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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2407318

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2407318

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2407318
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationEloignement 72 heures

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Bordeaux rejette la requête de M. D, ressortissant tunisien, qui contestait l'arrêté préfectoral fixant le pays de renvoi. Le juge écarte le moyen d'incompétence du signataire, la délégation de signature étant régulière. Il rejette également le moyen tiré de l'existence d'une demande d'asile en Espagne, faute d'éléments probants fournis par le requérant, et estime que le préfet n'était pas tenu de consulter le fichier Eurodac. La décision s'appuie sur le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 novembre 2024, M. B D, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Bordeaux, représenté par Me Lanne, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2024 par lequel le préfet de la Gironde a fixé le pays à destination duquel il peut être renvoyé ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 11 juillet 1991.

Il soutient que :

- le signataire de la décision attaquée ne justifie pas d'une délégation de signature expresse et explicite et régulièrement publiée ;

- dès lors qu'il a déposé une demande d'asile en Italie, il ne peut pas être éloigné à destination du pays dont il a la nationalité.

Par un mémoire, enregistré le 2 décembre 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Roussel Cera, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Roussel Cera, magistrat désigné ;

- les observations de Me Lanne, représentant M. D, présent à l'audience et assisté par M. A, interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ; il soutient en outre qu'il a en réalité déposé une demande d'asile en Espagne, et non en Italie ; et qu'en application de l'article 17 du règlement (UE) n° 603/2013, le préfet aurait dû consulter le fichier Eurodac.

- le préfet de la Gironde n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, se disant de nationalité tunisienne, demande l'annulation de l'arrêté du 28 novembre 2024 par lequel le préfet de la Gironde a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en application de l'interdiction du territoire français prononcée par le tribunal correctionnel de Bordeaux le 23 juillet 2024.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, par arrêté du 30 septembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs des services de l'Etat en Gironde du même jour, le préfet de la Gironde a donné délégation à Mme C E, cheffe du bureau de l'éloignement et de l'ordre public et signataire de l'arrêté attaqué, l'effet de signer toutes décisions prises en application notamment du livre VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

5. En second lieu, alors que M. D a déjà fait l'objet de deux décisions d'éloignement prises par le préfet de la Mayenne le 22 octobre 2022 et par le préfet des Pyrénées-Atlantiques le 24 juin 2024, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il aurait évoqué le dépôt d'une demande d'asile en Espagne avant le 21 juillet 2024, date de son audition par les forces de police à la suite son interpellation à Bordeaux. S'il est regrettable que, bien qu'il n'y soit pas tenu, le préfet de la Gironde a refusé en l'espèce d'accomplir les diligences permettant de vérifier aisément cette allégation, le requérant ne produit toutefois aucun élément au soutien de celle-ci, telle par exemple qu'une autorisation provisoire de séjour délivrée par l'Espagne dans l'attente de l'examen de sa demande d'asile. Au demeurant, il ne soutient à aucun moment craindre d'être exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et alors que le requérant multiplie les déclarations contradictoires concernant son identité, sa nationalité et sa date d'entrée en France, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 17 du règlement (UE) n° 603/2013 et de l'erreur manifeste d'appréciation dans la fixation du pays de renvoi ne peuvent qu'être rejetés.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, au préfet de la Gironde et à Me Lanne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

R. ROUSSEL CERA La greffière,

M.-A. PRADAL

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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