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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2407372

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2407372

lundi 16 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2407372
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationEloignement 72 heures

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de M. B C, ressortissant turc, qui contestait le refus de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil suite à sa demande de réexamen d'asile. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence du signataire et d'inconventionnalité, estimant que la directive 2013/33/UE était transposée en droit interne. Il a jugé la décision suffisamment motivée et a considéré que l'OFII n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant les conditions matérielles d'accueil, le requérant n'apportant pas la preuve de sa vulnérabilité particulière. La solution s'appuie sur les articles L. 551-15 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 décembre 2024, M. B C, représenté par Me Lanne, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 27 novembre 2024 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à titre principal, de l'admettre au bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 27 novembre 2024 date à laquelle il a déposé sa demande de réexamen ou à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît le 1° de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- elle est insuffisamment motivée sur sa vulnérabilité ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est particulièrement vulnérable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les requêtes dirigées contre des décisions mettant fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou refusant de les rétablir.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- et les observations de Me Chevallier Chiron, substituant Me Lanne représentant M. C qui reprend les écritures de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant turque, a déposé une demande de réexamen de demande d'asile auprès de la préfecture de la Gironde le 27 novembre 2024. En raison de ce que l'intéressé a déposé une demande de réexamen, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil par une décision du 27 novembre 2024. Par la requête visée ci-dessus, M. C demande l'annulation de cette décision.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par une décision du 11 juillet 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a consenti à M. D A une délégation à l'effet de signer toute décision se rapportant aux missions dévolues à la direction territoriale de Bordeaux telles que définies par la décision du 15 mars 2023, parmi lesquelles les décisions délivrant ou refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ayant été transposé en droit interne, M. C ne peut utilement soutenir que la décision en litige méconnait ces dispositions. Le moyen tiré de l'inconventionnalité de l'acte litigieux doit donc être écarté.

5. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Selon l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".

6. D'une part, la décision vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et indique que l'intéressé ne peut se voir accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile. Ainsi, la décision comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

7. D'autre part, si M. C soutient qu'il souffre de problèmes de santé le certificat médical produit indique seulement qu'il souffre d'un abcès et qu'il est asthmatique et prend de la Ventoline. En outre, il a déclaré lors de l'entretien de vulnérabilité du 27 novembre 2024 que des membres de sa famille vivaient en France notamment un frère, un oncle et un neveu. Enfin, il est constant que M. C est célibataire et sans enfant à charge. Dès lors, il ne produit dans la présente instance aucun élément de nature à établir qu'il serait particulièrement vulnérable. Il s'ensuit que M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant les conditions matérielles d'accueil serait entachée d'une erreur de droit ni d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 27 novembre 2024. Par voie de conséquence, les conclusions à fins d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : M. C est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à l'Office français de l'immigration de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

D. E

La greffière,

C. Gioffré

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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