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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2407023

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2407023

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2407023
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantATGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 16 novembre 2024, le président du tribunal administratif d'Orléans a transmis au tribunal la requête présentée par M. C A.

Par une requête, enregistrée le 9 novembre 2024 au greffe du tribunal administratif d'Orléans, et un mémoire complémentaire, enregistré le 14 novembre 2024, M. C A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Gironde en date du 8 novembre 2024 portant à son encontre obligation de quitter le territoire français sans délai, décision fixant le pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant cinq ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Il soutient que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

* le signataire de la décision attaquée n'était pas compétent ;

* la décision attaquée a méconnu son droit d'être entendu ;

* la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

* la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît donc les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :

* le signataire de la décision attaquée n'était pas compétent ;

* la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

* la décision refusant un délai de départ volontaire est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

* il justifie de garanties de représentation suffisantes et le risque de fuite n'est donc pas établi ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

* le signataire de la décision attaquée n'était pas compétent ;

* la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

* la décision fixant le pays de destination est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

* la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît donc les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

* le signataire de la décision attaquée n'était pas compétent ;

* la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ; il n'est pas établi que les quatre critères prévus par la loi ont été pris en compte ;

* l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai ;

* la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en production de pièces, enregistré le 18 novembre 2024, et un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

* la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Naud, premier conseiller, en application des dispositions de l'article R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

* le rapport de M. Naud, premier conseiller ;

* les observations de Me Atger, représentant M. A, qui persiste dans ses précédentes écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 15 novembre 1980 et de nationalité algérienne, est entré en France, selon ses déclarations, au mois d'août 2024. Le préfet de la Gironde a pris un arrêté en date du 8 novembre 2024 portant à son encontre obligation de quitter le territoire français sans délai, décision fixant le pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant cinq ans. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Mme B D, cheffe du bureau de de l'éloignement et de l'ordre public, qui a signé l'arrêté attaqué, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de la Gironde en date du 30 septembre 2024, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Gironde (recueil n° 216 du 30 septembre 2024), à l'effet de signer notamment les obligations de quitter le territoire français et les décisions accessoires. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment de son arrêt C-383/13 du 10 septembre 2013, que toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.

4. M. A soutient que son droit d'être entendu a été méconnu. Toutefois, il n'apporte aucune précision à l'appui de son moyen concernant les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration. Dans ces conditions, il ne saurait être regardé comme ayant été privé de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cela aurait pu influer sur le sens de la mesure d'éloignement en litige.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes applicables, notamment le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est spécifié que M. A ne peut justifier être entré régulièrement en France, qu'il ne remplit aucune condition pour y résider et qu'il est célibataire et sans enfant. L'obligation de quitter le territoire français comporte donc les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. M. A soutient que son frère, ses neveux et ses nièces vivent en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il est entré récemment sur le territoire national, en 2024 à l'âge de 43 ans. Il est célibataire et sans enfant. Il ne conteste pas que des membres de sa famille proche vivent dans son pays d'origine, l'Algérie. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En dernier lieu, pour les motifs qui viennent d'être exposés, le préfet de la Gironde n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. A.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes applicables, notamment les 1° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est spécifié qu'il existe un risque que M. A se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, étant précisé qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, qu'il ne remplit aucune condition pour y résider et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. La décision refusant un délai de départ volontaire comporte donc les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

10. En deuxième lieu, aucun moyen d'illégalité n'est retenu à l'appui des conclusions à fin d'annulation présentées par M. A contre l'obligation de quitter le territoire français, comme cela a été indiqué. Dès lors, le moyen tiré de l'illégalité de la décision refusant un délai de départ volontaire compte tenu de l'illégalité par voie d'exception de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

11. En dernier lieu, M. A ne conteste pas sérieusement qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, cas prévu au 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si par ailleurs, il prétend qu'il justifie de garanties de représentation suffisantes, il n'apporte, au surplus, aucun commencement de preuve à l'appui de ses allégations. Il existe donc un risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, au sens du 3° de l'article L. 612-2 du même code. Dès lors, le préfet de la Gironde a pu à bon droit lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

13. En deuxième lieu, aucun moyen d'illégalité n'est retenu à l'appui des conclusions à fin d'annulation présentées par M. A contre l'obligation de quitter le territoire français, comme cela a été indiqué. Dès lors, le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination compte tenu de l'illégalité par voie d'exception de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

14. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, la décision attaquée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

15. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes applicables, notamment l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est spécifié que M. A est entré et s'est maintenu irrégulièrement en France depuis une date indéterminée ni vérifiable dans le seul but de s'y installer, qu'il est sans domicile fixe et sans ressources légales, qu'il ne justifie pas de l'intensité et de l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'il a été interpellé le 7 novembre 2024 pour des faits de trafic de stupéfiants et rébellion sur des personnes dépositaires de l'autorité publique et qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement. L'interdiction de retour sur le territoire français comporte donc les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, y compris au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

16. En deuxième lieu, aucun moyen d'illégalité n'est retenu à l'appui des conclusions à fin d'annulation présentées par M. A contre l'obligation de quitter le territoire français sans délai, comme cela a été indiqué. Dès lors, le moyen tiré de l'illégalité de l'interdiction de retour sur le territoire français compte tenu de l'illégalité par voie d'exception de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

17. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, qui n'est pas assorti de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, doit être écarté, alors qu'il résulte de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il appartenait au préfet de la Gironde, qui n'a accordé aucun délai de départ volontaire à M. A, d'assortir l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre d'une interdiction de retour sur le territoire français dont la durée ne pouvait excéder cinq ans, ou dix ans en cas de menace grave à l'ordre public.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Gironde en date du 8 novembre 2024 portant à son encontre obligation de quitter le territoire français sans délai, décision fixant le pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant cinq ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

19. Les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A étant rejetées, le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant doivent être également rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Gironde. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024,

Le magistrat désigné,

G. NAUD

La greffière,

É. SOURIS

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

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