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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2406569

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2406569

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2406569
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de M. B comme manifestement irrecevable. Concernant l'arrêté de transfert vers les autorités croates du 13 juin 2024, le juge a constaté que la notification était régulière et que le délai de recours de quinze jours prévu à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile était expiré. Pour l'arrêté de placement en rétention du 23 octobre 2024, le tribunal a jugé que la contestation relevait de la compétence exclusive du juge judiciaire en application des articles L. 751-9 et L. 741-10 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Appaule, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2024 par lequel le préfet de la Gironde a ordonné son transfert au autorités croates ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 octobre 2024 du préfet de la Gironde portant placement en rétention administrative ;

3°) d'enjoindre au préfet de Gironde de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge l'Etat la somme de 1500 euros en vertu des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024, et notamment son article 86 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Frézet, conseiller, pour statuer selon la procédure prévue par les articles L. 921-1 et L. 921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, créé par l'article 1er du décret du 2 juillet 2024 et en vigueur depuis le 15 juillet 2024, reprenant les dispositions de l'ancien article R. 776-15 du code de justice administrative : " Le jugement est rendu, sans conclusions du rapporteur public, par le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cet effet. / Les attributions dévolues par les dispositions réglementaires du code de justice administrative à la formation de jugement ou à son président sont exercées par ce magistrat. / Il peut, par ordonnance : () / 4° Rejeter les recours entachés d'une irrecevabilité manifeste non susceptible d'être couverte en cours d'instance. ".

En ce qui concerne la décision de placement en rétention :

2. Aux termes de l'article L. 751-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut placer en rétention, pour une durée de quarante-huit heures, l'étranger faisant l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge pour prévenir un risque non négligeable de fuite () / L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être placé en rétention en application du présent article, même s'il n'était pas retenu lorsque la décision de transfert lui a été notifiée. ". Aux termes de l'article L. 751-11 de ce code : " En cas de placement en rétention en application de l'article L. 751-9, les dispositions des articles L. 741-4 à L. 741-10, ainsi que les dispositions des chapitres II, III et IV du titre IV, sont applicables. ". Et aux termes de l'article L. 741-10 de ce code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision de placement en rétention peut la contester devant le magistrat du siège du tribunal judiciaire, dans un délai de quatre jours à compter de sa notification. / Il est statué suivant la procédure prévue aux articles L. 743-3 à L. 743-18. ".

3. En application des dispositions qui précèdent, il n'appartient qu'au juge judiciaire de se prononcer sur la contestation de la décision de placement en rétention d'un étranger prise sur le fondement de l'article L. 751-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision de placement en rétention administrative de M. B ne relèvent manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative.

En ce qui concerne l'arrêté de transfert du 13 juin 2024 :

4. Aux termes de l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de la décision attaquée : " Lorsque la décision de transfert est notifiée sans assignation à résidence ou placement en rétention de l'étranger, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. / Aucun autre recours ne peut être introduit contre la décision de transfert. / Il est statué dans un délai de quinze jours à compter de la saisine du président du tribunal administratif, selon les conditions prévues à l'article L. 614-5. / Toutefois, si en cours d'instance l'étranger est assigné à résidence en application de l'article L. 751-2, ou placé en rétention en application de l'article L. 751-9, il est fait application de l'article L. 572-6. ". Et selon l'article R. 777-3-1 du code de justice administratif alors applicable : " I. - Conformément aux dispositions de l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une décision de transfert fait courir un délai de quinze jours pour contester cette décision. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté litigieux en date du 13 juin 2024 a été envoyé par lettre recommandée à l'adresse de la structure de premier accueil des demandeurs d'asile (SPADA) de Bordeaux, située 250 avenue Emile Counord. La déclaration de domiciliation jointe aux pièces du dossier, bien qu'en date du 3 octobre 2024, fait état d'une domiciliation de M. B au sein de la SPADA de Bordeaux depuis le 25 avril 2024, de sorte que l'envoi postal a bien été adressé au lieu de son domicile. Il ressort en outre de la fiche émanant du site internet de la Poste, relatant les étapes d'acheminement, que le courrier a été présenté à l'adresse de l'intéressé le 17 juin 2024, mais qu'il n'a pu être distribué. Il a donc été mis à disposition au bureau de poste à compter du lendemain puis, faute d'avoir été retiré par son destinataire en point de retrait dans le délai imparti de quinze jours, il a été renvoyé puis distribué en préfecture le 9 juillet suivant. Dans ces conditions, et alors que la décision contestée comportait la mention des voies et délais de recours, y compris, contrairement à ce qui est soutenu, en russe, langue du pays dont il a la nationalité, le délai de recours contentieux doit être regardé comme ayant commencé à courir à la date du 17 juin 2024. Il s'ensuit que la présente requête, enregistrée au greffe du tribunal le 23 octobre 2024, soit bien au-delà du délai de quinze jours prévu par l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, est manifestement tardive.

6. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de M. B comme irrecevable en application du 4° de l'article R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

C. FREZET

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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