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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2407362

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2407362

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2407362
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite de rejet de la demande d'abrogation d'une interdiction de retour sur le territoire français (IRTF) de trois ans. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas caractérisée, le requérant n'établissant pas une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation personnelle ou à celle de son épouse. La requête a été rejetée par une ordonnance motivée, sans audience, en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 décembre 2024, M. C A, représenté par Me Debril, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet de sa demande, reçue le 15 mai 2024, d'abrogation de la décision du 7 janvier 2023 prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de prononcer l'abrogation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français et de signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, ou à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que depuis son retour en Algérie le 13 décembre 2023, son épouse de nationalité française et lui sont contraints de vivre séparément, ce qui préjudicie à l'état de santé et à la situation financière de son épouse ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ; la décision est entachée d'un défaut de motivation, le préfet n'ayant pas répondu à sa demande de communication des motifs de la décision contestée, présentée en application de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, par courrier du 26 septembre 2024 reçu par les services de la préfecture le 11 octobre 2024 ; le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ; la décision méconnait l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- la requête enregistrée le 3 décembre 2024 sous le n° 2407361 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision contestée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Gay, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 7 janvier 2023, le préfet de la Gironde a obligé M. C A, né le 11 octobre 1992, de nationalité algérienne, à quitter le territoire sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans à compter de l'exécution de la décision. Par un courrier daté du 13 mai 2024, reçu le 15 mai 2024, M. A a demandé au préfet de la Gironde d'abroger l'interdiction de retour sur le territoire français. Il demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé sur sa demande.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ". L'article L. 522-3 dudit code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ". En vertu de ces dernières dispositions, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête, sans instruction ni audience, notamment lorsqu'elle est dénuée d'urgence, ou qu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci est mal fondée.

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.

4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 7 janvier 2023 par lequel le préfet de la Gironde a prononcé à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français a été notifié le jour même avec la mention des voies et délais de recours. M. A avait nécessairement connaissance de cette interdiction du territoire lorsqu'il s'est marié le 18 novembre 2023. Il n'a pas contesté cet arrêté et ne l'a exécuté, selon ses déclarations, que le 13 décembre 2023, et doit, dans cette mesure, être regardé comme s'étant lui-même placé dans la situation qu'il déplore. Pour justifier l'urgence d'une suspension de l'exécution de la décision implicite rejetant sa demande d'abrogation de l'interdiction de retour sur le territoire, présentée le 15 mai 2024, il invoque les conséquences de la séparation de son couple sur l'état de santé de son épouse et sa situation financière. Les circonstances ainsi invoquées ne sont pas de nature à justifier que l'exécution de la décision contestée porterait atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à sa situation et il n'établit donc pas l'existence d'une situation d'urgence au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

5. Il résulte de ce qui précède qu'en l'absence d'urgence, et sans qu'il soit besoin d'examiner s'il existe, au regard des moyens invoqués, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, il y a lieu de rejeter, par application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, les conclusions de la requête de M. A présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête n° 2407362 de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A.

Copie sera transmise pour information au préfet de la Gironde.

Fait à Bordeaux, le 4 décembre 2024.

La juge des référés,

N. Gay

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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