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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2407228

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2407228

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2407228
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de M. A, un ressortissant marocain, qui contestait l'arrêté du préfet de la Gironde l'assignait à résidence pour 45 jours. Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée, en droit comme en fait, et ne méconnaissait pas l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Il a estimé que les contraintes imposées (pointage quotidien et présence à domicile la nuit) ne portaient pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, sa famille résidant dans le même département. La requête a donc été rejetée dans son intégralité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Boukoulou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2024, notifié le 20 novembre 2024 à 10h10, par lequel préfet de la Gironde l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours avec obligation de pointer à la gendarmerie de Libourne chaque jour à 09h30, et d'être présent à son domicile chaque jour entre 21 et 07 heures ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de prendre en compte le jugement à venir et en conséquence de réexaminer sa situation dans le cadre du recours dirigé contre l'arrêté d'expulsion du 27 mai 2024 dont il fait également l'objet ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation, faisant ainsi une inexacte application des dispositions des articles L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 décembre 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bilate, premier conseiller, pour statuer sur les recours présentés sur le fondement de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bilate été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant marocain né en 1979 est, selon ses déclarations, entré en France en 2010. Le préfet de de la Gironde a pris à son encontre un arrêté en date du 27 mai 2024 portant expulsion du territoire français. Le 20 novembre 2024 à 10 heures 10, le préfet de la Gironde lui a notifié un arrêté du 14 novembre 2024 l'assignant à résidence pour une durée de 45 jours avec obligation de pointer à la gendarmerie de Libourne chaque jour à 09h30 et d'être présent à son domicile chaque jour entre 21 heures et 07 heures.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 6° L'étranger fait l'objet d'une décision d'expulsion ; () ". L'article L. 732-1 du même code dispose que : " Les décisions d'assignation à résidence () sont motivées. ".

3. Le préfet de la Gironde a pris l'arrêté d'assignation à résidence au visa, notamment, de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa décision expose que si M. A ne peut dans l'immédiat regagner son pays d'origine ou se rendre dans un autre pays, son éloignement demeure une perspective raisonnable dès lors qu'un laissez-passer consulaire aura été établi. Il vise également la circonstance que le requérant fait l'objet le même d'un arrêté l'expulsant du territoire. Dans ces conditions, la décision contestée comporte l'exposé des circonstances de fait et de droit qui la fondent, et ne saurait être regardée comme entachée d'un défaut de visa. Par suite les moyens tirés du défaut de motivation et de défaut d'examen sérieux. Pour les mêmes raisons, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir d'une inexacte application des dispositions des articles L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

5. M. A fait valoir qu'il lui est nécessaire de rester en contact avec sa fille et la mère de celles-ci. Toutefois, d'une part il ressort des pièces du dossier que toutes trois résident en tout état de cause dans le département de la Gironde. D'autre part, l'arrêté contesté n'a pas pour objet ni pour effet, par lui-même, de l'éloigner du territoire français mais seulement de fixer une plage horaire pour sa présence à domicile, de lui interdire de quitter le département de la Gironde et de l'obliger à pointer chaque jour à la gendarmerie de Libourne. La décision contestée ne fait donc pas obstacle à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour ces mêmes raisons, la décision contestée n'est pas d'avantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées M. A doivent être rejetées, ainsi que les conclusions qu'il présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

X. BILATE

La greffière,

É. SOURIS

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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