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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2500104

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2500104

mercredi 2 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2500104
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL RAMURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux était saisi d'une demande d'exécution du jugement n° 2102945 du 21 juin 2023, qui avait condamné des personnes physiques et une société privée (GAEC) à verser 800 euros à une CUMA et à une commune. La solution retenue est le rejet de la demande d'exécution forcée. Le tribunal a jugé que les dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative ne permettent d'enjoindre des mesures d'exécution qu'à l'encontre des personnes morales de droit public ou des organismes privés chargés d'un service public, ce qui n'est pas le cas des défendeurs. Par conséquent, la demande est irrecevable, et la commune, qui dispose du pouvoir d'émettre un titre exécutoire, ne peut pas non plus solliciter une injonction du juge administratif.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une demande, enregistrée le 26 juin 2024, la coopérative d'utilisation de matériel agricole (CUMA) vitivinicole de l'Engranne, représentée par Me Baltazar, a demandé qu'il soit enjoint à M. D, M. I, M. H, Mme E, M. J et à la société GAEC des Abeilles de l'Engranne de prendre les mesures qu'implique l'exécution du jugement n° 2102945 du 21 juin 2023, par lequel le tribunal administratif de Bordeaux les a condamnés à lui verser une somme globale de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par une ordonnance en date du 14 janvier 2025, le président du tribunal administratif a décidé l'ouverture d'une procédure juridictionnelle.

Par un courrier du 23 janvier 2025, M. D, M. I, M. H, Mme E, M. J et le GAEC des abeilles de l'Engranne, représentés par Me Akpo, indiquent que M. I prendra en charge la somme de 800 euros.

Après communication du relevé d'identité bancaire du compte Carpa par la requérante le 31 janvier 2025, une demande de pièces, en date du 26 février 2025, a été effectuée par le tribunal tendant à produire un justificatif de paiement de la somme de 800 euros.

Par un mémoire du 7 avril 2025, la commune de Rauzon demande également l'exécution du jugement et d'enjoindre à M. D, M. I, M. H, Mme E, M. J, et la société GAEC des Abeilles de l'Engranne de lui verser la somme de 800 euros.

Par courrier du 18 avril 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la commune de Rauzan tendant à ce que le tribunal enjoigne à M. D et autres à lui verser la somme de 800 euros en exécution du jugement n° 2102945 du 21 juin 2023 du tribunal administratif de Bordeaux dès lors qu'elle n'est pas recevable à demander au juge de prononcer une mesure qu'elle a le pouvoir de prendre, en émettant un titre exécutoire à l'encontre de ses débiteurs.

Par courrier du 22 mai 2025, les parties ont été informées de ce que le tribunal est susceptible, dans l'affaire citée en référence, de relever d'office le moyen suivant tiré de l'irrecevabilité de la demande d'exécution dirigée contre des personnes privées non chargées de la gestion d'un service public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure civile d'exécution ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cabanne,

- les conclusions de M. Frézet, rapporteur public,

- et les observations de Me Lagarde pour la CUMA vitivinicole de l'Engranne et la commune de Rauzan.

Considérant ce qui suit :

1. Par jugement n° 2102945 du 21 juin 2023, le tribunal administratif de Bordeaux a condamné M. D, M. I, M. H, Mme E, M. J, et la société GAEC des Abeilles de l'Engranne à verser à la coopérative d'utilisation de matériel agricole vitivinicole de l'Engranne une somme globale de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

2. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Aux termes de l'article L. 911-4 du même code : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander au tribunal administratif ou à la cour administrative d'appel qui a rendu la décision d'en assurer l'exécution. / () Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte. / Le tribunal administratif ou la cour administrative d'appel peut renvoyer la demande d'exécution au Conseil d'Etat "

3. Il résulte des termes des articles L. 911-1 et suivants que le tribunal administratif ne peut définir les mesures nécessaires pour assurer l'exécution d'une décision rendue par une juridiction administrative qu'à l'encontre des personnes morales de droit public ou organismes de droit privé chargés de la gestion d'un service public. En particulier, ces dispositions n'ont pas eu pour objet de créer, à l'encontre des personnes privées n'entrant pas dans leur champ d'application et pour l'exécution d'une obligation de payer, un régime d'astreinte qui se substituerait ou s'ajouterait aux voies d'exécution de droit commun.

4. Il suit de là que la demande d'exécution présentée par la CUMA vitivinole de l'Engranne. contre les cinq personnes physiques et la société GAEC des Abeilles de l'Engranne, qui ne sont ni des personnes morales de droit public ni des organismes de droit privé chargés de la gestion d'un service public, ne peut être accueillie.

5. Par un mémoire produit en cours d'instance, la commune de Rauzan a également sollicité l'exécution du jugement n° 2102945 du 21 juin 2023, lequel a mis à la charge des personnes physiques précitées et du GAEC des Abeilles de l'Engranne une somme globale de 800 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

6. Aux termes de l'article 1er du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 : " Les dispositions du titre Ier du présent décret sont applicables aux administrations publiques () mentionnées aux 1° à 5° suivants () : 2° Les collectivités territoriales () ". Aux termes de l'article 23 du même décret : " Les recettes comprennent les produits des impositions de toutes nature, les produits résultant de conventions ou de décisions de justice () / Les impositions de toute nature et produits mentionnés ci-dessus sont liquidés et recouvrés dans les conditions prévues par le code général des impôts, le livre des procédures fiscales, le code des douanes et, le cas échéant, par les autres lois et règlements ". Selon l'article 28 dudit décret : " L'ordre de recouvrer fonde l'action de recouvrement. Il a force exécutoire dans les conditions prévues par l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales./ Le comptable public muni d'un titre exécutoire peut poursuivre l'exécution forcée de la créance correspondante auprès du redevable, dans les conditions propres à chaque mesure d'exécution./ Le cas échéant, il peut également poursuivre l'exécution forcée de la créance sur la base de l'un ou l'autre des titres exécutoires énumérés par l'article L. 111-3 du code des procédures civiles d'exécution ". Aux termes de L. 111-3 du code des procédures civiles d'exécution : " Seuls constituent des titres exécutoires : 1° Les décisions de juridictions de l'ordre judiciaire ou de l'ordre administratif lorsqu'elles ont force exécutoire () ".

7. Outre qu'aucune phase administrative n'a été mise en œuvre, la commune de Rauzan n'est pas recevable à demander au juge de prononcer une mesure qu'elle a le pouvoir de prendre, en émettant un titre exécutoire à l'encontre de leurs débiteurs, conformément aux dispositions précitées.

D E C I D E :

Article 1er : La demande de la CUMA vitivinole de l'Engranne est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Rauzan sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la coopérative d'utilisation de matériel agricole vitivinicole de l'Engranne, à M. F D, M. G I, M. B H, Mme A E, M. C J, à la société GAEC des Abeilles de l'Engranne et à la commune de Rauzan.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Cabanne, président,

M. Pinturault, premier conseiller,

M. Fernandez, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2025.

La présidente-rapporteure,

C. CABANNE

L'assesseur le plus ancien,

M. PINTURAULT

La greffière,

M-A. PRADAL

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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