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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2406324

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2406324

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2406324
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision du ministre de l'intérieur invalidant le permis de conduire de M. A pour solde de points nul. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas établie, le requérant n'ayant pas démontré que l'invalidation de son permis, effective depuis août 2024, avait entraîné la perte ou la suspension de son emploi. Il a également relevé que les deux infractions graves commises (conduite sous l'emprise de l'alcool, dont une en récidive) caractérisaient un comportement dangereux. La requête a été rejetée par une ordonnance motivée sans audience, conformément à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Biais, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision référencée " 48 SI " du 18 juillet 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur l'a informé d'un retrait de six points et de l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa requête en annulation ;

2°) d'enjoindre au ministre de lui restituer son permis de conduire avec un solde de six points ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'il doit conduire des véhicules dans le cadre de son activité professionnelle et que le retrait de son permis lui ferait perdre son emploi ; il n'a commis qu'une seule infraction en 2021 ; il ne présente plus de problème d'alcoolémie ;

- la décision est entachée d'un doute sérieux quant à sa légalité :

- il n'a pas reçu l'information prévue par l'article L. 223-3 du code de la route ;

- il ne peut donc être considéré comme ayant payé l'amende forfaitaire liée à l'infraction du 15 juillet 2023 ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

1. M. B A, né le 22 mars 2000 et résidant à Moulis-en-Médoc, a obtenu son permis de conduire le 15 janvier 2020. Par décision référencée " 48 SI ", en date du 18 juillet 2024, le ministre de l'intérieur a informé l'intéressé de l'invalidation de son permis de conduire compte tenu du solde de points nul de ce dernier depuis le 12 juillet 2024. M. A demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision, ensemble le rejet implicite de son recours gracieux du 6 septembre 2024.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". En vertu de ces dernières dispositions, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête, sans instruction ni audience, notamment lorsqu'elle est dénuée d'urgence, ou qu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci est mal fondée.

Sur la condition d'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.

4. En premier lieu, M. A fait valoir qu'il doit conduire plusieurs véhicules dans le cadre de son activité professionnelle d'ouvrier métallier et que l'invalidation de son permis de conduire entrainerait la perte de son emploi. Il ressort toutefois des pièces du dossier, d'une part, qu'il a été autorisé par arrêté préfectoral du 17 juillet 2023 à conduire exclusivement des véhicules à moteur équipés d'un dispositif homologué d'éthylotest anti-démarrage pendant une durée de cinq mois, sans démontrer que cette restriction aurait présenté un quelconque obstacle à l'exercice de ses missions alors qu'il n'est même pas allégué que sa société lui aurait mis à disposition de tels véhicules, et d'autre part, qu'il se borne à affirmer que le retrait de son permis de conduire " lui ferait perdre son emploi " sans démontrer que son contrat de travail aurait été rompu ou même suspendu du fait de ce retrait, pourtant effectif à compter de la restitution de son titre de conduite début août 2024.

5. En deuxième lieu, il est constant que M. A a obtenu son permis de conduire le 15 janvier 2020. Il ressort des pièces du dossier qu'il a commis une première infraction le 1er août 2021 ayant entrainé une perte de 6 points correspondant à la conduite d'un véhicule sous l'emprise de l'alcool, et une deuxième infraction, le 15 juillet 2023, ayant entrainé le retrait de 6 points, pour conduite d'un véhicule sous l'emprise de l'alcool en récidive. Quand bien même M. A produit un certificat médical d'aptitude à la conduite en date du 16 septembre 2024, les deux infractions commises en quatre ans, la première alors que le requérant était encore en période probatoire, eu égard à leur gravité, caractérisent un comportement dangereux sur la route et particulièrement accidentogène, présentant un risque pour la sécurité des usagers et du conducteur lui-même.

6. Il résulte de ce qui précède que la condition tenant à l'urgence requise par l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas satisfaite, les conclusions à fin de suspension de la requête, et par voie de conséquence, celles à fin d'injonction, doivent être rejetées par application des dispositions de l'article L. 522-3 du même code.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont M. A demande le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens

O R D O N N E :

Article 1er : La requête n° 2406324 de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie sera transmise pour information au ministre de l'intérieur (bureau national des droits à conduire) et au préfet de la Gironde.

Fait à Bordeaux, le 10 octobre 2024.

Le juge des référés,

M. Vaquero

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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