jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2406369 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Eloignement 72 heures |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 octobre 2024, Mme C B, représenté par Me Atger, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 7 octobre 2024 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir rétroactivement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou, à défaut, de réexaminer sa situation, le tout dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement combiné des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 ou lui verser cette somme au seul visa de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure découlant de l'absence de prise en compte de son état de vulnérabilité ;
- l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est cru en situation de compétence liée ;
- la décision est entachée d'une erreur de fait car il n'est pas justifié qu'elle devait embarquer pour la Suède le 29 août 2024 ;
- elle est contraire aux objectifs de l'article 20 de la directive 2013/33/UE.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 octobre 2024 à 9h41, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les requêtes dirigées contre des décisions mettant fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou refusant de les rétablir.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 octobre 2024 à 9h30 :
- le rapport de M. A,
- les observations de Me Atger, représentant Mme B, qui, après avoir pris connaissance du mémoire en défense produit à 9h41, conclut aux mêmes fins en ajoutant aux moyens développés dans la requête.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue des débats.
L'Office français de l'immigration et de l'intégration a produit des pièces, enregistrées le 21 octobre 2024 à 10h11.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B, ressortissante ivoirienne, a déposé une première demande d'asile auprès de la préfecture de la Gironde le 2 janvier 2024. En raison de son état de fuite déclaré par la préfecture le 29 août 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil par une décision du 7 octobre 2024, dont elle demande l'annulation.
Sur les conclusions relatives à l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, il y a lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret () ".
5. En premier lieu, en se bornant à soutenir qu'elle a signalé à l'administration, le 2 janvier 2024, que " madame est en grande détresse psy - très fragile " et que, compte tenu de cette déclaration, l'OFII n'aurait pas " tenu compte de l'effet dévastateur " de sa décision, Mme B ne démontre l'existence d'aucun vice de procédure.
6. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la rédaction de la décision en litige, ni d'aucune pièce du dossier que l'Office français de l'immigration et de l'intégration se serait cru en situation de compétence liée au regard de la déclaration de fuite effectuée par la préfecture. L'Office s'est approprié ce motif et en a tiré les conséquences quant aux conditions matérielles d'accueil.
7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été prise au motif que Mme B ne s'est pas présentée à l'aéroport le 14 août 2024, manifestant un refus d'embarquer. La requérante ne conteste pas utilement ce motif de fait en se bornant à indiquer qu'il lui a été fait grief de refuser d'embarquer pour la Suède le 29 août 2024.
8. En quatrième et dernier lieu, en se bornant à indiquer que le droit de l'Union européenne prévoit une privation totale des conditions matérielles d'accueil uniquement dans des circonstances exceptionnelles, lesquelles ne se rencontreraient pas en l'espèce, Mme B ne démontre pas en quoi la décision attaquée serait inconventionnelle au regard de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 7 octobre 2024 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions en injonction sous astreinte et relatives aux frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1 : Mme B est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
D. ALe greffier,
Y. Jameau
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026