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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2406188

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2406188

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2406188
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Bordeaux, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par le CCAS de Mérignac pour ordonner l'expulsion de M. et Mme A, occupants sans titre depuis le 10 juin 2024 d'un logement relevant du service public administratif d'hébergement d'urgence. Le juge a constaté que l'occupation sans droit ni titre faisait obstacle au fonctionnement normal du service public et que la proposition de relogement, bien que refusée par les occupants, était adaptée. En conséquence, il a ordonné aux époux A de libérer les lieux sous huit jours, passé ce délai, le CCAS pourra procéder à leur expulsion avec le concours de la force publique. Cette décision s'appuie sur les articles L. 521-3 du code de justice administrative et L. 123-5 et suivants du code de l'action sociale et des familles.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 octobre 2024, le centre communal d'action sociale (CCAS) de Mérignac, représenté par la Selarl HMS Atlantique avocats, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner à M. D A et à Mme C E A de libérer le logement n° 1 de la Résidence le Burck, située 2, rue Colonel B, à Mérignac (33700), qu'ils occupent sans titre les y habilitant, dans un délai qui ne saurait excéder huit jours, sous peine d'expulsion d'office avec, si besoin est, le concours de la force publique.

Le CCAS de Mérignac soutient que :

- la prise en charge d'une prestation d'hébergement d'une personne en situation de détresse par un CCAS, établissement public administratif en vertu des dispositions de l'article L. 123-6 du code de l'action sociale et des familles, présente le caractère d'un service public administratif ;

- l'expulsion de M. et Mme A présente un caractère à la fois d'utilité et d'urgence ; six personnes ont soumis leur dossier à la prochaine commission " ALT " (allocation de logement temporaire) du 26 septembre 2024 pour se voir attribuer un logement disponible ; l'attitude des intéressés forme un obstacle au fonctionnement normal du service public administratif que constitue la prise en charge d'une prestation d'hébergement d'une personne en situation de détresse par le CCAS ;

- la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse, dans la mesure où M. et Mme A ne justifient plus d'aucun titre les habilitant à occuper régulièrement le logement, compte tenu de l'expiration du dernier contrat d'hébergement le 10 juin 2024 ;

La requête et l'avis d'audience ont été communiqués le 10 octobre 2024 à M. et Mme A, qui n'ont pas produit à l'instance.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Vaquero, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du mercredi 23 octobre 2024, à 10h00, en présence de Mme Gioffré, greffière, ont été entendus :

- M. Vaquero en son rapport ;

- les observations de Me Cazcarra, pour le CCAS de Mérignac, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens ; il précise que le CCAS a fait preuve de bienveillance en prolongeant le contrat d'hébergement ; les époux A sont hébergés depuis plus d'un an dans le logement qui devait être par principe un hébergement temporaire ; la solution de relogement proposée était parfaitement adaptée à la taille de la famille, composée de deux adultes et désormais de cinq enfants ;

- les observations de M. A, présent à l'audience, ainsi que son épouse, qui conclut au rejet de la demande d'expulsion ; il ajoute qu'ils ont refusé la proposition de relogement car ils veulent un appartement T5 et qu'ils n'ont pas les moyens financiers de transformer le salon en chambre supplémentaire ; il travaille depuis 2014 et veut être accompagné d'une assistante sociale pour faciliter ses démarches de relogement.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A ont signé avec le CCAS de Mérignac un contrat d'hébergement conclu, dans le cadre du dispositif de logement temporaire, le 29 novembre 2023. Ce contrat a pris fin au 10 juin 2024. Par un courrier du 5 août 2024, reçu le 9 août suivant, le CCAS de Mérignac les mis en demeure de quitter les lieux sous un délai de huit jours, en leur indiquant que, " passé ce délai, [ils seront] sans droit ni titre sur le logement " et que le CCAS " se réservera le droit d'engager une procédure d'expulsion devant la juridiction compétente ". Le CCAS de Mérignac demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner à M. et Mme A de libérer le logement qu'ils occupent sans titre, dans un délai qui ne saurait excéder huit jours, sous peine d'expulsion d'office avec, si besoin est, le concours de la force publique.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 123-5 du code de l'action sociale et des familles : " () Le centre communal d'action sociale peut créer et gérer en services non personnalisés les établissements et services sociaux et médico-sociaux mentionnés à l'article L. 312-1 () ". Aux termes de l'article L. 123-6 de ce code : " Le centre d'action sociale est un établissement public administratif communal ou intercommunal () ". Aux termes de l'article L. 312-1 du même code : " I.- Sont des établissements et services sociaux et médico-sociaux, au sens du présent code, les établissements et les services, dotés ou non d'une personnalité morale propre, énumérés ci-après : () 8° Les établissements ou services comportant () un hébergement, assurant l'accueil, notamment dans les situations d'urgence, le soutien ou l'accompagnement social, l'adaptation à la vie active ou l'insertion sociale et professionnelle des personnes ou des familles en difficulté ou en situation de détresse () ". La prise en charge d'une prestation d'hébergement d'une personne en situation de détresse par un centre communal d'action sociale, établissement public administratif en vertu des dispositions de l'article L. 123-6 du code de l'action sociale et des familles précité, a le caractère d'un service public administratif. Les usagers de ce service public ne sauraient être regardés comme placés dans une situation contractuelle de droit privé vis-à-vis de l'établissement concerné, alors même qu'ils concluent avec celui-ci un " contrat d'hébergement " lequel ne fait que préciser le cadre réglementaire dans lequel intervient l'accueil de la personne concernée. Par suite, le présent litige, qui porte sur une demande d'expulsion d'un hébergement géré par le CCAS de la ville de Mérignac relève bien de la compétence du juge administratif.

