jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2406311 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement 72 heures |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 octobre 2024, M. D B, représenté par Me Foucard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à défaut de se conformer à cette mesure et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, assortie d'une astreinte fixée à 150 euros par jour de retard à compter du délai de quinze jours suivant la notification du jugement ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement en lui délivrant, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'habilitation spéciale de l'agent ayant consulté le traitement des antécédents judiciaires, prévue par l'article 40-29 du code de procédure pénale, n'est pas établie ;
- elle est entaché d'un vice de procédure dès lors que le préfet a consulté le traitement des antécédents judiciaires sans procéder au préalable à la saisine des services du procureur de la République pour connaître les suites judiciaires, en méconnaissance des dispositions de l'article 40-29 du code de procédure pénale ;
- son comportement ne saurait être regardé comme constituant une menace pour l'ordre public, eu égard au principe de présomption d'innocence, au classement sans suite de deux affaires mentionnées par le préfet de la Gironde, à la circonstance qu'une des affaires mentionnées est toujours en cours, aux aménagements ou sursis à exécution de peine dont il a bénéficié, qui démontrent qu'il ne représente pas un risque pour la société, et à l'absence de récidive depuis 2020 ;
- cette décision méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cette décision méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cette décision méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation.
Sur la décision fixant le pays de destination :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour ;
Sur la décision portant interdiction de retour pendant une durée de deux ans :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cette décision méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 octobre 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale de New York relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995 ;
- le décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Jaouën, première conseillère, en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jaouën,
- les observations de Me Foucard, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et soutient en outre que sa requête est recevable compte tenu de l'absence de preuve de la date de notification de la décision du bureau d'aide juridictionnelle,
- et les observations de M. A, représentant le préfet de la Gironde.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D B, ressortissant arménien né le 29 juin 1982 et entré en France en 2012, a sollicité le bénéfice d'une protection internationale, qui lui a été refusé par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 18 janvier 2013, puis a fait l'objet d'un arrêté du 6 août 2013 portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Il a ensuite obtenu une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " le 13 août 2015, renouvelée jusqu'au 19 octobre 2022. Par un arrêté du 29 juillet 2022, la préfète de la Gironde a retiré ce titre de séjour. M. B a sollicité la délivrance d'un nouveau titre de séjour le 19 septembre 2022 sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 11 octobre 2023, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Par un arrêté du 10 octobre 2024, ce préfet l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours. M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2023.
Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
2. En premier lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, mentionne tant les motifs de droit, notamment par le visa des articles L. 423-23 et L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le motif de fait sur lequel le préfet s'est fondé pour refuser à M. B la délivrance d'un titre de séjour, à savoir la menace que son comportement représente pour l'ordre public. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que cette décision serait insuffisamment motivée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 17-1 de la loi du 21 janvier 1995 d'orientation et de programmation relative à la sécurité : " Il est procédé à la consultation prévue à l'article L. 234-1 du code de la sécurité intérieure pour l'instruction des demandes () de délivrance et de renouvellement des titres relatifs à l'entrée et au séjour des étrangers () ". Aux termes de l'article L. 234-1 du code de la sécurité intérieure : " Un décret en Conseil d'Etat fixe la liste des enquêtes administratives mentionnées à l'article L. 114-1 qui donnent lieu à la consultation des traitements automatisés de données à caractère personnel mentionnés à l'article 230-6 du code de procédure pénale, y compris pour les données portant sur des procédures judiciaires en cours, dans la stricte mesure exigée par la protection de la sécurité des personnes et la défense des intérêts fondamentaux de la Nation () ". Aux termes de l'article 5 du décret du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées : " I. ' Peuvent seuls avoir accès à tout ou partie des données à caractère personnel et informations enregistrées dans le fichier des personnes recherchées, dans le cadre de leurs attributions légales et pour les besoins exclusifs des missions qui leur sont confiées : () 4° Les agents des services centraux du ministère de l'intérieur et des préfectures et sous-préfectures individuellement désignés et spécialement habilités, respectivement, par leur chef de service ou par le préfet, et chargés : / a) De l'application de la réglementation relative aux étrangers () ".
