mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2407029 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement 72 heures |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 novembre 2024, M. F C, représenté par Me Lanne, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Gironde en date du 13 novembre 2024 portant à son encontre obligation de quitter le territoire français sans délai, décision fixant le pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Gironde en date du 13 novembre 2024 portant à son encontre assignation à résidence dans le département de la Gironde pour une durée de 45 jours ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
4°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Me Lanne, avocat de M. C, au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
* la requête est recevable ;
* le signataire de l'arrêté attaqué n'était pas compétent ;
* il n'a pas été procédé à un examen de sa situation personnelle ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
* la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'ayant pas procédé à la vérification de son droit au séjour au préalable, alors qu'il était susceptible de bénéficier d'un droit au séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu de sa prise en charge entre 16 et 18 ans par les services de l'aide sociale à l'enfance ;
* le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
* le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation sur la durée de l'interdiction de retour ;
S'agissant de l'assignation à résidence :
* le signataire de l'arrêté attaqué n'était pas compétent ;
* l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le préfet ne justifie pas que son éloignement constitue une perspective raisonnable.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
* le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
* le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Naud, premier conseiller, en application des dispositions de l'article R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
* le rapport de M. Naud, premier conseiller ;
* les observations de Me Lanne, représentant M. C, assisté de M. A, interprète en langue arabe, qui persiste dans ses précédentes écritures et produit une pièce complémentaire.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, né le 6 janvier 2006 et de nationalité tunisienne, a fait l'objet d'un arrêté du préfet de la Gironde en date du 13 novembre 2024 portant à son encontre obligation de quitter le territoire français sans délai, décision fixant le pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans. Par un autre arrêté du même jour, il a été assigné à résidence dans le département de la Gironde pour une durée de 45 jours. M. C demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. M. E B, chef de la section éloignement, qui a signé les arrêtés attaqués, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de la Gironde en date du 30 septembre 2024, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Gironde (recueil n° 216 du 30 septembre 2024), à l'effet de signer notamment les obligations de quitter le territoire français et les décisions accessoires, ainsi que les assignations à résidence, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme D G, cheffe du bureau de l'éloignement et de l'ordre public. Il n'est pas contesté que Mme G était effectivement absente ou empêchée à la date des arrêtés attaqués. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.
4. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. C, quand bien même il a fait l'objet d'une prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance à son arrivée en France à l'âge de 17 ans.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. M. C soutient que la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'ayant pas procédé à la vérification de son droit au séjour au préalable. Toutefois, s'il se prévaut de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces dispositions ne prévoient pas la délivrance d'un titre de séjour de plein droit dès lors que l'intéressé en remplit les conditions, mais seulement une admission exceptionnelle au séjour. Ainsi, quand bien même il a bénéficié d'une prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance à son arrivée en France à l'âge de 17 ans, une telle circonstance ne lui conférait pas nécessairement un droit au séjour. Qui plus est, il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, y compris sur le fondement de l'article L. 435-3, une fois qu'il est devenu majeur, le 6 janvier 2024. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.
6. M. C soutient encore qu'il a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance à son arrivée en France à l'âge de 17 ans, que sa sœur réside régulièrement en France et qu'il doit prochainement faire un stage susceptible d'aboutir à la conclusion d'un contrat d'apprentissage. Toutefois, hormis sa prise en charge par le département du 8 août 2023 au 5 janvier 2024, ces éléments ne sont étayés par aucune pièce probante. Il ne conteste pas que des membres de sa famille proche, notamment ses parents et quatre autres sœurs, vivent dans son pays d'origine, la Tunisie. Dans ces conditions et compte tenu de ce qui a déjà été indiqué au point précédent, le préfet de la Gironde ne saurait être regardé comme ayant commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
7. Il résulte de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il appartenait au préfet de la Gironde, qui n'a accordé aucun délai de départ volontaire à M. C, d'assortir l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre d'une interdiction de retour sur le territoire français dont la durée ne pouvait excéder cinq ans, ou dix ans en cas de menace grave à l'ordre public.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance à son arrivée en France à l'âge de 17 ans en 2023 et qu'il n'a entrepris aucune démarche en vue de l'octroi d'un titre de séjour une fois qu'il est devenu majeur le 6 janvier 2024. Il est célibataire et sans enfant et ne démontre pas poursuivre des études ou travailler. Dans ces conditions et bien qu'il n'ait jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement auparavant et qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, le préfet de la Gironde n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prenant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français limitée à trois ans.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
9. M. C ne conteste pas sérieusement que son éloignement demeure une perspective raisonnable au sens de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'il produit une carte d'identité tunisienne et un acte de naissance et que le préfet justifie des démarches entreprises pour solliciter un laissez-passer consulaire auprès des autorités tunisiennes. Dès lors, le moyen doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du préfet de la Gironde en date du 13 novembre 2024 portant à son encontre obligation de quitter le territoire français sans délai, décision fixant le pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans, d'une part, et assignation à résidence, d'autre part.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C étant rejetées, le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant doivent être également rejetées.
Sur les frais d'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F C et au préfet de la Gironde. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024,
Le magistrat désigné,
G. NAUD
La greffière,
É. SOURIS
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026