vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2406405 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement 72 heures |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 octobre 2024, complétée par deux mémoires enregistrés le 16 octobre 2024 et le 21 octobre 2024, M. E C, représenté par Me Rousseau, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 9 octobre 2024 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement combiné des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice de compétence ;
- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- cette décision n'a pas été précédée d'un entretien individuel sérieux ;
- cette décision n'a pas été précédée des informations requises ;
- cette décision est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation quant au motif légitime et à la vulnérabilité ;
- les dispositions de l'article L. 511-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont manifestement contraire à l'article 20 de la directive 2013/33/UE.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 octobre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les requêtes dirigées contre des décisions mettant fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou refusant de les rétablir.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 octobre 2024 à 9h30 :
- le rapport de M. A,
- les observations de Me Rousseau, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins en ajoutant aux moyens développés dans ses écritures.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue des débats.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant guinéen, a déposé une demande de réexamen de demande d'asile auprès de la préfecture de la Gironde le 9 octobre 2024. Par une décision du 9 octobre 2024, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. M. C demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions relatives à l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, il y a lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
En ce qui concerne la légalité externe de la décision attaquée :
3. En premier lieu, par une décision du 11 juillet 2023 publiée sur le site internet l'OFII, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a consenti à M. D B une délégation à l'effet de signer toute décision se rapportant aux missions dévolues à la direction territoriale de Bordeaux telles que définies par la décision du 15 mars 2023, parmi lesquelles les décisions délivrant ou refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui vise les articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique comme motif justifiant le refus d'octroi des conditions matérielles d'accueil " vous n'avez pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai de 90 jours () suivants votre arrivée en France ", énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée.
5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a bénéficié, le 9 octobre 2024, dans une langue comprise par lui, d'un entretien destiné à évaluer sa vulnérabilité et au cours duquel il a pu détailler sa situation. Par suite, les moyens tirés de ce que M. C n'aurait pas été informé dans une langue comprise par lui et de ce que la décision attaquée n'aurait pas été précédée d'un examen sérieux doivent être écartés.
En ce qui concerne la légalité interne de la décision attaquée :
6. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27 ".
7. Il ressort de la décision attaquée qu'elle a été prise au motif tiré de ce que M. C n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans les 90 jours suivants son entrée en France.
8. La circonstance qu'un demandeur d'asile puisse être totalement privé du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, du fait d'une décision de refus des conditions matérielles d'accueil, dans les hypothèses et conditions rappelées par les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'est pas incompatible avec les dispositions précitées de l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, qui permettent l'édiction d'une telle mesure, sous diverses réserves, notamment celles énoncées au paragraphe 5 de cet article. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les dispositions du 4° de l'article L. 551- 15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fondement desquelles la décision attaquée a été prise, ne sont pas conformes aux objectifs de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013.
9. M. C soutient que ce n'est qu'après cinq de présence en France qu'il a compris qu'il pouvait faire une demande de protection subsidiaire. Toutefois, cette circonstance ne constitue pas un motif légitime de présentation d'une demande d'asile plus de 90 jours suivants l'entrée en France. Enfin, la simple circonstance que M. C souffre de maux de ventre ne permettent pas de caractériser une situation de vulnérabilité. Par suite, c'est sans erreur de droit ni erreur d'appréciation que la décision attaquée a été prise.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 9 octobre 2024 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions en injonction sous astreinte et relatives aux frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1 : M. C est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
D. ALa greffière,
C. Gioffré
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026