mardi 10 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2407237 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement 72 heures |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 novembre 2024, M. F A B, représenté par Me Thiam, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2024, notifiéle 21 novembre 2024 à 6h24, par lequel le préfet de la Gironde l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours avec obligation de pointer au commissariat de police de Bordeaux chaque jour à 09h30 midi et d'être présent à son domicile chaque jour entre 21 heures et 07 heures ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
M. A B soutient que sa requête est recevable et que :
- la compétence du signataire de la décision préfectorale n'est pas établie ;
- cette décision est insuffisamment motivée en droit et en fait ;
- elle est entachée d'une erreur dans l'application des dispositions de l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à ses libertés d'expression et d'aller et venir ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur le risque de trouble à l'ordre public allégué par le préfet.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 décembre 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bilate, premier conseiller, pour statuer sur les recours présentés sur le fondement de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bilate,
- et les observations de Me Thiam, représentant de M. A B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, et demande le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
La clôture de l'instruction a été prononcée à la suite de ces observations.
Considérant ce qui suit :
1. M. E B, ressortissant tunisien né en 1972, est, selon ses déclarations, entré en France en 2002 de façon régulière. Le préfet de la Gironde a pris à son encontre un arrêté en date du 28 juin 2024 portant expulsion du territoire français. Le 21 novembre 2024 à 06h24, le préfet lui a notifié une décision du 14 novembre 2024 l'assignant à résidence pour une durée de 45 jours avec obligation de pointer au commissariat de police de Bordeaux chaque jour à 09h30 midi, et d'être présent à son domicile chaque jour entre 21 heures et 07 heures. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.
Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A B, il y a de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par Mme C D, en qualité de secrétaire générale de la préfecture, par délégation du préfet de la Gironde. Cette signataire bénéficie d'une délégation de signature du préfet de la Gironde du 12 novembre 2024 publiée le jour même au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture n° 33-2024-251 à l'effet de signer les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français, avec ou sans délai de départ volontaire, les décisions fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement et portant interdiction du territoire et assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des arrêtés en cause manque en fait et doit être écarté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". L'article L. 732-1 du même code dispose que : " Les décisions d'assignation à résidence () sont motivées. ".
5. Le préfet de la Gironde a pris l'arrêté d'assignation à résidence au visa, notamment, de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa décision expose que si M. A B ne peut dans l'immédiat regagner son pays d'origine ou se rendre dans un autre pays, son éloignement demeure une perspective raisonnable dès lors qu'un laissez-passer consulaire aura été établi. Il vise également la circonstance que le requérant fait l'objet le 28 juillet 2023 d'un arrêté lui faisant obligation de quitter le territoire. Dans ces conditions, la décision contestée comporte l'exposé des circonstances de fait et de droit qui la fondent, et ne saurait être regardée comme entachée d'un défaut de visa. Par suite les moyens tirés du défaut de motivation et de visas doivent être écartés.
6. En troisième lieu, le requérant soutient être présent sur le territoire depuis vingt ans et exercer une activité professionnelle, sans produire de pièce de nature à établir la date de l'entrée ou la continuité de son séjour, ni de contrat d'embauche ou de fiche de paie. Par conséquent, la décision l'assignant à résidence dans le département de la Gironde, en lui faisant obligation de pointer au commissariat de police de Bordeaux chaque jour à 09h30 midi et d'être présent à son domicile chaque jour entre 21 heures et 07 heures, n'est pas de nature à porter une atteinte excessive à sa liberté d'aller et venir. En outre, le requérant n'assortit pas le moyen tiré de l'atteinte à sa liberté d'expression de précisions de nature à en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
7. En dernier lieu, l'arrêté contesté étant pris sur le fondement du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de ce que M. A B ne représenterait pas une menace à l'ordre public est inopérant et doit en conséquence être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées M. A B doivent être rejetées, ainsi que les conclusions qu'il présente sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. A B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus de la requête de M. A B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F A B et au préfet de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.
Le magistrat désigné,
X. BILATE
La greffière,
É. SOURIS
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
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Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026