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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2500189

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2500189

jeudi 20 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2500189
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantHUGON

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a examiné les requêtes de M. B..., ressortissant afghan, contestant un refus de titre de séjour et une obligation de quitter le territoire français. Le tribunal a annulé l'arrêté du 22 juillet 2024, estimant que le préfet de la Gironde avait commis une erreur d'appréciation en ne délivrant pas un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de la situation personnelle et familiale de l'intéressé. En conséquence, l'obligation de quitter le territoire français, la fixation du pays de destination et l'interdiction de retour ont été annulées par voie de conséquence. Le tribunal a enjoint au préfet de délivrer une carte de séjour temporaire "vie privée et familiale" dans un délai d'un mois, sans astreinte, et a mis à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête n° 2500189 enregistrée le 13 janvier 2025, M. A... B..., représenté par Me Hugon, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision implicite de refus de délivrance d’un titre de séjour née du silence gardé par le préfet de la Gironde pendant un délai de quatre mois sur sa demande tendant à la délivrance d’un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, présentée le 5 juillet 2024 ;

2°) d’enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d’astreinte et de lui délivrer, dans l’attente de cet examen, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros HT, soit 1 813 euros TTC, à verser à son conseil en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.

Il soutient que :
- la décision litigieuse est dépourvue de motivation, le préfet n’ayant pas répondu à la demande de communication de ses motifs adressée le 14 novembre 2024 ;
- cette décision est entachée d’une erreur d’appréciation dans l’application des dispositions de l’article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision méconnaît les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête n° 2500189 a été communiquée au préfet de la Gironde, qui n’a pas produit de mémoire en défense mais a produit une pièce enregistrée le 27 janvier 2025.


II. Par une requête n° 2501263, des pièces complémentaires et un mémoire, enregistrés le 24 février 2025, le 11 avril 2025 et le 8 novembre 2025, M. A... B..., représenté par Me Hugon, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 22 juillet 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de cinq ans ;

2°) d’enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d’astreinte et de lui délivrer, dans l’attente de cet examen, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;

3°) d’enjoindre au préfet de la Gironde de procéder à l’effacement de son signalement dans le système d’information Schengen et de lui en transmettre la preuve dans un délai de quinze jours ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros HT, soit 1 813 euros TTC, à verser à son conseil en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.

Il soutient que :

- l’arrêté du 22 juillet 2024 litigieux ne lui a été transmis que le 27 janvier 2025, la notification initiale de cet arrêté ayant été adressée à une adresse erronée et d’ailleurs différente de celle mentionnée sur l’arrêté, qui est sa véritable adresse et était donc connue de la préfecture, de sorte que sa requête est recevable ;

Sur l’ensemble des décisions attaquées :

Sur la décision portant refus de délivrance d’un titre de séjour :
- cette décision est entachée d’un défaut d’examen sérieux de sa situation ;
- cette décision est entachée d’une erreur d’appréciation dans l’application des dispositions de l’article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision méconnaît les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est illégale par voie de conséquence de l’illégalité de la décision lui refusant la délivrance d’un titre de séjour ;
- cette décision a été implicitement abrogée par la délivrance d’une attestation de prolongation d’instruction le 11 juillet 2025 et le courrier du 6 août 2025 lui demandant de compléter sa demande de titre de séjour ;

Sur la décision fixant le pays de destination :
- cette décision méconnaît les dispositions de l’article 3, point 4 de la directive 2008/115 du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier dès lors qu’il ne fixe pas explicitement le pays de destination ;
- cette décision méconnaît les objectifs de la directive précitée dès lors qu’elle n’exclut pas expressément un retour vers l’Afghanistan, son pays d’origine, alors que l’Emirat Islamique d’Afghanistan n’a pas été reconnu par la France ;
- cette décision méconnaît les dispositions de l’article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant interdiction de retour pendant une durée de cinq ans :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- cette décision est entachée d’une erreur de droit au regard des dispositions de l’article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l’administration n’a pas pris en compte chacun des quatre critères énoncés par cet article ;
- cette décision est entachée d’une erreur d’appréciation dans l’application des dispositions du même article et méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête n° 2501263 a été communiquée au préfet de la Gironde, qui n’a pas produit de mémoire en défense mais a produit une pièce enregistrée le 21 mars 2025.


