vendredi 18 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2406435 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Guyon, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 7 août 2024 par laquelle le préfet de la Gironde a prononcé la suspension de la validité de son permis de conduire pour une durée de six mois ;
2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de la Gironde de lui restituer son permis de conduire dans un délai de 72 heures suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de suspendre à titre infiniment subsidiaire l'exécution de la décision du 7 août 2024 en tant qu'elle est disproportionnée et la ramener à de plus justes proportions ;
4°) d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte en tenant compte de l'ordonnance à venir ;
5°) d'assortir, dans tous les cas, l'injonction d'une astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à venir ;
6°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
-la requête est recevable et il a intérêt pour agir ;
-la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision porte une atteinte grave et irrémédiable à sa situation compte tenu des faits reprochés et de la durée de la suspension de son permis de conduire ;
-la décision est entachée d'un doute sérieux quant à sa légalité :
-son signataire doit justifier de sa compétence ;
-elle est insuffisamment motivée ;
-le préfet n'a pas respecté la procédure contradictoire préalable prévue par le code des relations entre le public et l'administration ;
-elle est entachée d'une erreur de faits s'agissant de l'infraction qui lui est reprochée ;
-elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article R. 235- 11 du code de la route ; il a été privé d'une garantie essentielle en n'étant pas informé du droit à une contre-expertise ;
-elle est entachée d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance des dispositions de l'article 6 et de l'article 7 de l'arrêté du 13 décembre 2016 fixant les modalités du dépistage des substances témoignant de l'usage de stupéfiants, et des analyses et examens prévus par le code de la route ;
-elle est entachée d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 224-2 du code de la route ;
-elle est entachée d'une erreur d'appréciation compte tenu de son profil et des circonstances.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;
-la requête n° 2406434 enregistrée le 16 octobre 2024 par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision contestée.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, né le 6 novembre 1987, domicilié à Le Bouscat (33), a obtenu son permis de conduire catégorie B le 12 avril 2007. Suite à son interception par les forces de police, à Listrac-Médoc, le 5 août 2024, il a fait l'objet d'une mesure de rétention de son permis de conduire. Par arrêté du 7 août 2024, le préfet de la Gironde a prononcé la suspension de la validité de son permis de conduire pour une durée de six mois. M. A demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". En vertu de ces dernières dispositions, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête, sans instruction ni audience, notamment lorsqu'elle est dénuée d'urgence, ou qu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci est mal fondée.
Sur la condition d'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.
4. M. A soutient que la décision de suspension de son permis de conduire pour six mois porte une atteinte grave et irrémédiable à sa situation professionnelle et financière, compte tenu du peu de gravité des faits reprochés et de la durée de la suspension de son permis de conduire.
5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, contrairement à ce qu'affirme le requérant, la validité de son titre de conduire a été suspendue suite à une infraction au code de la route commise le 5 août 2024 sur la commune de Listrac-Médoc pour conduite après usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants, après dépistage positif par prélèvement salivaire. Il ressort encore des mentions de son relevé d'information intégral qu'il a commis de façon récurrente des excès de vitesse ayant entrainé des retraits de 1 ou 3 points à cinq reprises depuis 2022. Ses infractions répétées, aggravées par l'infraction du 5 août 2024, caractérisent un comportement dangereux sur la route et particulièrement accidentogène, présentant un risque pour la sécurité des usagers et du conducteur lui-même.
6. En deuxième lieu, si M. A produit une attestation par laquelle son employeur rappelle l'obligation pour lui d'utiliser un véhicule de service pour remplir ses missions et précise que " toute absence de permis de conduire compromettrait directement sa capacité à remplir ses missions, et par conséquent, sa fonction au sein de l'entreprise ", il ne résulte ni des termes de cette attestation ni d'aucune autre pièce dossier qu'il aurait été mis fin à son contrat de travail, ni a fortiori qu'il se retrouverait privé de ressources. Il apparaît au demeurant que cette attestation a été rédigée le 10 octobre 2024, soit quelques jours avant l'introduction de la présente requête, alors que la décision est elle-même exécutoire depuis le 8 août 2024.
7. En troisième lieu, si M. A prétend que son domicile de Le Bouscat est éloigné de 8,5 km du lieu de son travail, une telle circonstance reste sans incidence dès lors que M. A peut recourir sans difficulté, pour se rendre à son travail, aux nombreux transports en commun et modes de déplacement alternatifs accessibles sur la métropole bordelaise.
8. Pour toutes ces raisons, compte tenu en particulier de la gravité de l'infraction ayant motivé la rétention, puis la suspension, de son permis de conduire, et de façon plus générale, de son comportement accidentogène sur la route, M. A n'établit pas, par les circonstances qu'il invoque, la condition d'urgence requise par l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions de la requête présentées aux fin de suspension, d'injonction et d'astreinte par application des dispositions de l'article L. 522-3 du même code.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont M. A demande le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens
O R D O N N E :
Article 1er : La requête n° 2406435 de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.
Copie sera transmise pour information au préfet de la Gironde.
Fait à Bordeaux, le 18 octobre 2024.
Le juge des référés,
M. Vaquero
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026