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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2407329

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2407329

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2407329
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté du 4 octobre 2024 par lequel la maire de Listrac-Médoc s'est opposée à la déclaration préalable de la société Hivory pour la construction d'un pylône de téléphonie mobile. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas établie, la société requérante ne justifiant pas d'un intérêt public ou privé suffisant et immédiat nécessitant une suspension. Par ailleurs, aucun des moyens soulevés, notamment ceux tirés de l'absence de procédure contradictoire préalable au retrait d'une décision tacite ou de l'erreur d'appréciation sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 décembre 2024, la société Hivory, représentée par Me Bon-Julien, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 4 octobre 2024 par laquelle la maire de Listrac-Médoc s'est opposée à la déclaration préalable qu'elle avait déposée le 11 septembre 2024 pour la construction d'une clôture et la pose d'un pylône de 36 mètres avec armoires techniques sur une parcelle cadastrée section 0F n° 790 située au lieu-dit " Pingard " ;

2°) d'enjoindre au maire de Listrac-Médoc à titre principal, de délivrer un certificat provisoire de non-opposition à sa déclaration préalable et, à titre subsidiaire, de prendre un arrêté provisoire de non-opposition, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Listrac-Médoc le versement d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile, à ses propres intérêts et aux intérêts de la société SFR qui a pris des engagements vis-à-vis de l'Etat quant à la couverture du territoire par son réseau ;

- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée ; la décision du 4 octobre 2024, notifiée le 15 octobre 2024, qui doit être regardée comme une décision de retrait, a été prise en méconnaissance de la procédure instaurée par les dispositions de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration ; en effet, à la date de la notification de la décision attaquée, elle était titulaire d'une décision tacite de non opposition en vertu de l'article R. 424-1 du code de l'urbanisme, au 10 octobre 2024 ou à tout le moins le 11 octobre 2024 ; le maire ne pouvait s'opposer à la déclaration préalable au motif que la simulation de l'exposition aux champs magnétiques, qui est exigée par le code des postes et des communications électroniques, n'a pas été fournie dès lors que ce document n'est pas une des pièces requises par l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme ; en l'absence de tout élément circonstancié de nature à justifier l'opposition à la déclaration préalable sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, le motif tiré de ce que le projet serait de nature à porter atteinte à la salubrité publique, opposé par le maire, est entaché d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit.

Par un mémoire, enregistré le 9 décembre 2024, la commune de Listrac-Médoc, représentée par son maire, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la société Hivory d'une somme de 3 000 sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a accusé réception du dossier de déclaration préalable le 11 septembre 2024 ;

- la société requérante n'a pas respecté la procédure préalable de dépôt prévue par l'article 1er de la loi n° 2015-139 du 9 février 2015 et n'a pas communiqué la simulation de l'exposition aux champs électromagnétiques générées par l'installation concernée par le dossier conformément à l'article R. 20-29 du code des postes et des communications électroniques ;

- le 9 octobre 2024, elle a notifié, par voie dématérialisée via la saisine par voie électronique (SVE), son opposition à cette déclaration préalable ; la décision en litige ne peut donc être regardée comme une décision de retrait dès lors que la décision d'opposition à déclaration préalable a été notifiée dans les délais impartis.

Vu :

- la requête enregistrée le 2 décembre 2024 sous le n° 2407328 par laquelle la société Hivory demande l'annulation de la décision du 4 octobre 2024 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code des postes et communications électroniques ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Gay, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le mardi 10 décembre 2024 à 14h30, en présence de Mme Gioffré, greffière d'audience, Mme Gay a lu son rapport et entendu :

- Me Le Rouge de Guerdavid, représentant la société Hivory, qui confirme ses écritures.

- Mme A, maire de la commune de Listrac-Médoc, qui confirme ses écritures.

