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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2407225

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2407225

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2407225
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de M. C, qui contestait un arrêté du préfet de la Gironde l'assignent à résidence pour 45 jours. Le juge a écarté les moyens d'incompétence du signataire et d'absence de connaissance de la mesure d'éloignement sous-jacente. Il a également procédé à une substitution de base légale, jugeant que la décision pouvait être fondée sur l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après avoir mis les parties en mesure de présenter leurs observations.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 novembre 2024, M. D C, représenté par Me Lanne, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2024, par lequel le préfet de la Gironde l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours, avec obligation de pointer au commissariat de police de Bordeaux chaque jour à 9h30 et d'être présent à son domicile chaque jour entre 21h00 et 07h00.

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- la compétence du signataire de la décision préfectorale n'est pas établie ;

- il n'a pas eu connaissance de la mesure d'éloignement fondant la décision contestée ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article L. 731-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 novembre 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet au non-lieu à statuer de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant la requérante n'est fondé.

Des pièces complémentaires ont été enregistrées le 2 décembre 2024 et communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bilate, premier conseiller, pour statuer sur les recours présentés sur le fondement de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bilate, qui informe les parties de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la substitution des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers par celles de l'article L. 731-3 du même code.

- et les observations de Me Lanne, représentant de M. C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, précise que les assignations à résidence relevant des dispositions des articles L. 731-1 et L. 731-2 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile et celles relevant à titre dérogatoire de l'article L. 731-3 du même code ne peuvent être prises en vertu du même pouvoir d'appréciation, et verse à l'appui de ce moyen un exemplaire du jugement n°2301570 du tribunal administratif de Nancy.

La clôture de l'instruction a été prononcée ce même jour à 14h00

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, ressortissant sri-lankais né en 1990 a fait l'objet le 27 mai 2024 d'un arrêté du préfet de la Gironde portant retrait de titre de séjour et expulsion du territoire français. Le 22 novembre 2024 à 14 heures 15, le préfet lui a notifié une décision du 14 novembre précédent l'assignant à résidence pour une durée de 45 jours avec obligation de pointer au commissariat de police de Bordeaux chaque jour à 9h30, et d'être présent à son domicile chaque jour entre 21h00 et 07h00. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.

2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par Mme A B, en qualité de secrétaire générale de la préfecture, par délégation du préfet de la Gironde. Cette signataire bénéficie d'une délégation de signature du préfet de la Gironde du 12 novembre 2024 publiée le jour même au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture n° 33-2024-251 à l'effet de signer les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français, avec ou sans délai de départ volontaire, les décisions fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement et portant interdiction du territoire et assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des arrêtés en cause manque en fait et doit être écarté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, la circonstance que M. C n'aurait pas eu connaissance de la décision d'expulsion fondant l'arrêté d'assignation à résidence contesté est sans incidence sur la légalité de celui-ci. Le moyen qui en est tiré doit en conséquence être écarté.

4. En troisième lieu, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

5. Par les dispositions des articles L. 731-1 et L. 731-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le législateur a prévu les hypothèses dans lesquelles l'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, notamment dans le cas où l'étranger fait l'objet d'une décision d'expulsion. Selon l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée ". L'article L. 731-3 de ce code, quant à lui, concerne l'hypothèse où l'autorité administrative peut, à titre dérogatoire, autoriser à se maintenir provisoirement sur le territoire, parce qu'il justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays.

6. Il ressort de l'arrêté contesté que le préfet a fondé celui-ci sur les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, tout en relevant qu'il justifiait sa décision par la circonstance que le requérant était dépourvu de pièce d'identité permettant l'exécution de l'arrêté d'expulsion. Dès lors, il est au nombre des étrangers visés par les dispositions de l'article L. 731-3 du code, qui peuvent être substituées à celles mentionnées dans la décision attaquée. Cette substitution de base légale ne prive le requérant d'aucune garantie, dès lors que la durée de l'assignation n'excède pas la durée de 45 jours prévue à l'article L. 731-3. En outre et au cas d'espèce, l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions, dans la mesure où le 6° de l'article L. 731-1 et le 6° de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile visent l'hypothèse d'une assignation à résidence justifiée par l'exécution d'un arrêté d'expulsion. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être rejeté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées M. C doivent être rejetées, ainsi que les conclusions qu'il présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

X. BILATE

La greffière,

C. GIOFFRE

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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