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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2407322

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2407322

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2407322
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision du 23 septembre 2024 de la commission académique de Bordeaux refusant l'autorisation d'instruction en famille pour l'enfant B. Les requérants invoquaient l'urgence et un doute sérieux sur la légalité de la décision, notamment une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation au regard du code de l'éducation. Le juge a estimé que la demande ne présentait pas un caractère d'urgence ou qu'elle était manifestement mal fondée, permettant un rejet sans instruction ni audience. Les textes appliqués sont les articles L. 521-1 et L. 522-3 du code de justice administrative, ainsi que le code de l'éducation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 décembre 2024, Mme A E et M. C D, représentés par Me Fouret, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 23 septembre 2024 par laquelle la commission de l'académie de Bordeaux compétente en matière d'instruction en famille a rejeté leur recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision de la directrice académique des services de l'éducation nationale de la Dordogne du 26 juillet 2024 refusant l'autorisation d'instruction en famille pour leur fille B au titre de l'année scolaire 2024-2025 ;

2°) d'enjoindre au rectorat de délivrer l'autorisation d'instruire en famille sur le fondement du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation ou, à défaut, de procéder au réexamen de la situation de l'enfant ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'urgence est caractérisée dès lors que la décision litigieuse vient menacer le droit effectif à l'instruction B, le service public ne pouvant proposer des adaptations semblables à celles mises en œuvre au foyer pour favoriser l'instruction et l'épanouissement B, ce qui mettra en péril sa continuité pédagogique ; en outre, l'année scolaire étant largement entamée, une scolarisation contrainte dans une classe évoluant ensemble depuis 3 mois déjà, pour une jeune fille déscolarisée depuis 2 ans, n'est pas de nature à permettre une bonne intégration à l'enfant et, à l'inverse, est de nature à lui créer un refus scolaire ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée ; le projet éducatif permet de répondre à la situation propre B, puisqu'il assure une instruction adaptée à son profil particulier ; le rectorat a entendu contrôler l'appréciation de la situation propre alors même qu'il ne dispose d'aucun pouvoir pour ce faire, la décision est entachée d'erreur de droit ; la décision est entachée d'une erreur de manifeste d'appréciation et méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu :

- la requête enregistrée le 2 décembre 2024 sous le n° 2407321 par laquelle Mme E et M. D demandent l'annulation de la décision contestée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Gay, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A E et M. C D, sont les parents B née le 15 janvier 2019. Le 24 mai 2024, ils ont saisi les services départementaux de l'éducation nationale de Dordogne d'une demande d'autorisation d'instruction en famille pour leur fille au titre de l'année scolaire 2024/2025 au motif tiré de " l'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif ". Par une décision du 26 juillet 2024, la directrice académique des services de l'éducation nationale (DASEN) de la Dordogne a rejeté leur demande. Mme E et M. D ont formé, par un courrier reçu le 19 août 2024, un recours administratif préalable obligatoire devant la commission académique compétente, qui a rejeté ce recours par décision du 23 septembre 2024. Par la présente requête, ils demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la cette décision de rejet prise sur recours administratif préalable obligatoire, laquelle s'est substituée à la décision initiale de la directrice académique des services de l'éducation nationale de la Dordogne.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code justice administrative :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". En vertu de ces dernières dispositions, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête, sans instruction ni audience, notamment lorsqu'elle est dénuée d'urgence, ou qu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci est mal fondée.

3. Pour l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 131-1 du code de l'éducation : " L'instruction est obligatoire pour chaque enfant dès l'âge de trois ans et jusqu'à l'âge de seize ans ". Aux termes de l'article L. 131-2 de ce code : " L'instruction obligatoire () peut () par dérogation, être dispensée dans la famille par les parents, par l'un d'entre eux ou par toute personne de leur choix, sur autorisation délivrée dans les conditions fixées à l'article L. 131-5 ". Aux termes de cet article L. 131-5 : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille () L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant () / 4° L'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, sous réserve que les personnes qui en sont responsables justifient de la capacité de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant à assurer l'instruction en famille dans le respect de l'intérêt supérieur de l'enfant. Dans ce cas, la demande d'autorisation comporte une présentation écrite du projet éducatif, l'engagement d'assurer cette instruction majoritairement en langue française ainsi que les pièces justifiant de la capacité à assurer l'instruction en famille. () ".

