mardi 5 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2406733 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement 72 heures |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 octobre 2024, M. E D se disant A F, représenté par Me Cazau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 octobre 2024 par lequel le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
2°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 novembre 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les autres moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. G pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. G,
- et les observations de Me Cazau, représentant M. D, qui reprend ses écritures en rappelant l'insuffisante motivation et le défaut d'examen personnel invoqués dans la requête et produit à l'audience des pièces complémentaires et de M. D qui indique être venu en France en raison de la présence de son frère et sa sœur.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. E D né le 17 septembre 1993 se disant M. A F né le 17 septembre 1997, ressortissant algérien est entré en France selon ses déclarations, il y a six mois. Il demande l'annulation de l'arrêté du 29 octobre 2024 par lequel le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :
3. Par un arrêté du 30 septembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet de la Gironde a donné délégation à M. C B, chef de la section éloignement de la préfecture de la Gironde, et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer toutes décisions prises en application des livres II, IV, V, VI, VII et VIII (parties législative et réglementaire) en l'absence de la cheffe du bureau de l'éloignement. Il n'est pas établi, ni d'ailleurs soutenu, que celle-ci n'aurait pas été régulièrement absente ou empêchée à la date à laquelle les arrêtés attaqués ont été pris. Par suite, le moyen tiré du défaut de compétence du signataire de l'arrêté en litige, doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. D'une part, la décision attaquée, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, mentionne tant les motifs de droit que les éléments de fait caractérisant la situation du requérant et sur lesquels le préfet de la Gironde s'est fondé pour prendre la décision l'obligeant à quitter le territoire français, en particulier en ce qui concerne sa situation administrative et sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que cette décision serait insuffisamment motivée doit être écarté. En outre, il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que le préfet a procédé à un examen suffisamment approfondi de la situation du requérant avant de prendre une décision l'obligeant à quitter le territoire français.
5. D'autre part, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. Si M. D allègue que ses frères et sœurs sont de nationalité française, il n'apporte cependant aucun élément permettant de l'établir. A cet égard, les pièces complémentaires produites au cours de l'audience montrent seulement que son frère dispose d'une carte de résident d'un an. Au surplus, il est constant qu'il est célibataire, qu'il n'a pas d'enfant et que son entrée en France est récente. De plus, il n'est pas soutenu qu'il serait dépourvu de toute attache personnelle ou familiale en Algérie, son pays d'origine dans lequel il a vécu toute sa vie. Par suite, le préfet de la Gironde n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 précitées.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
7. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui la fonde.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui la fonde.
9. En deuxième lieu, l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-22 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".
10. La décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables, et notamment les articles L. 612-6 à L. 612-10 dont elle expose un résumé. Elle indique que M. D ne justifie pas de l'intensité et de l'ancienneté de ses liens avec la France où il s'est maintenu irrégulièrement sans domicile et sans ressources. Elle mentionne également qu'il a été interpellé pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme et qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement. Dans ces conditions, le préfet a permis à l'intéressé de connaître les motifs de droit et de fait qui la fondent, au regard des critères prévus par l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
11. En troisième et dernier lieu, l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
12. Il ressort des pièces du dossier que M. D est entré en France récemment, qu'il est célibataire et sans enfant et ne fait état d'aucune autre attache familiale que son frère chez qui il est hébergé. En outre, il ressort notamment du procès-verbal du 28 octobre 2024 que le requérant a été interpellé par les services de police après avoir menacé un gérant de café avec un couteau et il est constant qu'il a donné une fausse identité lors de cette interpellation. Dans ces conditions, bien que M. D n'ait jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que le préfet n'a pas estimé que l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans n'apparaît pas disproportionnée ni ne méconnaît les dispositions citées au point précédent. Enfin, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, la décision ne méconnaît pas davantage l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 octobre 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : M. D est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.
Le magistrat désigné,
D. G
La greffière,
C. Gioffré La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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