mardi 28 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2500192 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement 72 heures |
| Avocat requérant | CESSO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 14 et 27 janvier 2025, M. B D et Mme A C, représentés par Me Cesso, demandent au tribunal :
1°) de leur accorder le bénéfice de l'aie juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 8 janvier 2025 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de leur accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de leur accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et à défaut, de procéder au réexamen de leur situation dans un délai de quinze jours ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- la décision est illégale dès lors qu'elle a été prise au terme d'une procédure d'entretien de vulnérabilité irrégulière, effectuée au regard d'un formulaire différent de celui élaboré sur le fondement de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile, car ne comportant pas de questions visant à identifier les différentes catégories de handicaps ;
- ils ont fui leur pays natal, l'Arménie et sont dans une situation précaire, sans aucun revenu financier et sans abri alors qu'ils ont à leur charge deux enfants mineurs de 5 et 10 mois ; que Mme C est atteinte d'un handicap en raison d'une très forte myopie ; la décision est entachée d'une erreur quant à l'appréciation de l'état de vulnérabilité des demandeurs.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2025, l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. D et Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile prévu à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Gay, vice-présidente, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique à laquelle directeur général de l'OFII n'était ni présent, ni représenté :
- le rapport de Mme Gay, magistrate désignée ;
- les observations de Me Cesso, représentant M. D et Mme C, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, née le 3 mars 1996 et M. B D né le 1er mai 1993, de nationalité arménienne, ont sollicité le bénéfice de l'asile le 24 novembre 2022. Leur demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 3 août 2023. Ils ont bénéficié de l'allocation pour demandeur d'asile à compter du 24 novembre 2022 jusqu'en septembre 2023 et ont été hébergés au sein du centre d'accueil pour demandeur d'asile situé 4 rue Françoise Sagan à Bordeaux à compter du 5 décembre 2022 jusqu'au 24 octobre 2023. Mme C et M. D demandent au tribunal l'annulation de la décision du 8 janvier 2025 par laquelle le directeur territorial de l'OFII a refusé de leur accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ( ) ".
3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. D et Mme C, de prononcer leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Elle [la décision de refus des conditions matérielles d'accueil] prend en compte la vulnérabilité du demandeur. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code, antérieurement codifié à l'article L. 744-6 du même code : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ". Aux termes de l'article R. 522-1 dudit code, antérieurement codifié à l'article R. 744-14 du même code : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application des articles L. 522-1 à L. 522-4, à l'aide d'un questionnaire () ", dont le contenu a été fixé par l'arrêté du 23 octobre 2015.
5. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision contestée, ni des pièces du dossier que le directeur territorial de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de Mme C et de M. D préalablement à l'édiction de la décision en litige.
6. En deuxième lieu, s'agissant plus particulièrement de l'examen de sa vulnérabilité, il ressort des pièces du dossier que Mme C et M. D ont bénéficié lors de l'enregistrement de leur demande d'asile le 8 janvier 2025 d'un entretien par un agent formé spécifiquement pour examiner sa situation personnelle et familiale au regard de leur vulnérabilité dans une langue qu'ils ont déclaré comprendre, l'arménien. Il ressort de la fiche d'évaluation de vulnérabilité, que les intéressés n'ont fait mention d'aucun handicap au sein de la famille, ont déclaré l'existence d'un problème de santé et qu'un certificat médical leur a été remis pour la réalisation d'un avis médical par le médecin coordonnateur de l'OFII. Si Mme C fait valoir qu'elle est atteinte d'un handicap congénital résultant de sa forte myopie, les seuls documents qu'elle produit ne permettent pas d'infirmer l'appréciation portée par le médecin coordonnateur de zone de l'OFII, dans son avis du 16 janvier 2025, qui a évalué la vulnérabilité médicale de Mme C sur une échelle de de 0 à 3 à un niveau de 0, et a estimé qu'elle ne semblait pas relever d'une priorité pour un hébergement pour des raisons de santé. Enfin, si les requérants soutiennent que le contenu du formulaire utilisé lors de cet entretien est différent de celui prévu par l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile pris en application des dispositions de l'article R. 522-1 du code précité en ce qu'il ne comportait pas l'ensemble des questions relatives aux différents types de handicaps, il ne résulte pas de l'instruction que ce vice aurait été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il aurait privé les intéressés d'une garantie. Ainsi, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté.
7. En troisième lieu, pour justifier de la vulnérabilité dont ils se prévalent, Mme C et M. D font valoir qu'ils sont parents de deux enfants mineurs âgés de 5 et 10 mois et que Mme C est atteinte d'une forte myopie. Toutefois, en l'espèce et eu égard à l'avis du médecin coordonnateur de zone de l'OFII du 16 janvier 2025, ces seules considérations ne sont pas, par elles-mêmes, suffisantes pour caractériser une situation de vulnérabilité de nature à justifier l'octroi des conditions matérielles d'accueil à l'étranger présentant un réexamen de sa demande d'asile. Dans ces conditions, les intéressés ne sont pas fondés à soutenir que l'OFII aurait commis une erreur d'appréciation en ne retenant pas l'existence d'une vulnérabilité particulière.
8. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile () ". Aux termes de l'article L. 531-41 du même code : " Constitue une demande de réexamen une demande d'asile présentée après qu'une décision définitive a été prise sur une demande antérieure () ".
9. Il est constant que la première demande d'asile sollicité par Mme C et M. D a fait l'objet d'un rejet par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 3 août 2023 et que leur demande présentée le 8 janvier 2025 doit être regardée comme une demande de réexamen de sa demande d'asile au sens de l'article L. 531-41 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, en refusant à Mme C et à M. D le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le directeur territorial de l'OFII n'a pas méconnu le 3°) de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 8 janvier 2025 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Mme C et M. D sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus de la requête présentée par Mme C et M. D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et M. B D et à l'Office français de l'immigration de l'intégration.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.
La magistrate désignée,
N. Gay La greffière,
C. Gioffré
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°250019
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026