5. Pour la mise en œuvre de ces dispositions, dont il résulte que les enfants soumis à l'obligation scolaire sont, en principe, instruits dans un établissement d'enseignement public ou privé, il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à ce que l'instruction d'un enfant dans la famille soit, à titre dérogatoire, autorisée, de rechercher, au vu de la situation de cet enfant, quels sont les avantages et les inconvénients pour lui de son instruction, d'une part dans un établissement d'enseignement, d'autre part, dans la famille selon les modalités exposées par la demande et, à l'issue de cet examen, de retenir la forme d'instruction la plus conforme à son intérêt.

6. En ce qui concerne plus particulièrement les dispositions de l'article L. 131-5 du code de l'éducation prévoyant la délivrance par l'administration, à titre dérogatoire, d'une autorisation pour dispenser l'instruction dans la famille en raison de " l'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif ", ces dispositions, telles qu'elles ont été interprétées par la décision n° 2021-823 DC du Conseil constitutionnel du 13 août 2021, impliquent que l'autorité administrative, saisie d'une telle demande, contrôle que cette demande expose de manière étayée la situation propre à cet enfant motivant, dans son intérêt, le projet d'instruction dans la famille et qu'il est justifié, d'une part, que le projet éducatif comporte les éléments essentiels de l'enseignement et de la pédagogie adaptés aux capacités et au rythme d'apprentissage de cet enfant, d'autre part, de la capacité des personnes chargées de l'instruction de l'enfant à lui permettre d'acquérir le socle commun de connaissances, de compétences et de culture défini à l'article L. 122-1-1 du code de l'éducation au regard des objectifs de connaissances et de compétences attendues à la fin de chaque cycle d'enseignement de la scolarité obligatoire.

7. Il ressort des pièces du dossier que le projet éducatif de la jeune B est motivé par l'adaptation de l'éducation, de la pédagogie et de l'enseignement des programmes aux besoins individuels de l'enfant, à ses capacités et à son rythme d'apprentissage. La décision contestée est, quant à elle, notamment fondée sur le fait que le respect du rythme, de la sensibilité et des besoins de l'enfant ne correspond pas à une situation qui présenterait des besoins particuliers qui justifieraient qu'il soit dérogé au principe de l'instruction au sein d'un établissement d'enseignement public ou privé et sur l'absence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif. Pour justifier de l'urgence à suspendre cette décision, les requérants font valoir que le service public ne peut proposer des adaptations semblables à celles mises en œuvre au foyer pour favoriser l'instruction et l'épanouissement B, ce qui mettrait en péril sa continuité pédagogique et qu'eu égard au commencement des enseignements, une scolarisation contrainte dans une classe évoluant ensemble depuis trois mois déjà, pour une jeune fille déscolarisée depuis deux ans, n'est pas de nature à permettre une bonne intégration à l'enfant et, à l'inverse, serait de nature à lui créer un refus scolaire. Par ces seuls éléments, alors que la décision contestée date du 23 septembre 2024, les requérants n'établissent pas l'existence d'une atteinte grave et immédiate à l'intérêt de leur fille, justifiant que, dans l'attente d'un jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision attaquée soit suspendue. Dès lors, la condition d'urgence requise par l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas satisfaite.

8. Il y a lieu, par conséquent, de rejeter les conclusions présentées par Mme E et M. D aux fins de suspension ainsi que celles présentées à fin d'injonction, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code justice administrative :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme dont Mme E et M. D demandent le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête n° 2407322 présentée par Mme E et M. D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A E et M. C D.

Copie sera transmise pour information à l'académie de Bordeaux.

Fait à Bordeaux, le 2 décembre 2024.

Le juge des référés,

Mme Gay

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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