III. Par une requête n° 2507707 enregistrée le 8 novembre 2025, M. A... B..., représenté par Me Hugon, demande au tribunal :

1°) de l’admettre provisoirement au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;

2°) d’annuler l’arrêté du 6 novembre 2025 par lequel le préfet de la Gironde l’a assigné à résidence pendant une durée de 45 jours ;

3°) d’enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour jusqu’à ce qu’une décision soit prise concernant sa demande de titre de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.

Il soutient que :
- l’arrêté litigieux méconnaît les dispositions des articles L. 732-7 et R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la mesure d’éloignement dont il fait l’objet a été implicitement abrogée par la délivrance d’une attestation de prolongation d’instruction le 11 juillet 2025 et le courrier du 6 août 2025 lui demandant de compléter sa demande de titre de séjour ;
- l’arrêté attaqué est illégal par voie de conséquence de l’illégalité de la mesure d’éloignement dont il fait l’objet ;
- cet arrêté est entaché d’une erreur d’appréciation quant à la fixation des modalités de l’assignation à résidence dès lors que ces modalités l’empêchent de se rendre au travail.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2025, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B... ne sont pas fondés.


M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 11 février 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.


Le président du tribunal a désigné Mme Jaouën, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l’article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus, au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Jaouën, qui a informé les parties, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office, tiré de l’irrecevabilité des conclusions à fin d’annulation de la décision implicite de refus de titre de séjour, qui sont dirigées contre une décision inexistante ;
- et les observations orales de Me Hugon, représentant M. B..., également présent, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.

Le préfet de la Gironde n’étant ni présent ni représenté, la clôture de l’instruction a été prononcée après ces observations.


Considérant ce qui suit :

1. M. A... B..., né le 21 mars 2006, de nationalité afghane, a déposé le 5 juillet 2024 une demande de titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 22 juillet 2024, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a décidé qu’il pourrait être reconduit d’office vers le pays de son choix non membre de l’Union européenne ou avec lequel ne s’applique pas l’acquis de Schengen où il est légalement admissible et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de cinq ans. Par un arrêté du 6 novembre 2025, le préfet de la Gironde a assigné M. B... à résidence pour une durée de 45 jours. Dans le cadre de la présente instance, M. B... demande au tribunal d’annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de la Gironde sur sa demande de titre de séjour présentée le 5 juillet 2025 ainsi que l’ensemble des décisions contenues dans les arrêtés précités du 22 juillet 2024 et du 6 novembre 2025.

2. Les trois requêtes susvisées concernent la situation d’un même requérant et présentent à juger des questions semblables. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.


Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ».

4. M. B... ayant obtenu, par une décision du 11 février 2025, le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale au titre de l’action unique que constituent les trois requêtes susvisées, il n’y a pas lieu de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire au titre de la requête n° 2507707.


Sur la recevabilité des conclusions à fin d’annulation de la décision implicite de refus de titre de séjour :

5. Aux termes de l’article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ». Aux termes de l’article R. 432-2 du même code : « La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois (…) ».

