lundi 2 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2407019 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement 72 heures |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 novembre 2024, M. D C, représenté par Me Blal-Zenasni, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Gironde en date du 10 novembre 2024 portant à son encontre obligation de quitter le territoire français sans délai, décision fixant le pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Gironde en date du 10 novembre 2024 portant à son encontre assignation à résidence dans le département de la Gironde pour une durée de 45 jours ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Me Blal-Zenasni, avocate de M. C, au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français sans délai :
* le signataire de la décision attaquée n'était pas compétent ;
* la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;
* il n'a pas été procédé à un examen de sa situation personnelle ;
* il est entré régulièrement en France muni d'un visa ;
* il dispose de garanties de représentation ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
* l'obligation de quitter le territoire français étant illégale, l'interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par voie de conséquence ;
* le signataire de la décision attaquée n'était pas compétent ;
* la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;
* la décision attaquée n'est pas justifiée ; il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ; il peut se prévaloir de considérations humanitaires ;
S'agissant de l'assignation à résidence :
* l'obligation de quitter le territoire français étant illégale, l'assignation à résidence doit être annulée par voie de conséquence ;
* le signataire de la décision attaquée n'était pas compétent ;
* la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
* le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
* le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Naud, premier conseiller, en application des dispositions de l'article R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Naud, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, né le 23 février 1976 et de nationalité algérienne, est entré en France, selon ses déclarations, en 2019 et a présenté une demande d'asile le 10 février 2020, qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 19 octobre 2020. La préfète de la Gironde a pris une première mesure d'éloignement à son encontre, le 19 janvier 2021. Le préfet de la Gironde a ensuite pris un arrêté en date du 10 novembre 2024 portant à son encontre obligation de quitter le territoire français sans délai, décision fixant le pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans. Le même jour, le préfet a pris un arrêté d'assignation à résidence dans le département de la Gironde pour une durée de 45 jours. M. C demande l'annulation de ces deux arrêtés du 10 novembre 2024.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. M. B A, sous-préfet de Libourne, qui a signé les arrêtés attaqués, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de la Gironde en date du 8 octobre 2024, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Gironde (recueil n° 226 du 9 octobre 2024), à l'effet de signer notamment les obligations de quitter le territoire français et les décisions accessoires, ainsi que les assignations à résidence dans le cadre de ses permanences. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français sans délai :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes applicables, notamment le 3° de l'article L. 611-1 et les 4°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est spécifié, d'une part, que M. C a déjà fait l'objet d'un refus de séjour et d'une obligation de quitter le territoire français le 19 janvier 2021 après le rejet de sa demande d'asile et, d'autre part, qu'il existe un risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, étant précisé qu'il s'est maintenu irrégulièrement en France, qu'il ne remplit aucune condition pour y résider et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. L'obligation de quitter le territoire français et la décision refusant un délai de départ volontaire comportent donc les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
4. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. C.
5. En second lieu, M. C soutient qu'il dispose de garanties de représentation et qu'il est entré régulièrement en France muni d'un visa. Toutefois, il n'est pas sérieusement contesté qu'il s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour en 2021 après le rejet de sa demande d'asile et qu'il remplit donc les conditions prévues au 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Il n'est pas non plus sérieusement contesté qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement prise le 19 janvier 2021 et qu'il existe donc un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet conformément au 3° de l'article L. 612-2 et du 5° de l'article L. 612-3 du même code. Dès lors, le moyen ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
6. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".
7. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes applicables, notamment l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est spécifié que M. C s'est maintenu irrégulièrement en France dans le seul but de s'y installer et s'oppose à tout retour dans son pays d'origine, qu'il est sans domicile fixe et sans ressources légales, étant précisé que s'il indique travailler comme maçon il est dépourvu de document l'y autorisant, qu'il ne justifie pas de l'intensité et de l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'il a été interpellé le 9 novembre 2004 pour détention frauduleuse de faux documents administratifs et qu'il s'est soustrait à la mesure d'éloignement qui avait été prise à son encontre le 19 janvier 2021. L'interdiction de retour sur le territoire français comporte donc les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, y compris au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
8. En deuxième lieu, l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale ainsi qu'il a été indiqué, l'interdiction de retour sur le territoire français n'a pas à être annulée par voie de conséquence comme le soutient M. C.
9. En dernier lieu, il résulte de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il appartenait au préfet de la Gironde, qui n'a accordé aucun délai de départ volontaire à M. C, d'assortir l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre d'une interdiction de retour sur le territoire français dont la durée ne pouvait excéder cinq ans, ou dix ans en cas de menace grave à l'ordre public.
10. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France, selon ses déclarations, en 2019 et s'y est maintenu après le rejet de sa demande d'asile en 2020 en dépit du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet le 19 janvier 2021. Il est célibataire et sans enfant et ne fait état d'aucune attache sur le territoire national. S'il se prévaut de circonstances humanitaires, il fait seulement état de son travail en qualité de maçon, alors qu'il ne dispose pas d'autorisation de travail et qu'il a été interpellé en étant porteur d'une fausse carte d'identité italienne. Dans ces conditions et bien qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, le préfet de la Gironde n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prenant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français limitée à trois ans.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
11. En premier lieu, l'assignation à résidence comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
12. En second lieu, l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale ainsi qu'il a été indiqué, l'assignation à résidence n'a pas à être annulée par voie de conséquence comme le soutient M. C.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du préfet de la Gironde en date du 10 novembre 2024 portant à son encontre obligation de quitter le territoire français sans délai, décision fixant le pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans, d'une part, et assignation à résidence, d'autre part.
Sur les frais d'instance :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de la Gironde. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024,
Le magistrat désigné,
G. NAUD
La greffière,
É. SOURIS
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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