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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2406512

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2406512

mercredi 3 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2406512
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCESSO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a été saisi par M. C..., ressortissant marocain, d’un recours en excès de pouvoir contre un arrêté du préfet de la Gironde du 7 juillet 2024 lui refusant un titre de séjour, l’obligeant à quitter le territoire et fixant le pays de renvoi. Le tribunal a annulé cet arrêté, jugeant que le préfet ne pouvait pas se saisir d’office pour opposer un nouveau refus de titre de séjour et une obligation de quitter le territoire, en l’absence de demande de l’intéressé, en méconnaissance de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. La solution retenue est l’annulation de l’arrêté contesté, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 octobre 2024, M. E... C..., représenté par Me Cesso, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 7 juillet 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé la délivrance d’un titre de séjour et l’a obligé à quitter le territoire et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d’enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer la situation du requérant dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à venir et dans l’attente, de lui remettre un récépissé provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l’arrêté dans son ensemble :
- l’arrêté est entaché d’un vice d’incompétence du signataire ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- l’injonction de réexaminer sa situation prononcée par le tribunal impliquait seulement que le préfet se prononce sur la décision fixant le pays de renvoi ; ainsi, le préfet de la Gironde n’avait pas le pouvoir de lui refuser un titre de séjour ; en outre, à la date de la décision contestée, il ne résidait plus sur le territoire français ;
- la décision méconnaît les dispositions des articles L.233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, étant descendant à charge d’un citoyen de l’Union européenne ou, à défaut, ayant la qualité de proche d’un citoyen de l’Union européenne ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- à la date de la décision contestée, il ne résidait plus sur le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il ne pouvait pas faire l’objet d’une mesure d’éloignement dès lors qu’il pouvait bénéficier d’un titre de séjour de plein droit ;
- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d’erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision méconnaît les dispositions de l’article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.


Par un mémoire en défense, enregistré le 21 novembre 2024 le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête sont infondés.

M. C... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 1er octobre 2024.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.



Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Cabanne, présidente-rapporteure ;
- les conclusions de Me Esseul pour M. C....



Considérant ce qui suit :

1. M. C..., ressortissant marocain, est entré sur le territoire le 27 août 2021, muni d’un titre de séjour espagnol d’une durée de 5 ans, valable jusqu’au 20 mars 2026. Il sollicite pour la première fois un titre de séjour en 2022, refusé par un arrêté du préfet de la Gironde du 27 octobre 2023. Si la légalité de la décision de refus et de la mesure d’éloignement a été confirmée par le jugement n° 2401350 du tribunal administratif de Bordeaux du 17 juin 2024, en revanche, le tribunal a annulé la décision fixant le pays de renvoi et a enjoint au préfet de la Gironde de procéder au réexamen de la situation du requérant. Le 4 juillet 2024, le préfet de la Gironde a édicté un nouvel arrêté portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours et fixant le pays de renvoi. Le requérant conteste cet arrêté.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne les décisions de refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le (…) renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; (…) ». Ces dispositions ne permettent pas à l’administration de se saisir d’office du cas d’un étranger pour lui opposer un refus de titre de séjour assorti d’une décision portant obligation de quitter le territoire français.

3. Il ressort des pièces du dossier que la décision de refus de titre de séjour du 4 juillet 2024 du préfet de la Gironde n’a pas été prise à la suite d’une demande de titre de séjour. Si, par jugement n° 2401350 du 17 juin 2024, le tribunal administratif de Bordeaux a enjoint au préfet de la Gironde de procéder au réexamen de la situation de M. C..., l’annulation prononcée par le tribunal se limitait à celle du pays de renvoi. Ainsi, l’injonction prescrite impliquait seulement que le préfet de la Gironde se prononce de nouveau sur le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. Dès lors, en opposant d’office un refus de titre de séjour à M. C... et en assortissant cette décision d’une obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Gironde a méconnu le champ d’application de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français doivent être annulées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

4. Aux termes de l’article L. 721-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ».

5. En revanche, l’annulation des décisions du 4 juillet 2024 portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n’emporte pas celle du même jour portant fixation du pays de renvoi. Cette décision a été prise en exécution de l’injonction prescrite par le tribunal dans son jugement du 27 octobre 2024. Elle n’est pas dépourvue de base légale dès lors qu’une mesure d’éloignement a été édictée par le préfet de la Gironde à l’encontre de M. C... le 27 octobre 2023, laquelle demeure exécutoire par l’effet de l’annulation prononcée par le présent jugement.

6. Par un arrêté du 1er juillet 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Gironde du même jour et librement accessible, la préfète de la Gironde a donné délégation à Mme D... F..., directrice adjointe des migrations et de l’intégration et signataire de l’arrêté contesté, à l’effet de signer dans le cadre de ses attributions et compétences toutes décisions pour toutes les matières relevant des missions de la direction et notamment les décisions en matière d’éloignement, en cas d’absence ou d’empêchement de M. A... B..., directeur des migrations et de l’intégration. Il n’est ni établi ni allégué que M. B... n’aurait pas été absent ou empêché le jour de la signature de l’arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté contesté doit être écarté.

7. Enfin, à le supposer invoqué, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n’est pas assorti de précisions suffisantes permettant d’en apprécier le bien-fondé.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. C... est fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 4 juillet 2024 du préfet de la Gironde en tant qu’il porte refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

9. Eu égard au motif d’annulation retenu, le présent jugement n’implique ni la délivrance d’un titre ni injonction de réexaminer la situation de M. C.... Les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l’instance :

10. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme que demande M. C... au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.





D E C I D E :


Article 1er : L’arrêté du 4 juillet 2024 du préfet de la Gironde est annulé en tant qu’il a refusé un titre de séjour et a fait obligation à M. C... de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E... C... et au préfet de la Gironde.


Délibéré après l’audience du 19 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Cabanne, présidente,
M. Roussel Cera, premier conseiller,
Mme Lahitte, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2025.


La présidente-rapporteure,

C. CABANNE
L’assesseur le plus ancien,

R. ROUSSEL CERA


La greffière,





M.-A. PRADAL

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,


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