jeudi 21 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2406673 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement 72 heures |
| Avocat requérant | LANNE |
Vu la procédure suivante :
I) Par une requête n° 2406673 enregistrée le 28 octobre 2024, Mme D B, représentée par Me Lanne, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée à défaut de se conformer à cette mesure et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et de la mettre en possession d'un récépissé l'autorisant à travailler dans l'attente de cette délivrance ou de cet examen ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de prendre sans délai toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
Sur l'ensemble des décisions attaquées :
- la compétence de la signataire de l'arrêté litigieux n'est pas établie ;
Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cette décision a méconnu les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 ainsi que de l'article 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- cette décision a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant interdiction de retour pendant une durée de deux ans :
- le préfet n'a pas étudié les quatre critères énoncés par les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation tant sur le principe du prononcé d'une telle interdiction que sur sa durée, qui est disproportionnée ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 novembre 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 juin 2024.
II) Par une requête n° 2406915 enregistrée le 8 novembre 2024, Mme D B, représentée par Me Lanne, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 4 novembre 2024 par lequel le préfet de la Gironde l'a assignée à résidence pour une durée de 45 jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- la compétence du signataire de l'arrêté litigieux n'est pas établie ;
- cet arrêté a méconnu les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas justifié que son éloignement constitue une perspective raisonnable.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 novembre 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Jaouën, première conseillère, en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Jaouën et les observations orales de Me Chevallier Chiron, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens, le préfet de la Gironde n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D B, ressortissante albanaise née le 9 mai 1977, a présenté le 22 septembre 2023 une demande de titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 28 mars 2024, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée à défaut de se conformer à cette mesure et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Par un arrêté du 4 novembre 2024, ce préfet a assigné Mme B à résidence pour une durée de 45 jours. Mme B demande au tribunal d'annuler l'ensemble des décisions précitées.
2. Les deux requêtes susvisées concernent la situation d'une même personne et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
4. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée en France en novembre 2016, soit près de huit ans avant l'intervention de l'arrêté du 28 octobre 2024, et qu'elle y a résidé en situation régulière jusqu'au rejet de sa demande d'asile en 2017 puis de nouveau du 29 janvier 2019 au 13 septembre 2021, période à laquelle elle bénéficiait d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. En outre, sa fille majeure Albanezja, née en 1997, titulaire d'une carte de séjour en qualité de membre de la famille d'un citoyen de l'Union européenne et mère d'un enfant de nationalité belge, son fils majeur A, né en 1993, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " valable jusqu'en 2027 et sa fille mineure C, née en 2013 et scolarisée en France depuis 2017, soit depuis sept ans à la date de la décision attaquée, résident régulièrement sur le territoire français. Par ailleurs, Mme B établit avoir exercé une activité professionnelle d'avril à septembre 2019 puis de mars à août 2021 et enfin depuis octobre 2022, en qualité de femme de chambre ou d'aide à domicile et a déclaré un revenu fiscal de référence de 12 037 euros pour l'année 2021, 7 681 euros pour l'année 2022 et 16 877 euros pour l'année 2023 et justifie ainsi de sa capacité à s'insérer professionnellement sur le territoire français, d'autant qu'elle a suivi, au cours de l'année 2022, une formation de cinq mois comportant un stage en entreprise, à l'issue de laquelle elle a obtenu un titre professionnel d'employé commercial en magasin. Ainsi, compte tenu de l'ensemble de ces éléments, Mme B est fondée à soutenir qu'elle a établi de manière ancienne, stable et durable le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France et que, dès lors, le préfet a méconnu l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour.
7. Il résulte de ce qui précède que la décision du 28 octobre 2024 portant refus de délivrance d'un titre de séjour doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de retour et interdiction de quitter le territoire français et la décision du 4 novembre 2024 portant assignation à résidence.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Eu égard aux motifs du présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Gironde de délivrer à Mme B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de la mettre, dans l'attente, en possession d'un récépissé l'autorisant à travailler et, dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement, de prendre toutes les mesures nécessaires pour mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen.
Sur les frais liés au litige :
9. Mme B ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale dans le cadre de sa requête n° 2406673 et ayant été provisoirement admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans le cadre de sa requête n° 2406915, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de l'admission définitive de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle au titre de la requête n° 2406915 et sous réserve que Me Lanne renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Lanne, avocat de Mme B, de la somme de 1 600 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle au titre de la requête n° 2406915, une somme de 950 euros sera versée à Me Lanne et une somme de 650 euros sera versée à Mme B.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B est provisoirement admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans le cadre de sa requête n° 2406915.
Article 2 : L'arrêté du 28 mars 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée à défaut de se conformer à cette mesure et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans et l'arrêté du 4 novembre 2024 par lequel ce préfet l'a assignée à résidence pendant une durée de 45 jours sont annulés.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de délivrer à Mme B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de la mettre, dans l'attente, en possession d'un récépissé l'autorisant à travailler et, dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement, de prendre toutes les mesures nécessaires pour mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle dans le cadre de la requête n° 2406915 et sous réserve que Me Lanne, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Lanne une somme de 1 600 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle dans le cadre de sa requête n° 2406915, une somme de 950 euros sera versée à Me Lanne et une somme de 650 euros sera versée à Mme B.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, au préfet de la Gironde et à Me Lanne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.
La magistrate désignée,
S. JAOUËNLa greffière,
E. SOURIS
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Nos 2406673, 2406915
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026