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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2407914

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2407914

mardi 30 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2407914
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL BRUNEAU ET FAGOT AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de Mme B..., ressortissante équato-guinéenne, qui contestait l'arrêté préfectoral du 19 novembre 2024 lui refusant un titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français. La requérante invoquait une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a estimé que l'atteinte à sa vie privée et familiale n'était pas excessive, compte tenu de son arrivée récente en France et de ses attaches dans son pays d'origine. Il a également jugé que la décision ne portait pas atteinte à l'intérêt supérieur de sa fille mineure, qui pouvait l'accompagner.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 décembre 2024, Mme A... C... B..., représentée par Me Bruneau, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 19 novembre 2024 par laquelle le préfet de Lot-et-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d’un mois ;

2°) d’enjoindre au préfet de Lot-et-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision litigieuse méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 février 2025, le préfet de Lot-et-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu’aucun des moyens soulevés n’est fondé.

Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 4 février 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Péan a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

Mme B..., ressortissante equato guinéenne, née le 11 décembre 1995, déclare être entrée en France le 27 décembre 2022 accompagnée de sa fille, née le 5 août 2021. L’Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande d’asile et celle de sa fille par des décisions du 17 juin 2024, confirmées par des décisions de la Cour nationale du droit d’asile du 31 octobre 2024. Par une décision du 19 novembre 2024, le préfet de Lot-et-Garonne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d’un mois, a fixé le pays de renvoi, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an. Par la présente requête, Mme B... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

Il ressort des pièces du dossier que Mme B..., entrée récemment sur le territoire français, ne justifie pas de relations anciennes et stables en France. Par ailleurs, l’intéressée a vécu dans son pays d’origine jusqu’à l’âge de vingt-sept ans et n’établit ni même n’allègue y être dépourvue d’attaches. Enfin, si elle fait état d’un contrat à durée indéterminée à temps partiel signé le 1er mai 2024 et se prévaut de bulletins de salaires à compter du mois de mai 2024 en qualité d’agente de service, ces seuls éléments ne suffisent pas à démontrer le caractère excessif de l’atteinte portée au droit au respect de sa vie privée et familiale en France compte tenu des buts poursuivis par la mesure d’éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En second lieu, aux termes de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ». Il résulte de ces stipulations que, dans l’exercice de son pouvoir d’appréciation, l’autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l’intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

La décision litigieuse n’a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme B... de sa fille mineure, qui a vocation à accompagner sa mère en Guinée Equatoriale où elle pourra poursuivre sa scolarité. Par ailleurs, ainsi qu’il a été dit au point 1, leurs demandes d’asile ont été rejetées par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile. Il n’est donc pas porté atteinte à l’intérêt supérieur de l’enfant de la requérante au sens des stipulations précitées, de sorte que le moyen doit être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B... tendant à l’annulation de la décision du 19 novembre 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction, et celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... C... B... et au préfet de Lot-et-Garonne.


Délibéré après l’audience du 16 septembre 2025 à laquelle siégeaient :

Mme Chauvin, présidente,
Mme Péan, première conseillère,
Mme Lorrain Mabillon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2025.


La rapporteure,

C. PEAN
La présidente,

A. CHAUVIN

La greffière,

C. JANIN




La République mande et ordonne au préfet de Lot-et-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,


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