6. Le délai de quatre mois prévu par les dispositions précitées n’était pas écoulé lors de l’édiction de l’arrêté du 24 juillet 2024, qui refuse explicitement la délivrance d’un titre de séjour à M. B..., de sorte qu’aucune décision implicite de rejet n’est née sur la demande de titre de séjour formée par M. B... le 5 juillet 2024. Ses conclusions à fin d’annulation de la décision implicite de refus de titre de séjour qui serait née du silence gardé par le préfet de la Gironde sur sa demande de titre de séjour sont donc dirigées contre une décision inexistante et doivent être rejetées comme irrecevables.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

7. Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

8. Le préfet de la Gironde ne remet en cause ni dans les arrêtés litigieux, ni dans ses écritures en défense, l’authenticité, qui est présumée jusqu’à preuve du contraire, de l’acte de naissance produit par le requérant, dont il résulte que M. B... est né le 21 mars 2006. Ce dernier a été placé à l’aide sociale à l’enfance par une ordonnance de placement provisoire du 15 février 2018, renouvelée pour six mois par une ordonnance aux fins de placement provisoire du juge des enfants au tribunal de grande instance de C... du 1er mars 2018, alors qu’il était âgé de près de douze ans, avec ses frères Faisal et Aimal, nés respectivement en 2002 et 2004 aux motifs que leur père a quitté la France et demeure introuvable, que leur belle-mère, qui indiquait avoir élevé les trois enfants depuis leur plus jeune âge et demandait à les prendre en charge, ne bénéficiait pas de conditions de logement permettant l’accueil de trois enfants supplémentaires et rencontrait des difficultés à répondre aux besoins de la demi-sœur du requérant, Mojda, née en 2012 et que la séparation entre sa belle-mère et son père était entourée d’un contexte de violence extrême. Par un jugement du tribunal pour enfants de C... du 31 juillet 2019, le placement auprès de l’aide sociale à l’enfance du requérant a été maintenu, ainsi que celui des deux enfants de sa belle-mère, nés en 2012 et 2018. Il ressort des pièces du dossier que ce placement a été maintenu jusqu’à sa majorité, puis qu’il a bénéficié d’un contrat jeune majeur. Par ailleurs, M. B... a suivi un CAP Carrossier automobile à compter de l’année 2023-2024, avec sérieux, ainsi qu’en attestent ses bulletins de notes, et était employé, à la date de la décision attaquée dans le cadre d’un contrat d’apprentissage devant se dérouler du 13 juillet 2023 au 31 août 2026 en qualité de carrossier. Le responsable des ressources humaines de l’entreprise qui l’emploie a attesté, le 20 décembre 2024, de l’intégration dans l’équipe de M. B..., dont le travail est jugé satisfaisant, de son assiduité, de sa curiosité et de sa rigueur. En outre, la structure qui l’accueille depuis le 28 novembre 2023 atteste, par un rapport du 24 juin 2024, de la maturité et de l’autonomie de M. B..., de sa conscience des enjeux liés à la citoyenneté et à son intégration sur le sol français, de ce qu’il est régulièrement en lien avec les professionnels du service et se saisit de tous les espaces de parole mis à sa disposition de façon adaptée, de la satisfaction de ses professeurs et de son employeur quant à son travail et de son inscription dans un réel processus d’intégration. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. B..., dont le père est toujours disparu, dont le frère Faisal est en possession d’une carte de séjour pluriannuelle portant la mention « vie privée et familiale », dont le frère Aimal a obtenu en France le statut de réfugié et dont la belle-mère a obtenu en France une protection subsidiaire, entretient des liens intenses avec les membres de sa famille résidant en France et n’a plus que des liens ténus avec sa mère, qu’il a cru décédée pendant plusieurs années et qui réside en Afghanistan.

9. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. B... a été condamné pour agression sexuelle commise en réunion le 16 décembre 2021, alors qu’il était âgé de 15 ans, à l’obligation d’accomplir un stage de citoyenneté, à une mesure éducative judiciaire pendant une durée de 18 mois avec un module de soins et un module d’insertion et à l’inscription de son identité au fichier national automatisé des auteurs d’infractions sexuelles. Néanmoins, par un arrêt du 5 juin 2024, la chambre spéciale des mineurs de la cour d’appel de C... a relevé que l’expertise psychologique réalisée le 13 décembre 2022 soulignait sa fragilité psychique et son absence de déviance sexuelle et de dangerosité, que le requérant s’est montré volontaire dans son obligation de soins, qu’il a exercé une activité professionnelle, que l’unité éducative en milieu ouvert a indiqué, dans un rapport du 30 avril 2024, qu’il reconnaissait désormais les faits, avait désormais conscience qu’il ne s’était pas assuré du consentement de la victime et comprenait que cette dernière était traumatisée, qu’il respectait ses rendez-vous et était impliqué dans les démarches engagées. Il ressort également de cet arrêt que M. B... a déclaré, lors de l’audience du 7 mai 2024, regretter ses gestes et avoir pris conscience de la gravité des faits pour lesquels il a été condamné et que ses éducateurs ont souligné qu’il respectait toutes les mesures éducatives prescrites et qu’il était respectueux et volontaire. Tenant compte de l’ensemble de ces éléments, la chambre spéciale des mineurs a infirmé le jugement du 12 octobre 2023 en tant qu’il inscrivait M. B... sur le fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions sexuelles. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B... ait été mis en cause, antérieurement ou postérieurement à sa condamnation, pour d’autres faits.

10. Compte tenu de l’ensemble des éléments énoncés au point 8 s’agissant de la durée de séjour de M. B... sur le territoire français, de ses liens familiaux stables sur le territoire français, de son intégration scolaire et professionnelle et du caractère ténu des liens avec sa mère restée en Afghanistan, et eu égard au caractère ancien et isolé des faits commis par l’intéressé alors qu’il était âgé de seulement 15 ans et se trouvait dans une situation psychique et matérielle extrêmement difficile, au cheminement de l’intéressé quant à la reconnaissance de la gravité de ses actes depuis sa condamnation en première instance, à ses efforts d’insertion et d’intégration et à l’absence de commission de toute autre infraction avant ou après cette condamnation, le préfet de la Gironde, en refusant de délivrer un titre de séjour à M. B..., a porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale et a ainsi méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Il résulte de ce qui précède que la décision du 24 juillet 2024 par laquelle le préfet de la Gironde a refusé de délivrer un titre de séjour doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions du même jour par lesquelles ce préfet a obligé M. B... à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a décidé qu’il pourrait être reconduit d’office vers le pays de son choix non membre de l’Union européenne ou avec lequel ne s’applique pas l’acquis de Schengen où il est légalement admissible et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de cinq ans et l’arrêté du 6 novembre 2025 par lequel le préfet de la Gironde l’a assigné à résidence pour une durée de 45 jours, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête.


Sur les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte :

12. Eu égard au motif d’annulation énoncé ci-dessus, le présent jugement implique nécessairement, d’une part, la délivrance d’un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » à M. B... et d’autre part, l’effacement du signalement de l’intéressé dans le système d’information Schengen. Il y a lieu d’enjoindre au préfet de la Gironde de procéder à la délivrance de ce titre de séjour dans un délai d’un mois suivant la notification du présent jugement et à l’effacement de ce signalement sans délai, en transmettant la preuve de cet effacement à M. B... dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction d’une astreinte.


Sur les frais liés au litige :

13. Ainsi qu’il a été dit au point 3 ci-dessus, M. B... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale au titre de l’action unique constituée par les trois requêtes susvisées. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me Hugon, avocate de M. B..., de la somme de 1 800 euros.




D E C I D E :



Article 1er : Il n’y a pas lieu d’admettre M. B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L’arrêté du 24 juillet 2024 et l’arrêté du 6 novembre 2025 du préfet de la Gironde sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Gironde, d’une part, de délivrer à M. B... un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement et, d’autre part, de procéder à l’effacement du signalement de M. B... dans le système d’information Schengen sans délai, en transmettant la preuve de cet effacement à M. B... dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L’Etat versera à Me Hugon, avocate de M. B..., une somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., au préfet de la Gironde et à Me Hugon.



Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2025.



La magistrate désignée,

S. JAOUËN
La greffière,

Y. DELHAYE




La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,
La greffière,





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