lundi 14 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2406293 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Eloignement 72 heures |
| Avocat requérant | BLAL-ZENASNI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 octobre 2024, M. A E, représenté par Me Blal-Zenasni, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 7 octobre 2024 par lequel le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de quatre ans ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
Sur l'ensemble des décisions attaquées :
- la compétence du signataire de l'arrêté litigieux n'est pas établie ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation ;
Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- cette décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation dès lors qu'il présente des garanties de représentation ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
Sur la décision portant interdiction de retour pendant une durée de quatre ans :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- il peut se prévaloir de considérations humanitaires au sens de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision est disproportionnée et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Jaouën, première conseillère, en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Jaouën et les observations orales de Me Blal-Zenasni, représentant M. E, assisté d'un interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens, le préfet de la Gironde n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 7 octobre 2024, le préfet de la Gironde a obligé M. A E, ressortissant algérien né le 25 septembre 1998, à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de quatre ans. Par un arrêté du même jour, ce préfet a placé M. E en rétention administrative. M. E demande au tribunal d'annuler les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et interdiction de retour.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, le préfet de la Gironde a, par un arrêté du 30 septembre 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 33-2024-216 du même jour, donné délégation à M. D B, chef de la section éloignement, qui a signé l'arrêté litigieux, à l'effet de signer " toutes décisions, documents et correspondances pris en application des livres II, IV, V, VI, VII et VIII (partie législative et réglementaire) du CESEDA ", au nombre desquelles figurent les décisions litigieuses, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme C F, cheffe du bureau de l'éloignement et de l'ordre public. Il ne ressort pas des pièces du dossier, ni n'est d'ailleurs allégué, que cette dernière n'aurait pas été absente ou empêchée à la date de la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
5. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, vise les textes sur lesquels le préfet s'est fondé, en particulier les articles L. 311-1, L. 611-1 (1°), L. 611-3, L. 612-2 et L. 612-3 (1°, 4° et 8°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les éléments de fait caractérisant la situation du requérant et sur lesquels le préfet de la Gironde s'est fondé pour prendre la décision en litige, en indiquant notamment que M. E ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et ne remplit aucune condition pour y résider, qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, qu'il existe un risque de soustraction à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, qu'il est entré et s'est maintenu irrégulièrement en France depuis une date indéterminée, dans le seul but de s'y installer et s'oppose à tout retour dans son pays d'origine, qu'il est célibataire et sans charge de famille en France et qu'il ne justifie pas de l'intensité et de l'ancienneté de ses liens en France. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire seraient insuffisamment motivées doit être écarté.
6. En troisième lieu, eu égard aux éléments évoqués au point précédent, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Gironde n'aurait pas procédé à un examen suffisamment approfondi de sa situation avant de prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire français et de refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".
8. M. E, qui a déclaré au cours de son audition par les services de police le 6 octobre 2024 être entré en France " il y a un mois et demi " après avoir séjourné en Allemagne, ne conteste pas qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français et qu'il s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. S'il fait valoir la présence en France de sa mère, il ne conteste pas que cette dernière séjourne irrégulièrement en France et qu'elle a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prononcée par un arrêté du préfet de la Gironde du 1er juin 2022. De même, il ne produit aucun élément de nature à établir l'intensité, l'ancienneté et la stabilité de ses liens avec ses demi-frères et demi-sœurs qui résident en France. Enfin, le requérant ne produit aucun élément de nature à établir une insertion professionnelle en France. Dans ces circonstances, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
10. Pour prononcer à l'encontre de M. E une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de quatre ans, le préfet de la Gironde a relevé qu'il était entré et s'était maintenu irrégulièrement en France depuis une date indéterminée, qu'il ne justifiait pas de l'intensité et de l'ancienneté de ses liens en France, qu'il n'avait jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'il avait été interpellé le 5 octobre 2024 par les services de police pour viol commis sur un mineur de plus de 15 ans, port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D, arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire de mineur de 15 ans. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'une enquête préliminaire est en cours sur les faits ayant donné lieu à l'interpellation de l'intéressé, qui nie fermement les avoir commis, et qu'aucune condamnation n'a été prononcée à l'encontre du requérant, dont le casier judiciaire est vierge, de sorte qu'il n'est pas établi que sa présence sur le territoire français représenterait une menace pour l'ordre public. En outre, l'intéressé n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Ainsi, et alors même que son entrée sur le territoire français est très récente et qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, M. E est fondé à soutenir que la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre, soit quatre ans, est disproportionnée.
11. Il résulte de ce qui précède que M. E est seulement fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de quatre ans, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre cette décision, et que ses conclusions à fin d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant de lui accorder un délai de départ volontaire doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Ainsi qu'il a été dit au point 3 ci-dessus, M. E a été provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de l'admission définitive de M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Blal-Zenasni renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Blal-Zenasni, avocate de M. E, de la somme demandée, à savoir 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. E par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à M. E.
D E C I D E :
Article 1er : M. E est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La décision du 7 octobre 2024 par laquelle le préfet de la Gironde a interdit à M. E de retourner sur le territoire français pendant une durée de quatre ans est annulée.
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. E à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Blal-Zenasni, avocate de M. E, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Blal-Zenasni une somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. E par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à M. E.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, au préfet de la Gironde et à Me Blal-Zenasni.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.
La magistrate désignée,
S. JAOUËNLa greffière,
E. SOURIS
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026