vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2406572 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | BÈS DE BERC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 octobre 2024, la société Borderac Crus et Vins, représentée par Me Cyprien Bès de Berc, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 25 septembre 2024 de FranceAgriMer portant titre de recette pour un montant de 223 132,02 euros de reversement d'aides perçues à l'issue d'un programme de promotion de produits vinicoles sur les marchés des pays tiers, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond ;
2°) de mettre à la charge de FranceAgriMer une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite au vu de son résultat net comptable négatif au titre des exercices clos aux 31 décembre 2022 et 31 décembre 2023 et de la dégradation de sa cotation Banque de France à G4- ; sa garantie COFACE annulée, le paiement de la somme demandée par FranceAgriMer ne manquerait pas de la mettre dans une situation de cessation de paiements ou à tout le moins, de difficultés majeures menaçant la pérennité de l'entreprise à court terme ; aucun intérêt public ne justifie le refus de la suspension ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée ; aucun texte n'impose au bénéficiaire du programme de produire les factures de sa filiale chinoise, FranceAgriMer fait une analyse erronée des motifs de l'absence d'avoir dans la comptabilité de la filiale chinoise pour qualifier une fraude, au mépris des pratiques comptables chinoises et basée sur un examen sommaire de la comptabilité par des inspecteurs de FranceAgriMer peu susceptibles de savoir appréhender la comptabilité de société de droit chinois ; la société exposante a fourni force documentation pour démontrer la matérialité des prestations que FranceAgriMer lui contestait ; plus de 80 % des actions sont documentées par des justificatifs ; la sanction est disproportionnée au regard des sommes perçues effectivement par la requérante.
Vu :
- l'arrêté dont la suspension de l'exécution est demandée ;
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond enregistrée le 24 octobre 2024 sous le n° 2406571 par laquelle la société Borderac Crus et Vins demande l'annulation de la décision du 25 septembre 2024.
Vu :
- le livre des procédures fiscales ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Gay, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 25 septembre 2024, valant titre exécutoire, FranceAgriMer a réclamé à la société Borderac Crus et Vins le remboursement d'une créance de 223 132,02 euros correspondant au montant d'une aide perçue pour la promotion des produits vitivinicoles sur les marchés des pays tiers assorti de sanctions et pénalités. La société Borderac Crus et Vins a contesté ce titre exécutoire par une requête enregistrée sous le n° 2406571. Par la présente requête, elle demande au juge des référés d'en suspendre l'exécution sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
3. D'autre part, aux termes de l'article 117 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Les titres de perception émis en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales peuvent faire l'objet de la part des redevables : 1° Soit d'une opposition à l'exécution en cas de contestation de l'existence de la créance, de son montant ou de son exigibilité ; () L'opposition à l'exécution et l'opposition à poursuites ont pour effet de suspendre le recouvrement de la créance ". Aux termes de l'article 112 du même décret : " Les recours administratifs ou contentieux formés à l'encontre des titres de perception destinés à assurer le recouvrement des créances de l'Etat étrangères à l'impôt ont un effet suspensif ".
4. Le bénéficiaire d'une aide dont la récupération est recherchée par l'administration peut, lorsqu'il a formé un recours contre la décision de récupération, présenter également, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, des conclusions tendant à la suspension de l'exécution de cette décision. Une telle suspension fait en principe obstacle à l'émission d'un titre exécutoire pris sur son fondement. En revanche, lorsque l'intéressé conteste devant le juge le titre exécutoire et demande la suspension de son exécution sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de telles conclusions à fin de suspension n'ont pas d'objet et sont ainsi irrecevables dès lors que la contestation du titre devant le juge a, par elle-même, pour effet de suspendre le recouvrement forcé de la créance en application des dispositions précitées du décret du 7 novembre 2012.
5. Il résulte de ce qui précède que la contestation présentée par la société Borderac Crus et Vins de la décision du 25 septembre 2024 valant titre exécutoire ayant eu pour effet de suspendre le recouvrement forcé de la créance, sa demande tendant à la suspension de son exécution, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, est irrecevable au motif tiré de ce qu'elle est privée d'objet. Elle doit, par suite, être rejetée selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de FranceAgriMer qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la société Borderac Crus et Vins au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société Borderac Crus et Vins est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Borderac Crus et Vins.
Copie sera transmise pour information à FranceAgriMer.
Fait à Bordeaux, le 25 octobre 2024.
La juge des référés,
N. Gay
La République mande et ordonne à la ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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