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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2406947

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2406947

jeudi 14 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2406947
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSELARL ULDRIF ASTIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 novembre 2024, M. A B, représenté par Me Astié, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite intervenue le 12 juillet 2024 par laquelle le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et ce sous astreinte de 80 euros par jour de retard et, à défaut, procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et ce sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;

3°)de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 11 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que sa situation l'empêche de subvenir aux besoins de sa famille ; il est menacé d'éloignement ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen particulier ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 de ce code dès lors qu'il justifie de circonstances exceptionnelles pour son admission au séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention de New York ;

Vu :

- la requête enregistrée le 7 novembre 2024 sous le n° 2406884 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée ;

- la décision du 15 octobre 2024 par laquelle le bureau de l'aide juridictionnelle l'a admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale de New York sur les droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Vaquero, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". En vertu de ces dernières dispositions, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête, sans instruction ni audience, notamment lorsqu'elle est dénuée d'urgence, ou qu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci est mal fondée.

2. M. A B, ressortissant de Guinée Bissau, né le 24 octobre 1998, est entré en France le 13 novembre 2023, muni d'un visa D " travailleur saisonnier ". Il a sollicité le 11 mars 2024 la délivrance d'un titre de séjour. Il estime qu'une décision implicite de rejet de sa demande est intervenue le 12 juillet 2024. Il a formé le même jour, une demande de communication des motifs de cette décision. M. B demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cette décision implicite de rejet.

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce. Cette condition d'urgence sera, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme dans le cas d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Pour justifier de l'urgence, M. B soutient qu'il ne peut plus subvenir aux besoins de sa famille et qu'il risque d'être éloigné.

5. En premier lieu, M. B, qui a sollicité une première demande de titre de séjour en France, ne peut se prévaloir de la présomption d'urgence visée au point précédent.

6. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que M. B, qui est entré en France le 13 novembre 2023, était muni d'un visa D " saisonnier " valable jusqu'au 18 janvier 2024. Selon ses propres déclarations, il a formé sa première demande de titre de séjour le 11 mars 2024, soit deux mois après l'expiration de son visa. Il s'est ainsi maintenu sur le territoire en situation irrégulière en toute connaissance de cause.

7. En troisième lieu, il se borne à produire un accusé réception postal de sa demande de titre de séjour sans apporter la preuve du dépôt d'un dossier complet et de l'enregistrement de sa demande en préfecture. En toute hypothèse, il ne démontre ni même ne prétend avoir sollicité la délivrance d'un récépissé de sa demande, alors qu'il se prévaut d'une promesse d'embauche en date du 26 janvier 2024. M. B ne peut donc sérieusement soutenir qu'il n'est pas en mesure de travailler pour subvenir aux besoins de sa famille, alors qu'au demeurant son épouse est en situation régulière sur le territoire et dispose d'un domicile et d'un emploi.

8. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que M. B a introduit sa requête en référé le 12 novembre 2024, soit quatre mois après la naissance de la décision implicite qu'il conteste. S'il a formé le 12 juillet 2024 une demande de communication des motifs de cette décision, comme il y était fondé, cette circonstance a eu pour effet de prolonger la situation de précarité dont il se prévaut aujourd'hui, étant rappelé qu'il n'a, à aucun moment, sollicité la délivrance d'un récépissé auprès de la préfecture.

9. Pour toutes ces raisons, M. B ne justifie pas de la condition d'urgence requise par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, par suite, de faire application de l'article L. 522-3 du même code et de rejeter les conclusions de la requête présentées aux fins de suspension, et par voie de conséquence, celles présentées aux fins d'injonction et d'astreinte.

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme dont M. B demande le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête n° 2406947 de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Me Astié.

Copie sera transmise pour information au préfet de la Gironde.

Fait à Bordeaux, le 14 novembre 2024.

Le juge des référés,

M. Vaquero

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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