lundi 14 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2406342 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 octobre 2024, Mme A B, représentée par Me Le Marrec, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administratif, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 20 septembre 2024 par lequel le préfet de Lot-et-Garonne lui a refusé le séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français sous délai de trente jours ;
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle doit quitter le territoire sous délai de trente jours, soit au plus tard le 20 octobre 2024 ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée qui méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et l'article 2 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.
Vu :
- la requête enregistrée le 11 octobre 2024 sous le n° 2406341 par laquelle la requérante demande l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Vaquero, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante congolaise (Congo Brazzaville), née le 27 août 1965, est entrée en France le 16 mai 2023 sous couvert d'un visa de court séjour. Le 10 juillet 2023, elle a sollicité auprès de la préfecture du Lot-et-Garonne son admission au séjour. Par un arrêté du 20 septembre 2024, le préfet de Lot-et-Garonne lui a refusé le séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français sous délai de trente jours avec désignation du pays de destination. Mme B demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté dans son ensemble.
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ". L'article L. 522-3 dudit code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ". En vertu de ces dernières dispositions, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête, sans instruction ni audience, notamment lorsqu'elle est dénuée d'urgence, ou qu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci est mal fondée.
Sur les conclusions à fin de suspension de l'obligation de quitter le territoire français :
3. Eu égard au caractère suspensif du recours prévu à l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire français dont fait l'objet Mme B, n'est pas susceptible de recevoir exécution avant que le tribunal administratif n'ait statué au fond sur la légalité de l'arrêté préfectoral du 20 septembre 2024. Cette procédure spéciale, prévue par le code précité, présente des garanties au moins équivalentes à celles prévues par le livre V du code de justice administrative dont, par suite, elle exclut que la requérante demande utilement l'application en formant un recours en référé prévu à l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Il suit de là que les conclusions par lesquelles Mme B demande au juge des référés de prononcer la suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français sont irrecevables et ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin de suspension du refus de titre de séjour :
4. Pour l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
5. Pour justifier de l'urgence, Mme B se borne à invoquer le délai de trente jours fixé par le préfet pour mettre en œuvre son départ, qui l'oblige à quitter le territoire au plus tard le 20 octobre 2024. Pour les raisons exposées au point 3, cette circonstance, qui ne concerne que la mesure d'éloignement, n'est pas de nature à caractériser une telle urgence. En toute hypothèse, la requérante, qui a formé une première demande de titre de séjour le 10 juillet 2023, ne peut se prévaloir de la présomption précédemment rappelée. En outre, Mme B, qui a pu se rendre en France pour raisons familiales à deux reprises, a attendu la fin de la période de validité de son visa court séjour pour introduire sa demande auprès de la préfecture. Pour toutes ces raisons, la condition d'urgence requise par l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas établie.
6. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative pour rejeter les conclusions de la requête présentées à fin de suspension de l'exécution de l'arrêté du 20 septembre 2024.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête n° 2406342 de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.
Copie sera transmise pour information au préfet de Lot-et-Garonne.
Fait à Bordeaux, le 14 octobre 2024.
Le juge des référés,
M. Vaquero
La République mande et ordonne au préfet de Lot-et-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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