4. Il résulte de l'instruction que le contrat d'hébergement, initialement conclu le 10 octobre 2023 pour une durée de trois mois entre le CCAS de Mérignac et les époux A, a été reconduit, en dernier lieu, jusqu'au 10 juin 2024. Ce contrat d'hébergement indique que " le dispositif d'hébergement (ALT) du CCAS de Mérignac a pour mission d'assurer temporairement l'hébergement ainsi que l'accompagnement spécifique vers le logement des occupants afin de leur permettre de retrouver une autonomie personnelle et sociale. Pour ce faire, un accompagnement personnalisé est proposé afin d'accompagner l'occupant vers une solution de relogement adaptée. La durée du séjour est limitée à 3 mois, renouvelable, selon la situation ". En vertu des stipulations relatives aux clauses de rupture, " le présent contrat d'hébergement sera rompu, après mise en demeure notifiée par lettre recommandée contre avis de réception, en cas de () refus d'une solution de relogement adaptée ". Il résulte de l'instruction que, le 11 mars 2024, le bailleur social Domofrance a proposé aux intéressés un appartement T5 du parc public de la ville de Mérignac. Il est constant que M. et Mme A ont refusé cette proposition. En raison du non-respect des clauses contractuelles, le CCAS, par un courrier daté du 5 août 2024, a mis en demeure les défendeurs de quitter les lieux sous un délai de huit jours. La mise en demeure étant restée sans effet, le CCAS a mandaté, le 12 septembre 2024, un commissaire de justice aux fins de leur signifier une sommation de quitter les lieux sous délai de huit jours. Il résulte encore de l'instruction que, par un procès-verbal établi par commissaire de justice le 2 octobre 2024, il a été constaté que les intéressés occupaient toujours le logement. Il apparaît ainsi que M. et Mme A se maintiennent sans droit ni titre dans le logement qu'ils occupent.

5. Il résulte encore de l'instruction que six personnes ont soumis leur dossier de demande d'hébergement à la commission " ALT " (allocation de logement temporaire) du 26 septembre 2024 en vue de se voir attribuer un logement disponible, lesquels sont ainsi en attente d'un hébergement en vue d'une réinsertion sociale sur le territoire de Mérignac.

6. Il résulte de ce qui précède que par leur maintien dans le logement, sans titre les y autorisant, M. et Mme A font obstacle au fonctionnement normal de la mission d'hébergement et d'accompagnement de personnes en détresse du CCAS de Mérignac. La mesure sollicitée présente ainsi un caractère d'urgence et d'utilité.

7. Enfin, la mesure d'expulsion sollicitée par le CCAS de Mérignac ne se heurte à aucune contestation sérieuse, dès lors que M. et Mme A ne peuvent plus justifier d'aucun titre les habilitant à occuper régulièrement leur logement de la résidence de Burck eu égard à la résiliation de leur contrat d'hébergement. Si M. A fait valoir à l'audience qu'il a refusé l'offre de relogement du 11 mars 2024 au motif que l'appartement proposé ne comportait pas un nombre de chambres suffisant et qu'il a besoin d'un accompagnement social pour trouver un logement alternatif, ces circonstances ne sont pas de nature à faire obstacle à la mesure sollicitée.

8. Pour l'ensemble de ces raisons, il y a lieu d'enjoindre à M. et Mme A, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de libérer le logement qu'ils occupent dans le délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, ou, à défaut pour eux d'évacuer les lieux passé ce délai, d'autoriser le CCAS de Mérignac à procéder d'office à leur expulsion en sollicitant, en cas de besoin, le concours de la force publique.

ORDONNE :

Article 1er : Il est enjoint à M. et Mme A de libérer le logement qu'ils occupent sans droit ni titre au n° 1 de la Résidence le Burck, située 2, rue Colonel B, à Mérignac, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance. A défaut pour les intéressés de quitter les lieux passé ce délai, le CCAS de Mérignac est autorisé à procéder d'office à leur expulsion en sollicitant, en cas de besoin, le concours de la force publique.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée au centre communal d'action sociale (CCAS) de la ville de Mérignac et à M. D A et Mme C E A.

Fait à Bordeaux, le 23 octobre 2024.

Le juge des référés,

M. Vaquero

La greffière,

C. Gioffré

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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