lundi 9 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2407158 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 novembre 2024, M. B A demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner au préfet de la Gironde sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance, de lui délivrer immédiatement un récépissé d'enregistrement de sa demande de naturalisation, afin qu'il puisse suivre l'état d'avancement et d'instruction de sa demande en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative et 21-25-1 du code civil.
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que l'impossibilité d'obtenir un récépissé impacte fortement les délais légaux de traitement de sa demande de naturalisation et a pour conséquence d'influer sur son accès effectif au service public ainsi que son droit à un recours juridictionnel effectif et au principe de confiance légitime ;
- la mesure sollicitée est utile afin que lui soit délivré le plus rapidement possible un récépissé valant accusé de réception de sa demande de naturalisation ;
- la mesure sollicitée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.
Par un mémoire, enregistré le 3 décembre 2024, le préfet de la Gironde conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions d'injonction et au rejet du surplus des conclusions.
Il fait valoir que la demande de naturalisation a été présentée auprès de la préfecture des Hauts-de-Seine et qu'il n'est donc pas compétent pour accéder à la demande du requérant.
Un mémoire en réplique a été enregistré le 4 décembre 2024 pour M. A, et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Vaquero, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Si le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, peut prescrire en cas d'urgence, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures, autres que celles régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code, notamment sous forme d'injonctions adressées tant à des personnes privées que, le cas échéant, à l'administration, c'est à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse, et sous réserve qu'elles ne fassent pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
2. Le préfet de la Gironde conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins d'injonction de la requête. Il ne ressort toutefois ni du mémoire en défense de la préfecture ni d'aucune des pièces du dossier que M. A se serait vu remettre le récépissé sollicité. Dès lors, le litige n'a pas perdu son objet et l'exception de non-lieu opposée par la préfecture doit être écartée.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article 21-25-1 du code civil : " La réponse de l'autorité publique à une demande d'acquisition de la nationalité française par naturalisation doit intervenir au plus tard dix-huit mois à compter de la remise de toutes les pièces nécessaires à la constitution d'un dossier complet contre laquelle un récépissé est délivré immédiatement. / () / Les délais précités peuvent être prolongés une fois, par décision motivée, pour une période de trois mois. ". Aux termes de l'article 37-1 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " () / Dès la remise des pièces prévues ci-dessus, l'autorité auprès de laquelle la demande a été déposée délivre le récépissé prévu à l'article 21-25-1 du code civil. / () ". Aux termes de l'article 46 de ce décret : " Lorsqu'il estime que la demande est recevable et qu'il y a lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration dans la nationalité française, le préfet désigné par arrêté du ministre chargé des naturalisations en application de l'article 35 émet une proposition en ce sens. Le dossier assorti de cette proposition est transmis au ministre chargé des naturalisations dans les six mois suivant la délivrance du récépissé prévu par l'article 21-25-1 du code civil (). ".
4. M. A, né le 13 septembre 1997, ressortissant du Burkina Faso, a formé, le 2 mai 2024, une demande de naturalisation sur le site internet du ministère de l'intérieur et des outre-mer à destination de la direction générale des étrangers en France. Il demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner au préfet de la Gironde de lui délivrer immédiatement un récépissé d'enregistrement de cette demande de naturalisation.
5. Pour justifier de l'urgence, M. A fait valoir que l'impossibilité d'obtenir un récépissé impacte fortement les délais légaux de traitement de sa demande de naturalisation et a pour conséquence d'influer sur son accès effectif au service public ainsi que son droit à un recours juridictionnel effectif et au principe de confiance légitime. De telles circonstances ne sont pas, à elles seules, de nature à caractériser une urgence au sens de l'article L. 521-3 du code de justice administrative. Il résulte en outre de l'instruction que l'intéressé est titulaire d'une carte de séjour temporaire dont il a sollicité le renouvellement le 18 octobre 2024. Il ne démontre ni même n'allègue que l'absence de récépissé de sa demande de naturalisation serait susceptible de remettre en cause son séjour en France. Cette absence de récépissé n'a pas davantage pour effet de porter atteinte à son droit à un recours juridictionnel effectif, dès lors qu'il lui sera loisible de contester, le cas échéant, le refus explicite ou implicite qui pourrait être opposé à sa demande de naturalisation. Elle ne saurait enfin, et en tout état de cause, méconnaître le principe de confiance légitime qui ne trouve à s'appliquer dans l'ordre juridique national que dans le cas où la situation juridique dont a à connaître le juge administratif français est régie par le droit communautaire. Pour toutes ces raisons, la mesure sollicitée ne répond à aucune situation d'urgence nécessitant que le juge des référés statue à bref délai sur la demande de M. A
6. Il résulte de ce qui précède que l'une de conditions requises par l'article L. 521-3 du code de justice administrative n'est pas satisfaite. Il convient dès lors de rejeter les conclusions de la requête présentées à fin d'injonction et d'astreinte.
Sur les frais de justice :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête n° 2407158 de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au préfet de la Gironde et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Bordeaux, le 9 décembre 2024.
Le juge des référés,
M. VAQUERO
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026