4. D'autre part, aux termes de l'article 230-6 du code de procédure pénale : " Afin de faciliter la constatation des infractions à la loi pénale, le rassemblement des preuves de ces infractions et la recherche de leurs auteurs, les services de la police nationale et de la gendarmerie nationale peuvent mettre en œuvre des traitements automatisés de données à caractère personnel () ". Aux termes du I de l'article R. 40-29 du même code : " Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, (), les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : / () 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorables sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents. Le procureur de la République adresse aux autorités gestionnaires du traitement un relevé des suites judiciaires devant figurer dans le traitement d'antécédents judiciaires et relatif à la personne concernée. Il indique à l'autorité de police administrative à l'origine de la demande si ces données sont accessibles en application de l'article 230-8 du présent code. () ".
5. D'une part, il résulte du 1° du I de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale que les agents habilités selon les modalités prévues au 1° du I de l'article R. 40-28 peuvent consulter les données à caractère personnel figurant dans le traitement des antécédents judiciaires (TAJ), qui se rapportent à des procédures judiciaires closes ou en cours, sans autorisation du ministère public, dans le cadre des enquêtes prévues à l'article L. 114-1 du code de la sécurité intérieure, applicable en particulier à l'instruction des demandes de titre de séjour. Dès lors que l'article 17-1 de la loi susvisée du 21 janvier 1995 prévoit la possibilité que certains traitements automatisés de données à caractère personnel soient consultés au cours de l'enquête conduite par l'administration dans le cadre de ses pouvoirs de police, préalablement à la délivrance et au renouvellement des titres de séjour, la circonstance que l'agent ayant procédé à cette consultation n'aurait pas été, en application des articles R. 40-23, R. 40-28 et du 1° du I de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, individuellement désigné et régulièrement habilité à cette fin, si elle est susceptible de donner lieu aux procédures de contrôle de l'accès à ces traitements, n'est pas, par elle-même, de nature à entacher d'irrégularité la décision prise sur la demande de titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de l'absence d'habilitation spéciale de l'agent ayant consulté le TAJ est inopérant et doit être écarté.
6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que les signalements dont a fait l'objet M. B auprès des services de police pour des faits de vol en réunion commis le 9 février 2013, de mise en danger de la vie d'autrui, risque immédiat de mort ou d'infirmité par violation manifestement délibérée d'une obligation réglementaire de sécurité ou de prudence et soustraction frauduleuse d'énergie, commis du 18 au 21 novembre 2014 et de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, commis le 31 août 2023, ont été portés à la connaissance des services de la préfecture à la suite de la consultation du TAJ. Or, le préfet de la Gironde établit, par la production de la " fiche navette à destination de l'autorité administrative " relative à l'accessibilité des données enregistrées au TAJ relatives à la personne concernée et comportant la date, le cachet et la signature du procureur de la République, avoir saisi le procureur de la République compétent aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, conformément aux dispositions du I de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'absence de saisine du procureur de la République manque en fait et doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné par une ordonnance pénale du 9 janvier 2015 au paiement d'une amende de 150 euros pour des faits de vol commis le 21 février 2014, par une ordonnance pénale du 5 mars 2015 au paiement d'une amende de 400 euros pour des faits de vol commis le 3 septembre 2013, par une ordonnance pénale du 12 septembre 2017 au paiement d'une amende de 600 euros pour des faits de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance et de conduite d'un véhicule sans permis commis le 19 mai 2017, par un jugement du tribunal correctionnel de bordeaux du 27 juin 2019 à une peine de 2 mois d'emprisonnement avec sursis et une amende de 300 euros pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis en récidive commis le 17 septembre 2018, par un jugement du même tribunal du 28 janvier 2020 à une peine de 2 mois d'emprisonnement avec sursis et une amende de 200 euros pour des faits de circulation avec un véhicule terrestre à moteur en récidive et de conduite d'un véhicule sans permis en récidive commis le 22 mai 2019, par une ordonnance pénale du 4 juin 2020 au paiement d'une amende de 400 euros pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis en récidive commis le 28 août 2019 et par un jugement du tribunal correctionnel de Bordeaux du 20 octobre 2020 à une peine de 3 mois d'emprisonnement pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis commis le 11 avril 2020. En outre, M. B a été signalé au TAJ en qualité d'auteur pour des faits de vol en réunion commis le 9 février 2013, ayant fait l'objet d'un classement sans suite le 25 mars 2013, de mise en danger de la vie d'autrui, risque immédiat de mort ou d'infirmité par violation manifestement délibérée d'une obligation réglementaire de sécurité ou de prudence et soustraction frauduleuse d'énergie, commis du 18 au 21 novembre 2014 et de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, commis le 31 août 2023, dont l'instruction était toujours en cours au 4 octobre 2023. Compte tenu de la gravité, de la réitération à de multiples reprises et du caractère récent des infractions pour lesquelles M. B a été condamné ou mis en cause et eu égard, au surplus, à la condamnation du requérant à une peine de 10 mois d'emprisonnement pour les faits précités commis le 31 août 2023 par un jugement du tribunal correctionnel de Bordeaux du 10 octobre 2024, soit postérieurement à l'édiction de l'arrêté du 11 octobre 2023 mais qui révèle que M. B était bien l'auteur de ces faits, commis en présence d'un mineur, pour lesquels il était signalé au TAJ à la date de la décision en litige, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que son comportement ne peut être regardé comme constituant une menace pour l'ordre public. Dès lors, le préfet pouvait se fonder sur la menace pour l'ordre public que constitue sa présence en France pour refuser de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". En vertu du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatives, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
