'une évolution positive de la situation depuis l'arrêt précité de la cour d'appel de Toulouse, et notamment de l'amélioration de ses relations avec M. F, du bon déroulement des visites médiatisées et de ce que les modalités de visite sont désormais fixées amiablement. Dans cette requête, la mère des trois enfants de M. F sollicite l'exercice conjoint de l'autorité parentale, un droit de visite pour le père du vendredi 18h au dimanche 18h les semaines paires et pour la moitié des vacances scolaires et la fixation de la pension alimentaire versée par M. F à 100 euros. Par ailleurs, M. F établit, par la production de nombreux titres de transports, qu'il a régulièrement rendu visite à A et C à Toulouse et que ces derniers lui ont également rendu visite. Il établit en outre, par la production de mandats de transfert et de relevés de compte, avoir versé chaque mois à la mère de A et C la pension alimentaire qui lui était due depuis au moins deux ans à la date de l'arrêté litigieux. Enfin, et au surplus, il ressort des pièces du dossier que si M. F n'est plus en contact avec sa fille B, il a sollicité en vain le juge des affaires familiales et le procureur de la République en 2019 afin de pouvoir obtenir un droit de visite et a versé chaque mois à la mère de cette enfant, depuis au moins deux ans à la date de la décision attaqué, le montant fixé par le juge des affaires familiales du tribunal de grande instance de Toulouse par jugement du 10 janvier 2019 pour la contribution à l'entretien de l'enfant. Dans ces circonstances, M. F justifie contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants mineurs A et C, de nationalité française, depuis au moins deux ans à la date de l'arrêté litigieux. Dès lors, il est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Dordogne a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. Il résulte de ce qui précède que la décision du 3 juin 2024 par laquelle le préfet de la Dordogne a refusé de délivrer un titre de séjour à M. F doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions du même jour l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de retour et la décision du 4 novembre 2024 par laquelle ce préfet l'a assigné à résidence.
En ce qui concerne la situation de Mme E :
10. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
11. D'une part, il ressort des mentions de l'arrêté du 3 juin 2024 en litige que le préfet a examiné la situation de Mme E au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte qu'elle peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces dispositions. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que Mme E établit séjourner en France depuis au moins 2020 et dont les six frères et sœurs résident en France et possèdent soit la nationalité française soit des titres de séjour. En outre, il ressort de ces mêmes pièces que Mme E et M. F se sont mariés le 16 janvier 2021 à Cenon et qu'ils partagent une vie commune depuis lors, d'abord dans un appartement à Cenon puis au sein de la propriété qu'ils ont acquise en commun à la Roche-Chalais en vertu d'un acte de vente du 16 décembre 2021. Il résulte de ce qui a été dit au point 8 que M. F, parent d'enfants français, doit se voir délivrer un titre de séjour en cette qualité. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments et de la circonstance que l'intéressé et son époux sont de nationalité différente, Mme E justifie disposer de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que le préfet de la Dordogne a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
12. Il résulte de ce qui précède que la décision du 3 juin 2024 par laquelle le préfet de la Dordogne a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme E doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions du même jour l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de retour et la décision du 4 novembre 2024 par laquelle ce préfet l'a assignée à résidence.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
13. Eu égard aux motifs du présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Dordogne de délivrer à M. F et à Mme E un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
14. D'une part, M. F et Mme E ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale dans le cadre de leurs requêtes n° 2406175 et n° 2406176. Par suite, leur avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Genevay renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Genevay, avocate de M. F et Mme E, de la somme de 1 550 euros.
15. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat les sommes demandées par les requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans le cadre de leurs requêtes n° 2406979 et n° 2406981.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés du 3 juin 2024 par lesquels le préfet de la Dordogne a refusé de délivrer un titre de séjour à M. F et à Mme E, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel chacun d'eux est susceptible d'être éloigné d'office et les arrêtés du 4 novembre 2024 par lesquels ce préfet les a assignés à résidence pour une durée de 45 jours sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Dordogne de délivrer à M. F et à Mme E un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Sous réserve que Me Genevay, avocate de M. F et de Mme E, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Genevay une somme de 1 550 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. G A H F, à Mme D E épouse F, au préfet de la Dordogne et à Me Genevay.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.
La magistrate désignée,
S. JAOUËNLa greffière,
E. SOURIS
La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Nos 2406175, 2406176, 2406979, 2406981
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026