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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2406190

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2406190

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2406190
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantFOUCARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 octobre 2024, la commune de Mérignac, représentée par le cabinet HMS Alantique Avocats, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) de constater le maintien dans les lieux de M. A et Mme F D, de leurs deux enfants C et B, ainsi que de toute personne qui pourrait se trouver sur les lieux de leur chef, malgré l'injonction prononcée par ordonnance n°2404779 du juge des référés du tribunal administratif rendue le 8 août 2024, " de libérer avec leur deux enfants C et B D et, le cas échéant, avec toute autre personne qui pourrait se trouver sur les lieux de leur chef, en emmenant tous les biens leur appartenant, l'immeuble dit " E " situé 45 rue Michelet à Mérignac, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la[dite] ordonnance " ;

2°) d'ordonner l'expulsion d'office avec, si besoin est, le concours de la force publique, de M. et Mme D, de leurs deux enfants ainsi que de toute personne qui pourrait se trouver sur les lieux de leur chef.

La commune de Mérignac soutient que :

- l'ancien logement de gardien appelé " E " relève du domaine public communal ; il est occupé par une famille d'occupants sans droit ni titre ;

- la commune a engagé un appel à manifestation d'intérêts pour la reconversion du site E ; le 7 décembre 2023, un groupement a répondu à cet appel à manifestation d'intérêts, composé de l'OPH Aquitanis, et de quatre associations : Arts et loisirs d'Arlac, Caracol, Cancan et Compagnons bâtisseurs Nouvelle-Aquitaine pour un projet de 700 000 € de travaux de reconversion ; un titre d'occupation devait être conclu avec le groupement au printemps 2024 ; un constat de la police municipale établi le 3 mai 2024 montre que les consorts D se maintiennent dans les lieux ;

- malgré une mise en demeure de quitter les lieux sous un mois, notifiée aux occupants le 19 juin 2024, les consorts D sont restés sur place ;

- par une ordonnance rendue le 8 août 2024, la juge des référés du tribunal administratif a bien accédé à la demande d'injonction de quitter les lieux sous un mois, mais n'a pas prononcé la conséquence de cette injonction, à savoir, l'expulsion d'office avec, si besoin est, le concours de la force publique ;

- malgré une notification de l'ordonnance du tribunal dès le 9 août 2024, un constat de commissaire de justice du 20 septembre 2024 confirme leur maintien dans les lieux ;

- la mesure sollicitée est par conséquent urgente et utile et ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ; elle ne recontre aucune contestation sérieuse.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2024, M. et Mme D, représentés par Me Foucard, demandent au juge des référés de :

- leur accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

- à titre principal, de rejeter la requête ;

- à titre subsidiaire, de leur accorder un délai de 12 mois de sursis pour l'expulsion ;

- de mettre à la charge de la commune de Mérignac la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que :

- il existe une contestation sérieuse ; M. D souffre d'une grave pathologie et l'expulsion pourrait mettre en jeu son pronostic vital ; leurs deux enfants sont scolarisés et hébergés avec eux ;

- au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention de New York, ils solicitent l'ocroi d'un délai de 12 mois en l'absence de solution alternative d'hébergement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Vaquero, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, le mercredi 16 octobre 2024 à 10h00, en présence de Mme Gioffré, greffière d'audience :

- le rapport de M. Vaquero, juge des référés,

- les observations de Me Jeanneau, représentant la commune de Mérignac, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête ; il ajoute que la mise en œuvre du projet de reconversion du site est bloqué par la présence sans autorisation des occupants, malgré l'ordonnance de la juge des référés du mois d'août 2024 ;

- les courtes obervations de Mlle D, en présence de son père et de son frère ;

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Eu égard à la nature de la requête, sur laquelle il doit être statué en urgence, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. et Mme D.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Lorsqu'il est saisi, sur le fondement de ces dispositions, de conclusions tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un occupant sans titre du domaine public, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité. Il lui appartient, alors même que l'occupant s'est borné en défense à faire valoir que la mesure sollicitée se heurte à une contestation sérieuse sans soulever aucun moyen relatif à l'absence d'urgence, de faire apparaître les raisons de droit et de fait pour lesquelles il considère que l'urgence justifie ou non l'intervention, dans de brefs délais, d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de l'article L. 521-3. Le respect de la condition d'urgence ne saurait être présumé.

