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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2406316

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2406316

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2406316
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantCHRETIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 et 18 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Chretien, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 septembre 2024 par lequel le préfet de la Gironde a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer le titre de séjour sollicité, dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ou, à défaut, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- l'absence de délai raisonnable pour quitter le territoire français méconnait l'article 31 de la convention de New York ;

- l'absence de désignation de pays d'éloignement méconnait les articles L. 261-1 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est apatride ;

- le préfet était tenu de délivrer une carte de séjour temporaire en cas de refus de délivrance d'une carte de résident.

Par des pièces ainsi qu'un mémoire en défense, enregistrés les 10, 14 et 18 octobre 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de New York relative au statut des apatrides du 28 septembre 1954 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Frézet pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 octobre 2024 :

- le rapport de M. Frézet, magistrat désigné ;

- les observations de Me Chretien, représentant M. B, qui reprend les mêmes conclusions et les mêmes moyens ;

- le préfet de la Gironde n'était ni présent ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né le 19 juillet 1996 en Italie, est entré en France en 2011. Par un arrêté du 25 septembre 2024, le préfet de la Gironde a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. M. B, actuellement détenu au centre pénitentiaire de Bordeaux-Gradignan, demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'abord, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par ces dispositions et auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité.

3. Ensuite, aux termes de l'article L. 424-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire de la carte de séjour pluriannuelle délivrée aux bénéficiaires du statut d'apatride et aux membres de leur famille, prévue aux articles L. 424-18 et L. 424-19, et justifiant de quatre années de résidence régulière en France, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans, sous réserve de la régularité du séjour. () ".

4. Enfin, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

5. En l'espèce, il est constant que M. B, dont le statut d'apatride a été reconnu par décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 27 février 2019, a bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle de quatre ans, valable du 9 juillet 2019 au 8 juillet 2023, en application de l'article L. 424-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est également constant que par une demande enregistrée le 24 juillet 2023, M. B a sollicité, à titre principal, la délivrance d'une carte de résident en qualité d'apatride prévue à l'article L. 424-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette demande, qui constitue une première demande de carte de résident, figure parmi la liste des cas, énumérés par l'article L. 432-13 précité, devant donner lieu à saisine de la commission du titre de séjour. Or il ne ressort pas des pièces du dossier ni n'est soutenu par le préfet en défense que le statut d'apatride aurait été retiré au requérant par les instances compétentes en matière d'asile ou que l'intéressé ne justifierait pas de quatre années de résidence régulière en France. Dans ces conditions, il doit être regardé comme remplissant effectivement les conditions prévues pour la délivrance de la carte de résident qu'il sollicite, de sorte que le préfet était tenu de saisir la commission du titre de séjour. Par suite, M. B, qui a été privé d'une garantie, est fondé à soutenir que l'arrêté litigieux est entaché d'un vice de procédure.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 25 septembre 2024 par laquelle le préfet de la Gironde a refusé de l'admettre au séjour. Il en va de même, par voie de conséquence, des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français sans délai et portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement n'implique pas nécessairement que soit délivré à M. B un titre de séjour mais implique seulement, en revanche, qu'il soit procédé à un nouvel examen de sa demande et, si le préfet de la Gironde envisage de refuser un titre de séjour à l'intéressé, qu'il saisisse, pour avis, la commission du titre de séjour. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de la Gironde d'agir en ce sens dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Chretien, avocat de M. B renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Me Chretien au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative ; en l'absence d'admission à l'aide juridictionnelle, cette somme sera versée à M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 25 septembre 2024 du préfet de la Gironde est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de réexaminer la situation administrative de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Chretien renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Chretien la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative. En l'absence d'admission à l'aide juridictionnelle, l'Etat versera à M. B, cette somme en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Gironde et à Me Chretien.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

C. FREZETLe greffier,

Y. JAMEAU

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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