La clôture de l'instruction a eu lieu à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le 11 septembre 2024, la société Hivory a déposé une déclaration préalable en vue de la construction d'une clôture et la pose d'un pylône de 36 mètres avec armoires techniques sur une parcelle cadastrée section 0F n° 790 située au lieu-dit " Pingard ". Par une décision du 4 octobre 2024, la maire de Listrac-Médoc s'est opposée à cette déclaration préalable. La société Hivory demande au juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Pour justifier de l'urgence, la SAS Hivory, qui assure le déploiement et la maintenance d'infrastructures passives de télécommunications, fait valoir que la zone concernée par l'implantation de l'antenne-relais de radiotéléphonie mobile en litige n'est que partiellement couverte par les réseaux de téléphonie mobile de la société SFR, avec laquelle elle est liée contractuellement. Elle produit à cet effet des cartes de couverture, tant au niveau du réseau 4G que du réseau 5G, montrant l'existence de parties faiblement couvertes ainsi qu'une amélioration sensible de la couverture dans l'hypothèse de l'installation de l'antenne en litige. Dans ces conditions, la couverture partielle de la zone en litige, qui n'est pas contestée par la commune, doit être considérée comme établie. Eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile, et à la finalité de l'infrastructure projetée, qui a vocation à être exploitée par un opérateur ayant souscrit des engagements avec l'Etat et dont les réseaux ne couvrent que partiellement la zone en litige, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

5. Aux termes de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la déclaration comprend : / a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; / b) Un plan de masse coté dans les trois dimensions lorsque le projet a pour effet de créer une construction ou de modifier le volume d'une construction existante ; / c) Une représentation de l'aspect extérieur de la construction faisant apparaître les modifications projetées et si le projet a pour effet de modifier celui-ci ; / d) Le justificatif de dépôt de la demande d'autorisation prévue à l'article R. 244-1 du code de l'aviation civile lorsque le projet porte sur une construction susceptible, en raison de son emplacement et de sa hauteur, de constituer un obstacle à la navigation aérienne. / Il est complété, s'il y a lieu, par les documents mentionnés aux a et b de l'article R. 431-10, à l'article R. 431-14, aux a, b, c, g, q et r de l'article R. 431-16 et aux articles R. 431-18, R. 431-18-1, R. 431-21, R. 431-23-2, R. 431-25, R. 431-31 à R. 431-33 et R. 431-34-1. / () Ces pièces sont fournies sous l'entière responsabilité des demandeurs. / Lorsque la déclaration porte sur un projet de création ou de modification d'une construction et que ce projet est visible depuis l'espace public ou que ce projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le dossier comprend également les documents mentionnés aux c et d de l'article R. 431-10. / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente ". En vertu du principe de l'indépendance des législations, il n'appartient pas à l'autorité en charge de la délivrance des autorisations d'urbanisme de veiller au respect de la réglementation des postes et communications électroniques, qui est sans application dans le cadre de l'instruction des déclarations ou demandes d'autorisation d'urbanisme, pour lesquelles le contenu du dossier de demande est défini par les dispositions de la partie réglementaire du code de l'urbanisme.

6. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".

7. Les moyens tirés de la méconnaissance des articles R. 431-36 et R. 111-2 du code de l'urbanisme, tels qu'ils ont été visés et analysés ci-dessus sont propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du 4 octobre 2024.

8. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, en l'état de l'instruction, aucun des autres moyens n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

9. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant réunies, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 4 octobre 2024 du maire de la Listrac-Médoc, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. En l'état de l'instruction, l'exécution de la présente ordonnance implique nécessairement qu'il soit enjoint au maire de Listrac-Médoc de reprendre l'instruction de la déclaration préalable déposée le 11 septembre 2024 et de statuer à nouveau sur cette demande dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances particulières de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Listrac-Médoc la somme que la société Hivory demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la société requérante, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la commune de Listrac-Médoc une somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 4 octobre 2024 du maire de Listrac-Médoc est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Listrac-Médoc de reprendre l'instruction de la déclaration préalable déposée le 11 septembre 2024 et de statuer à nouveau sur cette demande dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Hivory et à la commune de Listrac-Médoc.

Fait à Bordeaux, le 10 décembre 2024.

La juge des référés,

N. Gay

La greffière,

C. Gioffré

La République mande et ordonne au préfet de Gironde en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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