3. Il résulte de l'instruction que, par une ordonnance n° 2404779 du 8 août 2024, la juge des référés du tribunal administratif a enjoint à M. et Mme D de libérer avec leur deux enfants C et B D et, le cas échéant, avec toute autre personne qui pourrait se trouver sur les lieux de leur chef, en emmenant tous les biens leur appartenant, l'immeuble dit " E " situé 45 rue Michelet à Mérignac, dépendance du domaine public communal, dans un délai d'un mois à compter de la notification de cette ordonnance. Celle-ci a été régulièrement notifiée au conseil des défendeurs le 8 août 2024. Il n'est d'ailleurs pas soutenu qu'ils n'en auraient pas eu connaissance.

4. Il résulte de l'instruction que, par un procès-verbal établi le 20 septembre 2024, le commissaire de justice mandaté par la commune a constaté le maintien dans les lieux de M. et Mme D, alors que le délai d'un mois donné aux occupants sans titre pour libérer les lieux par l'ordonnance du 8 août 2024 est échu depuis le 9 septembre 2024. Il résulte encore de l'instruction et il n'est pas contesté que la présence des occupants sans titre dans l'immeuble empêche la mise en œuvre du projet de reconversion du site dont la finalité est de permettre l'installation d'une colocation interculturelle, d'espaces de travail partagés abordables et d'un espace alimentaire solidaire, porté par le groupement ayant répondu à l'appel à manifestation d'intérêts, et composé de l'OPH Aquitanis, et de quatre associations : Arts et loisirs d'Arlac, Caracol, Cancan et Compagnons bâtisseurs Nouvelle-Aquitaine. Pour ces raisons, la mesure sollicitée présente un caractère d'urgence et d'utilité avéré.

5. Il résulte encore de l'instruction que M. et Mme D et leurs enfants occupent les lieux depuis au moins le mois de janvier 2023 sans droit ni titre les y autorisant. Il n'est pas démontré qu'ils auraient engagé des démarches pour solliciter un logement ou une solution d'hébergement alternatif avant le mois de juillet 2024, alors même qu'ils étaient informés dès janvier 2023 de l'intention de la commune de Mérignac de reprendre possession des lieux en vue de la réalisation de son projet de reconversion et de réhabilitation du site. En outre, s'ils font valoir en défense que M. D souffre d'une pathologie grave, que la prise d'un traitement quotidien lui est nécessaire sous peine d'engager son pronostic vital et que cette pathologie peut justifier le recours à une aide à la personne, ils ne produisent aucun élément de nature à établir que la prise du traitement serait compromise dans le cas où l'intéressé quitterait les lieux avec sa famille. Ils ne font état à cet égard d'aucune circonstance de fait nouvelle par rapport à la précédente instance du mois d'août 2024. Ils ne peuvent sérieusement se prévaloir de la scolarisation de leurs enfants dès lors qu'ils n'ont pas eux-mêmes respecté le délai d'un mois qui leur a été donné pour libérer les lieux au terme de l'ordonnance du 8 août 2024 précitée. Pour ces différentes raisons, la mesure sollicitée, qui n'a ni pour objet ni pour effet de séparer la famille D, ne se heurte à aucune contestation sérieuse. Elle ne porte pas atteinte de manière disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale et ne porte pas davantage atteinte à l'intérêt supérieur des enfants compte tenu par ailleurs de l'intérêt général qui s'attache à la mise en œuvre du projet culturel, social et solidaire porté par la commune de Mérignac dans la " E ".

Sur la demande reconventionnelle de M. et Mme D :

6. Eu égard à ce qui vient d'être exposé au point 5, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande des défendeurs tendant à leur octroyer un délai de douze mois pour quitter les lieux.

7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à M. et Mme D de libérer avec leur deux enfants C et B D et, le cas échéant, avec toute autre personne qui pourrait se trouver sur les lieux de leur chef, en emmenant tous les biens leur appartenant, l'immeuble dit " E " situé 45 rue Michelet à Mérignac, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, au besoin avec le concours de la force publique passé ce délai.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Mérignac, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par les défendeurs au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : M. et Mme D sont admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint à M. et Mme D de libérer avec leur deux enfants C et B et, le cas échéant, avec toute autre personne qui pourrait se trouver sur les lieux de leur chef, en emmenant tous les biens leur appartenant, l'immeuble dit " E " situé 45 rue Michelet et dépendance du domaine public de la commune de Mérignac, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, au besoin avec le concours de la force publique passé ce délai.

Article 3 : Les conclusions présentées par M. et Mme D sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que leur demande reconventionnelle sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Mérignac et à M. A et Mme F D.

Fait à Bordeaux, le 17 octobre 2024.

Le juge des référés,

M. Vaquero La greffière,

C. Gioffré

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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