10. M. B fait valoir la présence en France de son épouse et de ses trois enfants, nés en 2004 en Arménie, en 2009 en Arménie et en 2021 à Bordeaux et son insertion professionnelle, eu égard aux emplois occupés depuis 2014 et à son statut de conjoint-collaborateur au sein de l'entreprise individuelle gérée par son épouse depuis 2022. Il ressort en effet des pièces du dossier que son épouse était titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 20 octobre 2021 au 19 octobre 2023 et qu'elle en a sollicité le renouvellement et s'est vu délivrer un récépissé de demande de carte de séjour valable jusqu'au 19 avril 2024 et que sa fille aînée, née en 2004, était en possession d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et valable jusqu'au 24 avril 2024. En outre, les éléments qu'il produit établissent que sa fille aînée et son fils, né en 2009, résident en France respectivement depuis 2014 et depuis 2016 et y étaient scolarisés depuis 2016, en dernier lieu en première année de licence de droit pour l'aînée et en classe de 3ème pour le cadet. Par ailleurs, si M. B, qui n'a pas occupé d'emploi depuis 2020, a été déclaré comme conjoint-collaborateur par l'entreprise individuelle de son épouse en 2022, le couple n'a déclaré que 6 402 euros de revenus en 2022, 6 652 euros en 2021 et 6 606 euros en 2020. Ainsi, eu égard aux circonstances que la demande de renouvellement du titre de séjour de l'épouse du requérant était en cours à la date de l'arrêté en litige, que sa fille aînée n'était en possession que d'une carte de séjour temporaire d'un an et que l'activité professionnelle de l'épouse de l'intéressé ne lui apporte pas des ressources suffisantes pour assurer la subsistance de la famille, les éléments produits par le requérant ne peuvent être regardés comme établissant la vocation de la famille à s'installer durablement en France et l'impossibilité pour la cellule familiale de se reconstituer en Arménie, où il n'est ni établi ni allégué que les enfants du requérant ne pourraient poursuivre leur scolarité. Dans ces circonstances, compte tenu de la menace pour l'ordre public que représente la présence de M. B en France et de ce que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ne peut être regardée comme ayant pour effet de priver ses enfants de la présence de l'un de leurs parents, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que cette décision aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts qu'elle poursuit ou été contraire à l'intérêt supérieur de ses enfants. Il en résulte que les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
11. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 8 et 10, le préfet de la Gironde n'a pas davantage entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'il emporte sur la situation de M. B.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
12. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ".
13. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 11 que l'illégalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour n'est pas établie, de sorte que M. B n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
14. En deuxième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 10.
15. En troisième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences que la décision obligeant M. B à quitter le territoire français emporte sur sa situation doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 11.
Sur la décision fixant le pays de destination :
16. Aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ". L'article L. 721-3 du même code dispose que : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français ".
17. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 11 que l'illégalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour n'est pas établie, de sorte que M. B n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans :
18. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 612-7 du même code : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-8 du même code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
19. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 11 que l'illégalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour n'est pas établie, de sorte que M. B n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
20. En deuxième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 10.
21. En troisième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences que la décision interdisant M. B de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans emporte sur sa situation doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 11.
22. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 11 octobre 2023 par lesquelles le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Ses conclusions à fin d'annulation doivent donc être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et la demande présentée sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
La magistrate désignée,
S. JAOÜENLa greffière,
C. GIOFFRE
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026